Violence dans l’Éthiopie fasciste (2), par Marie-Anne Matard-Bonucci.

 

(Première partie) 

Caverni 15 - Mitrailleuse © Memorie coloniali. Légende: Elisabetta Frascaroli.

Caverni 15 – Mitrailleuse © Memorie coloniali. Légende: Elisabetta Frascaroli.

Le temps du soldat fasciste

La conquête de l’Éthiopie fut le premier rendez-vous du fascisme avec la guerre depuis son arrivée au pouvoir. Événement fondateur à plus d’un titre, la Grande Guerre avait configuré la culture politique fasciste(1). De son engagement interventionniste, Mussolini avait retenu l’idée que « la guerre est l’examen des peuples ». Le squadrisme avait représenté une expérience inédite d’exaltation de la violence non seulement à des fins politique mais comme expérience de dépassement de soi(2). Depuis la Marche sur Rome, le pouvoir fasciste n’avait pas cessé de préparer les esprits à l’éventualité d’une guerre dans un processus de militarisation de la société(3). Les valeurs guerrières étaient au cœur de l’éducation de la jeunesse et du mythe de l’homme nouveau. La guerre devait être le levier de la révolution anthropologique que Mussolini voulait réaliser et le combattant, fasciste et squadriste “le prototype de la nouvelle élite qui devait conquérir le pouvoir et chasser la vieille classe dirigeante”(4). Honni pour ce qu’il avait représenté pendant la Grande Guerre, le « pacifisme », désormais assimilé à l’esprit genevois, continuait d’être exécré par les fascistes. L’idéologie fasciste s’imposa, lentement mais sûrement, au sein de l’armée, la militarisation de la vie politique se prolongeant par une politisation de la société militaire(5).

Quelques mois avant le déclenchement des hostilités, dans le Sud de l’Italie, Mussolini avait expliqué aux légionnaires: « Vous vous présentez magnifiquement robustes, en forme, décidés, déjà prêts au combat au physique comme au moral. Le «combat» n’a-t-il pas été le dernier but de notre espérance? Et n’est-ce pas la caractéristique même du tempérament fasciste que de préférer les risques d’une vie héroïque à la tranquillité d’une existence stupide ?»(6)
De nombreux hiérarques fascistes, de Ciano, à Bottai en passant par Starace ou Pavolini s’enrôlèrent pour l’Éthiopie, certains en quête d’exploits guerriers, d’autres dans l’attente de bénéfices politiques ou «médiatiques»(7). Par son journal intime, on sait avec quelle exaltation Giuseppe Bottai vécut la guerre d’Afrique, prolongement naturel de l’expérience de la Grande Guerre(8). Pour de nombreux fascistes, la guerre d’Afrique était vue comme une rédemption, comme l’achèvement du cycle commencé avec la Grande Guerre et comme une nouvelle étape dans la Révolution fasciste(9). Plusieurs témoignages de combattants présentaient la guerre d’Éthiopie comme une nouvelle « expédition punitive »(10). Le volontariat, l’engagement des hiérarques du régime, la participation de la milice aux combats furent mis en valeur par une propagande plus efficace que jamais, martelant l’idée que l’Empire avait revigoré la tradition du soldat-paysan.

Dans sa revue Critica Fascista, Bottai annonçait aux générations qui n’avaient connu ni la guerre, ni la Révolution fasciste la signification particulière de l’entreprise coloniale, et l’avènement, avec elle du «soldat fasciste»:
«C’en est fini du « petit soldat ». C’est un soldat posé, tenace, solide, ordonné dans l’expression de sa virilité qui connaît son métier qu’il exécute avec précision. Il ne veut pas être trompé ou s’illusionner. Il veut que ses chefs lui fassent connaître, sans euphémismes, la force réelle de l’ennemi qu’il s’apprête à affronter. Il désire se mesurer avec lui (…) Aux inquiétudes, aux renonciations, aux nostalgies, aux privations, aux douleurs il oppose sa capacité à souffrir » (…) L’Italien ne fait plus le soldat comme on tiendrait un rôle dans un moment extraordinaire de la vie. (…) L’Italien d’aujourd’hui est soldat. Il l’est naturellement (…) »(11).
À lire la presse, le soldat milicien était proche de cet idéal-type. Paolo Monelli, l’une des grandes plumes du régime, en brossait ce portrait dans La Gazzetta del popolo : « Il s’agit vraiment d’un soldat nouveau. Une spécialité nouvelle. La meilleur tradition volontaire, « ardita » et garibaldienne est corsetée par une discipline consciente et sévère. Il en résulte un soldat brave, audacieux, animé par une foi profonde »(12).
En Libye, quelques milliers de miliciens avaient été mobilisés comme force d’appoint. En Éthiopie, la milice joua un rôle bien plus important, accueillant en son sein les volontaires. Sept divisions furent intégrées, non sans tensions, dans l’armée italienne, soit 115 855 chemises noires sur un total de 377 750 militaires italiens envoyés en Éthiopie(13). Une fois sur place, les Chemises noires furent affectées à des tâches logistiques souvent épuisantes telles que des travaux de terrassement ou la construction de routes. Mission décisive pour la conduite de la guerre mais décevante pour ceux qui avaient rêvé d’héroïsme. Lors des combats, la milice ne fut jamais mobilisée seule, mais toujours aux côtés des troupes régulières de l’armée. Sa présence lors des plus grandes batailles fut valorisée, comme il se devait, par la presse de régime.
« Place au soleil » légitimement conquise par une nation prolétaire, l’Éthiopie fut aussi considérée comme une école de vie qui devait forger le caractère du nouvel homme italien. Critica Fascista décrivait une véritable métamorphose de l’homme italien : « [beaucoup] ont dû abandonner ces défauts caractéristiques de notre caractère. Bonté et ingénuité; opposition entre la volonté d’agir et une certaine indécision. Beaucoup de poids morts du caractère italien ont trouvé une sépulture en Afrique »(14).

