In memoriam, par Giuseppe Ungaretti.

 

Il s’appelait
Mohammed Scheab

Descendant
d’émirs de nomades
suicide
parce qu’il n’avait plus
de Patrie

Il aima la France
et il changea de prénom

Il fut Marcel
mais n’était pas français
il ne savait plus
vivre
dans la tente des siens
où l’on écoute la cantilène
du Coran
en savourant un café

Et il ne savait pas
délier
le chant
de son abandon

Je l’ai accompagné
avec la maîtresse de l’hôtel
où nous habitions
à Paris
du numéro 5 de la rue des Carmes
allée flétrie et en pente

Il repose
au cimetière d’Ivry
faubourg qui ressemble
toujours
en un jour
d’une
foire décomposée

Et peut-être moi seul
sais encore
qu’il a vécu

Locvizza, le 30 septembre 1916.

 

Giuseppe Ungaretti (à droite) en 1918, dans les tranchées, deux ans après l'écriture de ce poème et cinq après la mort de l'ami égyptien, qui l'avait accompagné dans déménagement d'Alexandrie à Paris, en 1912.

In memoria

 

Si chiamava
Moammed Sceab

Discendente
di emiri di nomadi
suicida
perché non aveva più
Patria

Amò la Francia
e mutò nome

Fu Marcel
ma non era Francese
e non sapeva più
vivere
nella tenda dei suoi
dove si ascolta la cantilena
del Corano
gustando un caffè

E non sapeva
sciogliere
il canto
del suo abbandono

L’ho accompagnato
insieme alla padrona dell’albergo
dove abitavamo
a Parigi
dal numero 5 della rue des Carmes
appassito vicolo in discesa

Riposa
nel camposanto d’Ivry
sobborgo che pare
sempre
in una giornata
di una
decomposta fiera

E forse io solo
so ancora
che visse

Locvizza, il 30 settembre 1916.

 

Pour aller plus loin:

  • Les premiers poèmes d’Ungaretti, le 7 février 1915, sur le site d’Angèle Paoli, Terres de femmes.
  • Deux précieuses émissions d’entretiens en français avec Giuseppe Ungaretti -merci à Federica Martucci de me les avoir signalées: ici et .