Sur les rêves (extrait), par Sir Thomas Browne.

 

Nous passons la moitié de nos jours dans l’ombre de la terre; et le frère de la mort nous arrache le tiers de notre vie. Une bonne part de notre sommeil laisse apercevoir des visions et des objets imaginaires où nous avouons qu’ils nous trompent. Le jour nous fournit de vérités, la nuit d’imaginations et de mensonges, en quoi se partage dans le malaise le compte-rendu naturel de notre existence. Aussi, après avoir passé la journée en sérieux efforts à la recherche rationnelle de la vérité, nous sommes enclins à nous laisser emporter dans un état où les têtes les plus solides ont produit tout ce qu’a de monstrueux la mélancolie, et qui lorsqu’on ouvre les yeux n’est rien de plus qu’absurdité et démence.

Traduction de Dominique Aury. Éditions Fata Morgana, 1994.

Londres, 1997. Photo: Olivier Favier.

 

Half our days we pass in the shadow of the earth; and the brother of death exacteth a third part of our lives. A good part of our sleep is peered out with visions and fantastical objectq, wherein we are confessedly deceived. The day supplieth us with truths; the night with fictions and falsehoods, which uncomfortably divide the natural account of our beings. And, therefore, having passed the day in sober labours and rationnal enquiries of truth, we are fain to betake ourselves unto such a state of being, wherein the soberest heads have acted all the monstrosities of melancholy, and wich unto open eyes are no better then folly and madness.

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