Mazziotti 1b_006 Adoua, cuisante défaite de 1896 -première infligée à une puissance coloniale lors d'une bataille rangée-, aura mis un frein à l'expansion italienne dans la Corne de l'Afrique pendant 39 ans. Le lieu revêtit fort logiquement une grande importance symbolique lors de la conquète de 1935-1936.   © Memorie coloniali.

Mazziotti 1b_006 Adoua, cuisante défaite de 1896 -première infligée à une puissance coloniale lors d’une bataille rangée-, avait mis frein à l’expansion italienne dans la Corne de l’Afrique pendant 39 ans. Le lieu revêtit fort logiquement une grande importance symbolique lors de la conquête de 1935-1936.
© Memorie coloniali.

Cette révolution des comportements devait se prolonger après la conquête. Une fois l’Empire proclamé, intellectuels et propagandistes fascistes s’employèrent à se démarquer d’un colonialisme « classique », qu’ils assimilaient aux démocraties occidentales, pour souligner l’originalité de leur propre entreprise et, en particulier, son caractère fasciste. Lessona, le ministre des colonies prétendait imprimer un caractère fasciste et militaire (soldatesco) à l’administration civile(15). Dès le mois de mai, Mussolini, menaçait de rapatriement «tous ceux qui sont fatigués spirituellement et physiquement, Généraux compris»(16). La menace de la « relève de la garde », méthode éprouvée en métropole, avait de l’avenir dans les colonies.
Après la conquête, le racisme fut institutionnalisé par un nouvel ordre politico-administratif(17). Le fascisme imposa une domination directe sur le pays, excluant toute forme de délégation aux élites éthiopiennes selon la formule du Duce «aucun pouvoir aux Ras»(18). Reprenant les mots du Duce, le ministre Lessona justifiait ainsi un tel choix: « La population doit avoir la nette sensation que l’Italie ne gouverne pas par métayage (a mezzadria), qu’elle a assez de force et d’autorité pour n’avoir pas à transiger avec qui que ce soit»(19). En imposant cette forme de domination, le fascisme prétendait rompre avec l’ordre féodal et inventer une nouvelle forme de colonisation, rejetant aussi bien le modèle britannique de l’indirect rule qu’une politique visant à l’assimilation: « cette idée [l’assimilation], dérivée des sacro-saints principes de 1789 et de la philosophie illuministe est une vraie folie et a toujours conduit à l’échec du peuple colonisateur et au malheur des colonisés»(20). En novembre 1936, devant le Grand Conseil du fascisme Mussolini affirma la nécessité « d’affronter le problème racial et de l’introduire dans la littérature et la doctrine fascistes »(21).
L’Italie n’était pas la première puissance coloniale à fonder sa domination sur une idéologie raciale. Elle fut en revanche l’une des rares métropoles à oser affirmer, à cette époque, que le nouvel ordre racial était définitif et non provisoire(22). La séparation entre Européens et Africains s’imposa rapidement comme une priorité de la politique impériale. Dans les directives pour gouverner l’Empire, le ministre des colonies justifiait la politique de séparation par «la supériorité affirmée de la race blanche». La séparation devait être appliquée dans le domaine de l’habitat, du travail, des pratiques de sociabilité et de la vie affective et sexuelle. En particulier, les autorités s’efforcèrent d’endiguer la pratique du «madamisme» soit la cohabitation des colons avec des Éthiopiennes, pour lutter contre le métissage et marquer les frontières entre colons et indigènes. Le 19 avril 1937, un décret-loi fut adopté pour sanctionner les rapports «de nature conjugale» entre citoyens italiens et sujets de l’Empire, passibles de un à cinq ans de prison(23). La guerre dans l’Empire était aussi un combat des Italiens avec eux-mêmes, le régime s’efforçant, non sans difficulté, d’imposer aux soldats et aux colons une sexualité sur ordonnance. Les relations avec les Éthiopiennes, prostituées ou non, étaient jugées acceptables à condition qu’elles se limitent à un échange purement sexuel, privé de toute dimension affective. Une fois encore, la norme n’était pas la même en métropole et dans l’Empire: indissociable de la famille et de la reproduction dans la société catholique italienne, la sexualité était ramenée à l’expression d’un «besoin», ou encore d’un «défoulement physiologique» dans l’Empire(24).

Mazziotti 1b_004

Mazziotti 1b_004 . Rodolfo Graziani © Memorie coloniali.

