Mot-clé : Théâtre de narration

J’ai chevauché à califourchon sur une chaise (introduction), par Marco Baliani.

« Dans la réalité, dans celle que par convention nous définissons comme telle, je ne suis jamais monté sur un cheval, je ne sais pas comment on fait, je ne sais rien de cette expérience. Et pourtant pendant toutes ces années j’ai vraiment chevauché, j »ai senti entre mes jambes le corps de mon cheval, j’ai sursauté dans le galop le plus effréné et dans le trot le plus doux, j’ai perçu l’odeur de l’animal, sa sueur dense comme du lait, j’ai vécu avec Kohlhaas la joie de voir au crépuscule la vapeur diaphane monter en fumant des corps échauffés des chevaux. »

Marco Baliani

Corps d’état, l’affaire Moro (extrait), par Marco Baliani.

« Vingt-cinq ans ont passé depuis ce 9 mai 1978.
D’Aldo Moro chacun de nous a fixé dans sa mémoire l’image d’un corps renversé entrevu par le coffre ouvert d’une voiture, une Renault de couleur rouge.
De Peppino Impastato, de cet homme de ma génération, ce camarade, de celui qui était allé mener sa bataille en Sicile, parmi les siens, luttant contre la mafia, de lui qui fut tué le même jour qu’Aldo Moro, aucune image n’est restée pour notre mémoire. Après vingt ans, par la confession d’un repenti de la mafia nous avons su enfin ce que nous imaginions tous depuis longtemps, que ce sont ceux du clan Badalamenti qui ont tué Peppino Impastato, ceux-là même qu’il dénonçait tous les jours au micro de Radio Aut, dans une campagne quotidienne d’information. »

Marco Baliani

Le récit. Conversation avec Marco Baliani, par Oliviero Ponte di Pino (1995). Extraits.

« Ça a été pour moi le début d’une espèce d’obsession. La mémoire ! Je sens que le problème est là, un trou qui va de la Première Guerre mondiale aux Brigades Rouges, un trou de récits que j’aimerais explorer, en arrivant jusqu’aux années soixante-dix, pour parvenir à raconter ce qui se passait durant ces années, celles où s’est formée ma génération… »

Marco Baliani

Radio clandestine, Mémoires des fosses ardéatines (3), par Ascanio Celestini.

« Et tout le monde lui disait « Racontez… racontez… » et lui il parlait de la première guerre mondiale, de la guerre que nous avons gagnée.
Tandis que les histoires de notre guerre, la guerre dont on n’a pas encore compris si nous l’avons gagnée ou perdue, nos histoires, personne ne veut les entendre. »

Ascanio Celestini

Radio clandestine, Mémoires des fosses ardéatines (2), par Ascanio Celestini.

« Je dis qu’à partir de 1938 le gouvernement italien a déclaré la guerre à 40 000 Italiens, autrement dit aux Juifs. Parce que ces Italiens-là ils étaient juifs, mais tout aussi italiens que les autres… »

Ascanio Celestini

Radio Clandestine, mémoire des Fosses ardéatines (1), par Ascanio Celestini.

« Je dis que c’est une drôle d’histoire, une de celles que tout le monde croit connaître par coeur. Une de ces histoires que les gens vous racontent en une minute. Mais si quelqu’un devait vous la raconter dans ses moindres détails, il mettrait une semaine pour la dire tout entier. »

Ascanio Celestini

Notes sur le théâtre-récit

« Toute naissance est archaïque. Les avant-gardes historiques se sont nourries aux arts dits primitifs, comme le théâtre-récit trouve son origine chez Homère. L’Iliade tragique et L’Odyssée épique appartiennent à un monde d’avant la tragédie, et d’avant l’épopée.

La nécessité est aveugle mais elle peut être comprise. »

Olivier Favier

Ce que parler veut dire (notes sur une mise en scène)

« Le théâtre-récit est une forme de guérilla réelle, civique et politique, contre le bruit ambiant. Dans le théâtre-récit, un acteur monte sur scène, seul, il renonce au décor, au costume, au spectacle vivant, il décide de raconter une histoire au public venu l’écouter. Une histoire difficile souvent, soit parce qu’elle touche aux choses dont il est admis qu’on ne veut pas les entendre, qu’il n’y a pas si longtemps, ici même, il s’est passé ceci et que ceci n’est pas encore tragique parce qu’il est bien caché dans la prison du silence, soit parce qu’elle parle de cela qu’on n’entend plus, qu’il fut un temps pas si lointain où les choses avaient une âme et qu’il en est un autre où les hommes ont vendu la leur. Pour raconter ceci ou cela, l’acteur qui jusque là demandait à ne pas voir le public pour se donner en spectacle fait soudain un autre vœu, celui de voir les yeux de ceux à qui il s’adresse, tous les yeux, parce que son récit, s’il veut qu’on l’entende, il doit le porter avec sa voix, ses gestes, son regard, il n’est plus le corps qu’on observe, mais celui qui, à la façon d’un artisan, vient donner corps au récit. »

Olivier Favier