Les lieux d’oubli

Le Tata sénégalais de Chasselay, dans le Rhône -source Wikicommons. Dans cette nécropole militaire, sont enterrés 188 tirailleurs sénégalais massacrés par la division de SS allemande "Totenkopf" en juin 1940. Le cimetière fut inauguré en août 1942, hommage inattendu dans le climat du temps.

Suite à l’entreprise dirigée par Pierre Nora, qui a suscité des recherches semblables en Italie, en Allemagne ou au Danemark, montrant par là à quel point elle répondait aux désirs d’une époque, l’expression « Lieux de mémoire »  est devenu un « lieu commun ». De concept historique, elle s’est changée en enjeu idéologique. Pour ouvrir des perspectives nouvelles, dans la crainte que le terme ne serve tout simplement à entretenir la confusion entre Histoire et mémoire (Jacques le Goff) ou à réduire l’Histoire à une vulgate officielle néopositiviste, d’autres historiens ont introduit des concepts comme « non-lieux de mémoire » (Gérard Noiriel), ou « guerres de mémoire » (Benjamin Stora, Pascal Blanchard etc.). Depuis 2009, j’ai décidé de prolonger cette visée dialectique, en me mettant, indépendamment de toute institution, riche de ma seule formation d’historien et d’une curiosité croissante, à la recherche de « Lieux d’oubli ».

Qu’est-ce qu’un « lieu d’oubli »? C’est un fragment de l’histoire d’un pays que les habitants de ce pays ne connaissent pas, ou très mal, dans leur écrasante majorité, et dont ils s’étonnent, lorsqu’on les en informe, de n’en avoir jamais entendu parler. En ce sens, l’existence d’un funiculaire entre la place de la République et l’église Saint Jean-Baptiste de Belleville à Paris, de 1891 à 1924,  n’est pas un lieu d’oubli, mais peut être rangée à bon droit au rang des anecdotes érudites -dont on pourra s’émerveiller à loisir de les retrouver ou de les transmettre. Mais le massacre de plusieurs milliers d’Africains par deux officiers de la République française en 1899 en est un.

Ces lieux d’oubli doivent-ils être changés en lieux de mémoire? Tel n’est pas mon propos. J’entends bien davantage faire sentir que le concept de « mémoire » tel qu’on le véhicule aujourd’hui est assez pathogène.  Comme le dit un personnage du beau roman de Cristina Ali Farah, Madre Piccola: « J’essaie de ne pas me souvenir de certaines choses, tu sais? Si nous devions nous souvenir de toute la tristesse du monde, nous ne pourrions pas survivre. » En effet, qui saurait reprocher à un peuple soucieux de son avenir de ne pas porter la « croix » de tout son passé? Loin de toute « repentance », malgré ce que voudraient nous en faire croire certains « chercheurs » aux nostalgies douteuses, il s’agit avant tout de redonner vie à une vision exploratrice de l’Histoire, traquant l’oubli comme on l’a fait récemment d’approches nouvelles -micro-histoire, histoire des sensibilités, socio-histoire etc.- qui l’ont beaucoup revivifiée.

Les Lieux de l’oubli deviendront un jour un livre. Pour l’instant, ils sont autant de prétextes à rencontres, échanges, synthèses et partages. Les titres qui suivent donnent l’état de recherches que je me fais une joie de vous faire découvrir et qui ne prétendent pas, en l’état actuel des choses, répondre d’une architecture cohérente, qui se bâtit au secret.

 

QUELQUES HISTOIRES COLONIALES

 

Afrique centrale:

Algérie:

Cameroun:
Guadeloupe:

Madagascar:

À voir aussi.

De Jean-Luc Raharimanana:

 

DES ESPACES EFFACÉS

 

 

CULTURES POLITIQUES

 

  • Les cimetières du maoïsme (quelques rapprochements malséants en matière de massacres), de Francis Viéron (article précédemment publié dans la revue Commentaires, numéro 125, printemps 2009 ) suivi de « Les fantômes des maoïstes » de René Viénet (article précédemment publié dans la Revue-Médias n°21 juin 2009).


 

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