Le racisme ne fut pas cantonné à la rhétorique officielle ou à la propagande. L’idée d’une supériorité des blancs sur les noirs s’imposait comme une évidence chez les soldats qui se laissaient parfois emporter par leur volonté de puissance(25). En mai 1936, l’intellectuel et hiérarque fasciste Giuseppe Bottai déplorait la barbarie de certains officiers et dirigeants: «Le mouton des classes moyennes devient un petit lion, confondant l’héroïsme et la cruauté»(26). Starace, le secrétaire national du parti fasciste, n’avait pas hésité à donner l’exemple, se livrant à des exercices de tir sur des prisonniers tandis que des soldats prenaient la pose près de cadavres ou brandissant des restes humains comme des trophées.

Au sein même de l’armée, le racisme n’épargnait pas les troupes coloniales. En métropole, la valorisation paternaliste du brave soldat colonial commandé par des officiers blancs fut peu à peu mise en sourdine par la propagande, le poids réel des indigènes se trouvant minimisé(27). Dans les rapports de campagne, victimes italiennes et « coloniales » étaient comptées séparément. Les premiers étaient enterrés avec tous les honneurs quand les seconds étaient parfois jetés dans des fosses communes(28) .
L’idée que les indigènes n’avaient pas le même rapport à la souffrance et à l’émotion s’imposa comme l’un des lieux communs les plus répandus du racisme, jusque chez certains observateurs hostiles à la répression(29). L’anthropologue Lidio Cipriani, l’un des premiers doctrinaires du racisme colonial, théorisa cette idée pour La Difesa della Razza, la principale revue fasciste du régime: « Tout le monde sait que le corps d’un Européen ne saurait être confondu avec celui d’un individu de couleur. Des caractéristiques externes, visibles les différencient de même que les fonctions organiques telles que la sécrétion, la circulation sanguine, la digestion; la respiration, la sexualité. Même la sensibilité à la douleur de la peau diffère: les Noirs et autres gens de couleur impressionnent pour leur résistance à la douleur physique.»(30)
La diffusion parmi les troupes italiennes de préjugés racistes peut expliquer en partie, comme dans d’autres contextes coloniaux, l’escalade de la violence et l’affranchissement à l’égard des normes en usage en métropole(31). Toutefois, à lire les directives et les rapports d’opérations de Graziani et de son entourage, se forge le sentiment que la déshumanisation et l’infériorisation de l’ennemi n’étaient pas les seules logiques à l’œuvre dans la violence.

De

Le dessinateur Enrico de Seta poursuivit sa carrière après-guerre en réalisant des affiches de cinéma.

La terreur comme norme : les opérations de « grande police coloniale »

Après l’exil du Négus, la levée des sanctions contre l’Italie par la Société des Nations, et l’apparition de nouveaux foyers de tension notamment en Espagne, l’intérêt pour l’Éthiopie s’affaiblit à l’étranger. La plupart des missions et des organisations humanitaires internationales quittèrent le pays. La guerre se prolongea par des campagnes de répression contre les rebelles et les populations civiles, pudiquement nommées opérations de «grande police coloniale»(32).
L’Empire avait été proclamé alors que le fascisme ne contrôlait réellement qu’un tiers du territoire. Le Sud et l’Ouest restaient insoumis tandis que des ferments de rébellion étaient à l’oeuvre un peu partout. À peine nommé vice-Roi d’Éthiopie, Graziani avait fait le constat de l’hostilité générale de la population et des chefs éthiopiens à l’endroit du régime. De fait, les chefs de la résistance éthiopienne préparaient, dans le Scioa, la reconquête de la capitale. En octobre 1936, le ministre des colonies se rendit dans l’Empire. Pour atteindre Addis-Abeba, il circula à bord d’un train blindé protégé par des chasseurs et des bombardiers. L’insécurité était telle que Mussolini ne pouvait dissimuler totalement la réalité :  En sept mois nous avons conquis l’Empire mais il nous en faudra beaucoup moins pour l’occuper et le pacifier entièrement »(33).
Les militaires furent les protagonistes principaux de telles opérations qui nécessitèrent aussi le soutien des carabiniers, notamment pour identifier les opposants et résistants(34). L’administration coloniale apporta également son concours à cette œuvre de répression, la pratique des exécutions secrètes, qui n’eut jamais d’équivalent en métropole, venant souligner le supplément d’arbitraire du totalitarisme aux colonies(35). Ces opérations conduites par l’armée provoquèrent la mort de dizaines, peut-être centaines de milliers d’Éthiopiens(36).
Une première campagne, avec 200 000 hommes, finit par venir à bout de ce qui restait de l’armée du Négus en mars 1937. La politique de la terreur connut un tour de vis supplémentaire au lendemain de l’attentat contre Graziani. Le 19 février 1937, trois bombes à main avaient été lancées contre les autorités lors d’une cérémonie de soumission de notables éthiopiens. Graziani fut au nombre des blessés. Pendant plusieurs jours, Guido Cortese, le secrétaire fédéral du parti fasciste dirigea des représailles particulièrement meurtrières dans la capitale et les environs, les chemises noires tuant au moins trois mille personnes(37). Après cet épisode, d’autres massacres suivirent, conduits une nouvelle fois par l’armée, contre les coupables supposés et leurs complices. La révolte se ralluma un peu partout dans l’Empire à l’été 1937, la répression dressant contre l’occupation italienne des secteurs de plus en plus larges de la population. Certaines régions, comme le Goggiam, ne furent jamais soumises jusqu’au départ des Italiens en 1941(38). Ni le Roi ni le Duce ne s’aventurèrent dans la corne de l’Afrique, le temps de la domination impériale.

