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De Nantes en février 2014, faire retour à Gênes en juillet 2001, par Élodie Tuaillon-Hibon.

 
« Si je veux revenir à Gênes en 2001 aujourd’hui en regardant Nantes en 2014, le visage ensanglanté et l’orbite énucléée de Quentin (visage qui se superpose à celui de Joachim, de Pierre, Jiade… à Clichy, à Montreuil, à Nantes, à Villiers-le-Bel…), en lisant le témoignage de ce journaliste (qui porte plainte), c’est parce que, à Gênes, la conception et l’utilisation «traditionnelles» de l’«État» occidental bourgeois et de ses appareils, qui étaient jusqu’alors une objet d’une forme de statu quo ou de consensus depuis l’après-guerre (à l’exception notable des pays du bassin méditerranéen qui furent longtemps sous le joug d’une dictature – Portugal, Espagne, Grèce …), l’usage de la violence de masse contre les masses, y compris celles identifiables, dans un schéma volontairement simpliste et réducteur, comme «les siennes», la conception du «maintien de l’ordre», son usage, ses fins… ont changé, ont pris un autre tour, là-bas, durant ces jours de juillet 2001. »

Élodie Tuaillon-Hibon

L’Italie derrière la mémoire, par Olivier Favier.

 
« En tant que tel pourtant, le lieu de mémoire est purement tautologique. Il ne peut être objectivé par celui qui l’invente, mais seulement par un regard extérieur sur les raisons de ce choix. Autrement dit, il nous renseigne bien davantage sur les valeurs communes de la classe dirigeante d’un pays que sur celles nécessairement multiples, contradictoires et changeantes de sa population. D’un point de vue strictement historique, il n’a de sens que s’il permet de révéler les doutes et les fractures, les permanences et les évolutions. Mais la question de ce qui fait ou non mémoire est pratiquement infinie, et se devrait pour le moins d’être posée en amont. Si l’on y introduit, ce qu’on ne fait plus guère, un peu de pensée dialectique, il dit alors l’oubli, intentionnel ou non, le refoulé et le retour du refoulé, et nous renseigne sur les usages du passé, présents et à venir. À défaut, il ne fait qu’alimenter la confusion entre histoire et mémoire, fût-ce pour en débattre ensuite entre gens du même monde, à grands renforts de moues dubitatives et de dénégations agacées. »

Olivier Favier

Quand la France s’inventait en Syrie (introduction), par Olivier Favier.

 
« Après plus de deux ans d’un conflit où d’emblée la France semble avoir voulu jouer un rôle diplomatique majeur, les articles parus sur la longue histoire commune entre la France et la Syrie demeurent rares et incomplets. Ce qui suit ne dit rien de l’histoire récente, sur laquelle on a bien plus écrit. Mon propos est de rappeler que de la Révolution française à la Seconde Guerre Mondiale, la France a manifesté des ambitions coloniales sur la Grande Syrie -Liban et Palestine inclus- gênée ou concurrencée par la Grande Bretagne, la Russie et bien sûr l’Empire Ottoman, maître officiel des lieux jusqu’à la première guerre mondiale. Ces ambitions peu connues -et sur lesquelles la bibliographie contemporaine, en français du moins, est parfois encore étonnamment tendancieuse- éclairent d’un jour utile une possible intervention militaire, qui aura surpris bien des Français. »

Olivier Favier

Fascisme passé, fascisme à venir, par Robert Paxton.

« Des mesures draconiennes prises par une bourgeoisie effrayée -voilà qui pourrait être une bonne définition du fascisme. En ce sens, Vichy est fasciste. En ce sens aussi, le fascisme est encore à venir. »

Robert Paxton

Déclaration du Citoyen Brizon. Chambre des Députés (Séance du 24 juin 1916).

« Nous regrettons le mauvais emploi des milliards perdus pour le peuple et nous votons contre les crédits de guerre, pour la paix, pour la France, pour le socialisme. »

Le député Pierre Brizon, 24 juin 1916.

Italie, France et spectaculaire intégré, par Guy Debord.

« La place prédominante qu’ont tenue la Russie et l’Allemagne dans la formation du spectaculaire concentré, et les États-Unis dans celle du spectaculaire diffus, semble avoir appartenu à la France et à l’Italie au moment de la mise en place du spectaculaire intégré, par le jeu d’une série de facteurs historiques communs : rôle important des parti et syndicat staliniens dans la vie politique et intellectuelle, faible tradition démocratique, longue monopolisation du pouvoir par un seul parti de gouvernement, nécessité d’en finir avec une contestation révolutionnaire apparue par surprise. »

Guy-Ernest Debord

Les lieux d’oubli

  « Il faut que le souci du détail, sans doute louable, avec lequel on rédige aujourd’hui l’histoire contemporaine porte naturellement chacun à réfléchir à ceci: comment nos descendants éloignés s’y prendront-ils pour porter le fardeau de l’histoire que nous allons leur laisser après quelques siècles? Sans doute ils apprécieront du seul point de vue deLire la suite…