Camp

Le camp de Danane en Somalie fut actif de 1935 à mars 1941. Il « accueillit » quelques 6500 internés dont 3175 moururent (hygiène, nourriture insuffisante, travail forcé, tortures, mauvais traitements). © Enrico e Ursula Mazzucchetti.

Jusqu’à la chute de l’Empire, l’Italie conduisit donc une véritable politique de la terreur lors de campagnes alternativement nommée « opérations politico-militaires », « manœuvres de pacification », « ratissages », « liquidation »(39). Massacres, incendies, exécutions sommaires, bombardements et usage de gaz, internement dans des camps de concentration : aucune forme de violence ne fut proscrite pour venir à bout de la résistance éthiopienne et pour exercer un contrôle effectif sur le territoire, notamment en désarmant les populations(40). Les rares opposants ayant réchappé à cette politique répressive furent déportés en Italie ou internés dans le camp de concentration de Danane en Somalie(41).

Le régime filtra soigneusement les informations susceptibles de circuler, limitant la mobilité des journalistes, les confinant en Asmara et censurant les épisodes de violence extrême(42). Les journalistes étrangers, moins nombreux depuis la fin de la guerre, furent étroitement surveillés et parfois expulsés(43). Le régime verrouilla les circuits de l’information pour que la terreur s’exerce à huis clos : les échos des massacres perpétrés par les chemises noires à la suite de l’attentat contre Graziani ou la nouvelle de l’exécution des moines de Debra Libanos parvinrent cependant jusqu’aux démocraties(44).

Le caractère implacable de la répression fut en partie l’aboutissement d’une chaîne de commandement très efficace qui devait beaucoup à la configuration de pouvoir propre au fascisme, établissant la toute puissance de Mussolini(45). Le choix de l’administration directe, l’intérêt constant du Duce pour les affaires coloniales, la réitération de ses consignes de « rigueur extrême » interdisaient, en supposant qu’une volonté de ce type se fût manifestée, toute modération. Mussolini suivait de très près les opérations militaires, prenant seul les décisions, cantonnant la hiérarchie militaire à un rôle d’exécutant(46). Court-circuitant le ministre de la Guerre, il établit une relation directe avec De Bono, Badoglio puis surtout avec Graziani, décidant des opérations militaires et prodiguant, au gré des évènements, exhortations, pressions, encouragement et félicitations(47).
Peu après la proclamation de l’Empire, Graziani avait envisagé, par souci d’efficacité politique, un usage «raisonné», à défaut d’être limité, de la violence(48). Préconisant l’usage d’une « répression supérieure et écrasante », il signalait aussi les inconvénients de la politique de domination directe(49). Dans le long rapport consacré à l’administration des 20 premiers mois de l’Empire, Graziani admettait, conscient de sa réputation, que pour lui, le véritable défi consistait à conquérir «un prestige de pacificateur» plutôt que d’inspirer la terreur(50). Cet état d’esprit fut rapidement abandonné sous l’effet des ordres de Mussolini et de la peur de perdre le contrôle de la situation. Une peur muée en paranoïa après l’attentat de 1937 qui le conduisit même à envisager la destruction totale des quartiers indigènes d’Addis-Abeba. L’habitat devait être rasé et la population rassemblée dans des camps de concentration le temps de la reconstruction. Cette solution « totalitaire » des problèmes d’ordre public ne fut pas acceptée en haut lieu, le pouvoir craignant sans doute son impact sur l’opinion internationale.

Fonds Filippo Gomez. Gomez_1a60_001 Soldats

Fonds Filippo Gomez. Gomez_1a60_001 Soldats © Memorie coloniali.

À l’exception de cet épisode, loin de modérer Graziani, le gouvernement fasciste le poussa à radicaliser la politique répressive. A plusieurs reprises, Mussolini lui demanda explicitement de faire usage de la terreur. Quelques exemples suffiront. Le 5 juin 1936, ordre était donné d’exécuter tous les rebelles prisonniers(51). Les quelques hésitations intervenues lors de la guerre d’annexion, dans le contexte de polémique internationale, n’avaient plus lieu d’être. En juin il télégraphiait à Graziani : « Secret. J’autorise, encore une fois, V .E à engager et mener systématiquement politique de terreur et d’extermination contre les rebelles et les populations complices. Sans la loi du talion décuplée on n’assainit pas la plaie en temps utile. J’attends confirmation. Mussolini »(52). Au lendemain de l’attentat contre Graziani, Mussolini donnait pour consigne d’engager au plus vite « le nettoyage radical absolument nécessaire du Scioa »(53). En février 1937, à la suite des opérations menées pour la capture de Ras Destà, l’un des chefs de la résistance, Mussolini ordonna de passer par les armes tous les hommes de Gogetti de plus de dix huit ans et de détruire tout le village(54).

Les consignes du Duce furent à chaque fois relayées par le ministre des colonies Lessona. Mussolini avait ordonné à Graziani de fusiller les « Jeunes Éthiopiens », considérant les membres de ce mouvement patriote particulièrement dangereux « en raison de leur vernis de culture européisante ». En réitérant l’ordre du Duce, le ministre Lessona ajoutait que même s’ils n’étaient responsables que moralement, ils devaient être « éliminés sans pitié ni rémission »(55). L’existence d’une forme de rivalité entre le vice-roi Graziani et le ministre des colonies Lessona, – Mussolini exacerba, aux colonies comme ailleurs, les rivalités entre hiérarques- contribua sans doute à l’escalade de la terreur. Le 10 septembre, lors des opérations destinées à réprimer la révolte conduite par les frères Cassa, il invitait Graziani à employer des « moyens extrêmes » pour étouffer toute velléité de révolte, y compris l’emploi des gaz(56) .
Graziani observa, à son tour, le rôle qui était le sien éperonnant la hiérarchie militaire. Une approche commune de l’administration de la guerre et de la répression était perceptible dans les ordres des généraux. Lors des opérations de traque des frères Cassa, le général Alessandro Pirzio Biroli, recommandait à ses troupes: « Tous les moyens terrestres et aériens doivent être utilisés (..) sans distinction entre soumis et insoumis. Sans miséricorde et sans écouter les longues plaintes des prêtres qui tenteraient de s’en mêler. La trahison contre l’Italie doit être inexorablement punie et toutes les armes versées »(57). À la même époque, le général della Bona, opérant dans la région de Ghedo’ ordonnait de « terroriser la région » pour obtenir les armes et les chefs(58). Le général Belly concluait un rapport d’opération contre des rebelles par ces mots «J’ai tout brûlé autour de moi dans un très large rayon»(59). Sans perdre de temps, dès réception du télégramme, Graziani avait répondu « Je m’en félicite. Il ne faut laisser aucune trêve. Il faut détruire tous les villages le long de le piste et entre monte Feicha et quota 2179 le long de l’Auaso. Tous complices des rebelles. Donc rebelles eux-mêmes. Il faut éliminer tous les prisonniers. Aucune pitié »(60) (…)

La nature même du dispositif de commandement militaire en Éthiopie ne fut pas étrangère au caractère impitoyable de la répression. Les généraux et officiers supérieurs, tous militaires de carrière, furent les courroies de transmission efficaces de la « politique de rigueur » dirigée du sommet de l’État. Entre l’état major et la troupe, les trois quarts des officiers de rang inférieur, chargés de mettre en œuvre les directives sur le terrain, étaient des rappelés ou des militaires promus dans des temps très courts(61).
Pour conduire la répression, l’armée eut souvent recours aux ascari, réunis dans des brigades coloniales parfois formées dans l’urgence et dirigés par des sous-officiers qui connaissaient seulement quelques rudiments d’italien. Les Italiens utilisèrent également les services de «bandes», troupes sans uniformes, recrutées localement pour leur connaissance du terrain et leur capacité à manier les armes, et utilisées, en général, pour accomplir les pires besognes(62). Le colonel Ettore Formento, en louait les mérites: «un instrument extraordinairement efficace, léger et flexible, adapté aux opérations à mener. Les bataillons coloniaux, les colonnes de plusieurs bataillons et les brigades coloniales pour les grandes opérations. Les bandes, surtout irrégulières, servaient à la contre-guérilla et à l’exploration, garantissaient la sécurité des colonnes en mouvement et réalisaient des actions rapides, par surprise: ratissage, représailles, interventions désespérées partout où il fallait colmater une brèche »(63).
Dans ces conditions, les consignes de terreur venues d’en haut avaient toutes les chances d’être exécutées sur un mode aussi radical que vertical.

La « terreur » fut une ligne de conduite pleinement assumée par la hiérarchie militaire et par certains combattants. À l’instar de Carlo Schreiner qui définissait la guerre comme « un désir de bagarre irrépressible et sanguinaire » et l’Afrique comme « un territoire infini soumis à notre volonté de vaincre seuls»(64). De nombreux rapports d’opérations militaires mettaient en avant le caractère « exemplaire » de certaines actions, destinées à « donner une leçon » aux populations. Souvent, les mises à mort des rebelles et de leurs complices furent réalisées publiquement tandis que les cadavres des victimes étaient exposés aux regards de la population. Des clichés pris par des soldats rendent compte de cette pédagogie de l’effroi, comme le monument dédié « All’erde Maggiore Giuseppe Galliano » : une stèle surmontée d’une pyramide de cranes, trophées de guerre pris sur l’ennemi(65). La tête de mort, symbole obsédant de l’univers symbolique du premier fascisme, retrouvait aux colonies, sa matérialité, l’amoncellement macabre attestant la réalité de la loi du talion.

Version manuscrite du texte paru in Revue d’Histoire de la Shoah, n°189, Juillet-décembre 2008, p. 431-464. Titre original: « Violence coloniale, violence de guerre, violence totalitaire dans l’Éthiopie fasciste. »

(Troisième partie) 

Raimondi_b01_017 Pendaison © Memorie coloniali. Légende: Elisabetta Frascaroli.

Raimondi_b01_017 Pendaison © Memorie coloniali. Légende: Elisabetta Frascaroli.

 

Pour aller plus loin:

  1. L’histoire du fascisme italien confirme pleinement les analyses concernant le legs de la culture de guerre à la culture politique de l’entre-deux guerre mis en évidence notamment par George L. Mosse, De la Grande Guerre au totalitarisme. La brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette, 1999. Pour une amorce de réflexion comparative sur les violences de guerre : S. Audoin-Rouzeau, A. Becker, C. Ingrao, H. Rousso, La violence de guerre 1914-1945, Approches comparées des deux conflits mondiaux, Complexe, 2002. []
  2. Mimmo Franzinelli, Squadristi ! Protagonisti e techniche della violenza fascista. 1919-1922, Milan Mondadori, 2003. []
  3. Sur cette militarisation de la société, Paul Corner, « L’opinione popolare e il tentativo di effettuare la militarizzazione della sociétà sotto il fascismo », in Piero Del Negreo, Nicola Labanca, Alessandra Staderini, Militarizzazione e nazionalizzazione nella storia d’Italia, Ed. Unicopli, Milan, 2005. Paul Corner met aussi en évidence les résistances de la société italienne à ce projet de militarisation. []
  4. Emilio Gentile a beaucoup écrit sur l’idéologie du fascisme. Sur le mythe de l’homme nouveau, « L’ “homme nouveau” du fascisme . Réflexions sur une expérience de révolution anthropologique » in M.-A. Matard-Bonucci, P. Milza, L’homme nouveau entre dictature et totalitarisme (1930-1945), Paris, Fayard, 2004, p. 35-63. []
  5. Voir l’exemple de l’Académie militaire de Modène, Gian Luca Balestra, « Ufficiali, eroi, fascisti » in N. Labanca, G. Rochat, Il soldato, la guerra e il rischio di morire, Ed. UnicopliMilan, 2006, p. 215-229. []
  6. B. Mussolini, Édition définitive des œuvres et discours, Flammarion, Discours d’Eboli du 6 juillet 1935, p. 182-183. Dans le même discours, Mussolini s’emportait contre ceux qui prétendaient arrêter l’Italie par des «paperasses ou des mots», ajoutant qu’à chaque fois que la partie n’était pas trop inégale les Italiens avaient battu les Éthiopiens: Adoua avait été perdu non par les troupes mais par les politiques.» []
  7. Ils ne tardèrent pas à «capitaliser» leur expérience en publiant leurs souvenirs de guerre de retour en métropole; sur ces publications, N. Labanca, Una guerra per l’impero. Memorie della campagna d’Etiopia,Il Mulino, 2005, p. 98-111. Dès 1936, Achile Starace publia La Marcia su Gondar, volume illustré de nombreux clichés montrant le corps expéditionnaire et son héros dont l’épopée avait été suivie par quatre journalistes. []
  8. De façon significative, il envisageait, de publier un livre intitulé Un homme entre deux guerres (Un uomo tra due guerre). Dans son Journal, Bottai, revenant sur son expérience d’engagé volontaire pendant la Première guerre mondiale, écrivant notamment « Je voulus la guerre car dans mon sang battait une force qui devait se libérer avec la guerre (…) La guerre était une sensation physique avant même d’être une idée. (G. Bottai, Diario 1935-1944, (Ed. de G. Bruno Guerri,), BUR, Milan, 2001. []
  9. G. Bottai « Collaudo delle generazioni giovani » in Critica Fascista, Rome, 1er janvier 1936, p. 65-66. Toujours dans Critica Fascista (A. XIV, n°17, 1er juillet 1936) il revient sur le caractère révolutionnaire de la guerre d’Éthiopie qui a su réconcilier le peuple et la diplomatie et faire triompher le corporatisme. []
  10. N. Labanca, Una guerra per l’impero …, op. cit., p. 240. []
  11. G. Bottai, Critica fascista, An XIV, n°3, p. 33-35. Son enthousiasme s’arrêtait à la troupe. Ainsi, dans son Journal intime, Bottai critiquait la conduite de la guerre estimant que s’il y avait bien des soldats, la guerre manquait de généraux (Diario, op. cit., p. 67). []
  12. Cité par G. L. Gatti, art cit., p. 21. []
  13. Sur la milice, Gian Luigi Gatti, « Italiani in Africa Orientale. La milizia fascista in Etiopia, 1935-1936 », in Storia e memoria, 2007, n°1, p. 9-31. []
  14. Giannitto, « La vita d’Africa e il costume degli Italiani » in Critica Fascista, 1 juin 1936, A. XVI, n°15, p. 228-231. []
  15. Lettre du 5 août 1936, au Gouverneur général d’Addis Abeba, in ACS, Carte Graziani, b. 26. []
  16. Télégramme de Mussolini à Graziani du 26 mai 1936, ACS, Carte Graziani, b. 47. []
  17. L’administration de l’Empire était structurée ainsi ; Gouvernement général dont le siège était en Addis Abeba et quatre « gouvernorats » (governatorati) Galla Sidama, Amara, Hara, Scioa, divisés en résidences et vice-résidences. []
  18. Outre les ouvrages déjà cités : Haile M. Larebo, The building of an empire, Italian Land Policy and Practice in Ethiopia, 1935-1941, Clarendon Press, Oxford, 1994. Le décret du 1er juin 1936 établit le cadre politico-administratif de l’Empire.N.Labanca, Oltremare, op.cit., p. 352-353. En Libye, le régime avait déjà annulé les concessions faites par le régime libéral et notamment le Pacte fondamental de juin 1919 qui aménageait de nouveaux droits politiques pour les habitants. []
  19. Directives pour le gouvernement de l’Empire par Lessona, du 5 août 1936. In ACS, Carte Graziani, b. 31. La formule fut employée par Mussolini dans un télégramme adressé à Badoglio le 20 mai 1936, reproduit in ACS, Carte Graziani, b. 47. []
  20. E. Canevari, « Dalla guerra all’impero : pacificare e governare » in Critica fascista, a. XIV, n°15, 1 juin 1936. []
  21. G. Bottai, Diario 1936-1943, op. cit., p. 115. 19 novembre 1936. Rien ne prouve qu’à cette date, Mussolini songeait aussi à l’antisémitisme. []
  22. Voir notamment M. Ferro (dir.), Le livre noir du colonialisme, Hachette, 2004. []
  23. Décret-loi (RDL) du 19 avril 1937, n°880, « Sanzioni per i rapporti d’indole coniugale fra cittadini e sudditi ». []
  24. Selon les termes des juges. Sur cette dimension de la politique coloniale : G. Barrera, Dangerous Liaisons, Colonial Concubinage in Eritrea, 1890-1941, PAS Working Paper, Program of african Studies, Northwestern University, Evanston Illinois, USA, 1996. Voir également Marie-Anne Matard-Bonucci, in D. Herzog (dir), Brutality and Desire: War and Sexuality in Europe’s Twentieth Century, Palgrave Macmillan, 2009, p. 91-108. []
  25. N. Labanca, Una guerra per l’impero… op. cit. , p. 250-275. On trouve des notations intéressantes sur le racisme in Fabienne Le Houerou, L’épopée des soldats de Mussolini en Abyssinie, 1936-1938, Les Ensablés, Paris, L’Harmattan, 1994 et dans la correspondance publiée par Sergio Luzzatto, La strada per Addis Abeba. Lettere da un camionista dall’Impero (1936-1941), Paravia, 2000. []
  26. G. Bottai, Diario 1935-1944, Ed . Bur, 2001, p. 102, note du 16 mai 1936. []
  27. L’occultation du rôle des troupes coloniales se prolongea naturellement par une grande discrétion dans les Mémoires publiés. N. Labanca, Una guerra per l’impero, op. cit., p. 201-209. []
  28. Cette inégalité dans le traitement des dépouilles suscita un mouvement de désertion en février-mars 1936. G. Rochat, Le guerre cit., p. 41. Cette question du traitement des corps mériterait certainement attention. []
  29. On trouve des notations, sur l’absence présumée d’émotion des indigènes lors de l’exécution de l’Abuna Petros in Ciro Poggiali, Diario AOI, (21 juin 1936 – 4 octobre 1937), Milan, 1971. []
  30. «Il concetto di razza è puramente biologico» in La difesa della razza, A. V, n°12, 20 avril 1942. []
  31. Sur la diffusion du racisme au sein des troupes italiennes en Éthiopie, voir l’étude déjà citée de N. Labanca sur les Mémoires des combattants, in Una guerra per l’impero cit. []
  32. Sur ces opérations, A. Del Boca, Gli italiani in Africa orientale. La caduta dell’impero, Rome-Bari, Laterza, 1982. Voir aussi : Matteo Dominioni, « La ripressione di ribellismo e dissidentismo in Etiopia, 1936-1941 » in Luigi Borgomaneri (dir.), Crimini di guerra. Il mito del bravo italiano tra repressione del ribellismo e guerra ai civili nei territori occupati, ED. Guerini, Milan, 2006, p. 15 -32. []
  33. Il s’agit du discours « L’olivier et les baïonnettes » in B. Mussolini, Édition définitive des œuvres et discours, vol. XI, Flammarion, 1938, p. 122. []
  34. Ce rôle apparaît dans les archives Graziani. Il nécessiterait une enquête approfondie. []
  35. Sur cette pratique : M. Dominioni, « La repressione italiana nella regione di Bahar Dar » in Studi piacentini, 2003, n°33, p. 159-170. []
  36. Si l’on s’en tient aux comptabilités « officielles » des militaires, il y aurait eu 76 906 victimes entre la proclamation de l’Empire et le 10 juin 1940. Selon M. Dominioni, une évaluation plus conforme à la réalité amène à multiplier au moins par deux cette estimation. In art. cit. p. 32. []
  37. Une source étrangère rapportée par Graziani dans ses archives évoque 10 000 morts. Cité par Graziani in ACS, Carte Graziani, b. 31. Sur cet épisode : A. Del Boca, La caduta …, op. cit., p. 77-106. Voir les témoignages recueillis par F. Le Houerou in op. cit. []
  38. Sur l’ensemble de ces événements: A. Del Boca, Gli italiani… , op. cit. []
  39. Nicola Labanca indique que dans les Mémoires des combattants de la guerre d’Éthiopie, le mot utilisé pour caractériser les opérations menées à l’arrière du front en 1935-36 puis les opérations de « police coloniale » est « rastrellamento », traduisible en français par ratissage. N. Labanca, « La conquista e l’occupazione dell’Etiopia nelle memorie dei combattenti del 1935-1936 » in AAVV, Militarizzazione e nazionalizzazione nella storia d’Italia, op. cit., p. 287. Il signale aussi que les combattants ont eu tendance à occulter cette dimension de leur activité militaire en Éthiopie. []
  40. G. Rochat, « Les gaz… » , art. cit. , p. 94-96. []
  41. Le camp de Danane fut créé en 1935 . Plus de 6 500 personnes y furent internées, dans des conditions terribles, le camp étant prévu pour 3000 personnes. La mortalité y fut considérable. Voir A. Del Boca : « Un Lager del fascismo : Danane » in L’Africa nella coscienza degli Italiani, Rome-Bari, Laterza, 1992, p. 40-57. []
  42. Voir par exemple, le témoignage de Ciro Poggiali, envoyé spécial du Corriere della Sera en Éthiopie, in Diario AOI, op. cit. []
  43. Alessandro Secciani, L’Impero. Le colonie italiane in Africa, Editoriale Nuova, Novare, 2005. []
  44. L’inquiétude du gouvernement fasciste quant à une éventuelle protestation de Paris et Londres apparaît dans le long rapport de Graziani sur ces évènements in ACS, Carte Graziani, b. 31. []
  45. Sur les rapports de pouvoir entre hiérarques et Duce et le disposition de domination « en étoile » permettant la domination absolue de Mussolini sur les administrations et le Parti, Jean-Yves Dormagen, « Le duce et l’état-major du fascisme : contribution à une sociologie de la domination charismatique » in Revue d’Histoire moderne et contemporaine, numéro spécial « Le fascisme italien » , 2008-3. Sur Mussolini, Pierre MILZA, Mussolini, Paris, Fayard, 1999 ; Renzo De Felice, Mussolini il Duce II. Lo Stato totalitario (1936-1940), Turin, Einaudi, 1981. []
  46. Sur le mode de commandement militaire de Mussolini, G. Rochat, Le guerre italiane…, op. cit., p. 28. []
  47. Badoglio était Chef d’État Major général au début de la conquête de l’Éthiopie. Mussolini désigna pourtant De Bono comme Commandant des opérations puis confia finalement la conduite des opérations militaires à Badoglio. Celui-ci fut nommé vice-roi d’Éthiopie et duc d’Addis Abeba, regagnant la métropole une fois l’Empire proclamé. Graziani lui succéda en mai 1936. En novembre 1937, il fut remplacé par le Duc d’Aoste qui atténua la dimension répressive de la présence italienne. []
  48. Sur Graziani, A. Cova, Graziani. Un generale per il regime, Newton Compton, Rome, 1987 ; G. Mayda, Graziani l’africano. Da Neghelli a Salo, La Nuova Italia, Florence, 1992. []
  49. ACS, Carte Graziani, b. 26, télégramme de Graziani a Lessona du 24 juillet 1936. []
  50. ACS, Carte Graziani, b. 31. Rapport « I venti primi mesi dell’Impero » []
  51. Télégramme 6496 reproduit in ACS, Carte Graziani, b. 47. []
  52. Télégramme 8103, in ACS, Carte Graziani, b. 31. []
  53. Télégramme de Mussolini à Graziani du 20 février 1937 in ACS, Carte Graziani, b. 31. []
  54. A. Del Boca , Gli italiani…, op. cit., Le télégramme cité est du 21 février 1937. []
  55. Télégramme du 10 juillet 1936 cité in A. Del Boca, op. cit., p. 46. Sur ce point, Graziani opposa sa propre ligne de conduite, plus politique, décidant d’interner les Jeunes Éthiopiens dans la camp de concentration de Danane, en Somalie. Ibid., p. 47. []
  56. Télégramme 10724, in ACS, Carte Graziani, b. 31. []
  57. ACS, Carte Graziani, b. 31, télégramme du 13 septembre 1936. Le Général reçut les félicitations de Mussolini via Lessona pour avoir capturé le Deggiac Uonduossen Cassa. []
  58. ACS, Carte Graziani, , b. 30, télégramme du 1er septembre 1937. []
  59. ACS, Carte Graziani, b. 30, télégramme de Belly du 9 novembre 1937. []
  60. ACS, Carte Graziani, b. 30, télégramme de Graziani du 9 novembre 1937. []
  61. . Rochat, Le guerre italiane, cit., p. 37. []
  62. Sur ces bandes, Piero Farello, « Le bande irregolare indigene a caccia di partigiani in Etiopia » in Studi Piacentini, 1992, n°11 . Voir aussi G. Rochat, Le guerre… op. cit., p. 91. On observera , mutatis mutandis, que le pouvoir fasciste renouait de la sorte avec une pratique ancienne, expérimentée dans la péninsule, au XIXe siècle, dans le Mezzogiorno, le brigandage avait été combattu moyennant de tels accommodements, avec des groupes illégaux et violents. []
  63. Cité par M. Dominioni, in « Da esercito agguerrito e invincibile ad armata di straccioni. Esaltazione e delusione del soldato italiano in Africa orientale » in N. Labanca, G. Rochat, Il soldato, la Guerra .. op. cit. []
  64. Cité par N. Labanca, Una guerra per l’impero…, op. cit., p. 239. []
  65. Photographie consultable, parmi d’autres clichés attestant des atrocités commises de part et d’autre in A. Mignemi, op. cit., p. 214. []