Dies irae, par Aldo Zargani.

 
Par un après-midi de juillet 1945, au cinéma Doria de Turin, on donnait un documentaire sur Buchenwald. Les opérateurs de la Combat Film avaient fait progresser le cinéma durant la seconde guerre mondiale, mais aucun de nous, les spectateurs, n’était en mesure de percevoir des messages à caractère culturel(1). Une des raisons, pas la plus importante, était qu’il manquait un bon bout de temps encore avant l’avénement des ciné-clubs. En somme, ce premier été ne se prêtait en rien à des analyses d’esthétique cinématographique.
Dans le monde encore sans télé ni air conditionné, dans des cinémas étouffants, on projetait la seconde guerre mondiale jour après jour. Ainsi fut-elle la première guerre que tout le monde put et peut “voir”(2).

Nous étions enfermés et en nage dans le cinéma bondé -dans la ville détruite il y avait bien peu à faire, sinon voir et revoir le pas dégingandé des Américains-. Dans la chaleur de juillet il manquait encore quelques semaines avant le plus clair “game over” de l’histoire : Hiroshima. Mais la guerre en Europe était déjà finie, laissant le champ libre à quelque chose d’autre dont on ne comprenait pas encore ce qu’il allait être.

Si nous nous racontons les uns aux autres la période qui fut celle du plus grave conflit de l’histoire, nous qui l’avons vécu, nous sommes capables d’entrer dans les moindres détails, alors qu’il nous est difficile d’analyser avec la même acuité ce qui s’est produit par la suite. L’après vit pourtant se succéder plusieurs phases, toutes inexplorées ou presque. Si on y pense, la première fut celle, brève et foudroyante, qui suivit le grand silence de la fin des combats : les jours de colère.

Sur l’écran, on voyait, filmés en plongée, défiler dans un long, effilé et sinueux cortège, les habitants de la ville de Weimar, laquelle se trouve dans les environs immédiats du camp de Buchenwald(3).À tel point que les Américains, par une sorte de punition didactique, les avaient tous obligés, quelques heures après la libération du camp le 11 avril, à marcher jusqu’ici pour voir, de leurs propres yeux, l’infamie que les avant-gardes venaient de découvrir quelques heures plus tôt. Il faisait encore froid ce printemps-là, tout le monde le sait, sauf Bertolucci qui l’a représenté dans son film Novecento à la manière d’un été chaud, inventant aussi les champs de maïs murs (sic) dans le seul but de faire fuir sans espoir dans le labyrinthe de branchages les immondes fascistes qui ne pouvaient se soustraire à l’exemplarité de la justice populaire : la mort rhétorique empotée parmi les chaumes… Oh! What a pity!

Au lieu de quoi, sur les images en plongée, on voyait des plaques de neige et aussi des tas de bois à brûler, entre les baraquements. Les habitants de Weimar, malgré un soleil timide qu’on n’aurait pu imaginer plus triste, portaient encore leurs vêtements d’hiver.
Nous, le public, nous ne prêtions guère attention à ce cortège vu d’en haut qui se déroulait, serpentin, à l’entrée du camp et nous ne savions pas que ces images constituaient un hommage au tout récent Ivan le terrible (Serguei Eisenstein, URSS 1944), que, du reste, nous ne pourrions admirer que des années plus tard -grâce à Edoardo Sanguineti, Dieu du Ciel, il faut au moins lui reconnaître cela ! Nous, ces porcs de Weimar, nous voulions les avoir “face à face” pour comprendre ce quelle pensait, cette sale vermine, pour détailler leurs visages stupides et grossiers d’Allemands sans âme, nous voulions les voir pour haïr, pour jouir de leur humiliation, nous réjouir de leur honte.

Durant l’été 1945, on affectionnait particulièrement la colère (Armand Salacrou, “Les nuits de la colère”, 1946)(4). Nous les Juifs survivants, nous étions des gens perdus qui courrions encore après les trains du Brenner sur les quais fumeux de Porta Nuova, qui détaillions les rares feuillets de personnes inconnues retrouvées qui sait où, affichés sur les panneaux de la Communauté juive et “Personne, non, nous ne trouvons personne. Ils ont disparu sans laisser de trace.” Nous téléphonions avec difficulté à des parents enfuis à l’étranger en 1938. Un peu plus tard, s’ouvrirait la période des déclarations de mort présumées. Mais les autres aussi avaient leurs morts à pleurer, une longue souffrance traversée, bien des blessures pas encore cicatrisées.
Et puis, il y avait un sentiment en plus, lui aussi aujourd’hui oublié, qui cet été-là pourtant était vif et puissant, qui semblait tous nous réunir, juifs, gentils et phéniciens (Thomas S. Eliot, “La Terre vaine : La Mort par l’eau”, Ravenne : éd. Loperfido, 1972) : la stupéfaction, qui augmentait la colère et en était alimentée. Colère et stupéfaction.
Passions, démesurées et dévastatrices, qui remplissaient mon esprit d’enfant. Et ce fut la seule fois que cela se produisit dans ma vie, parce que la colère et la stupéfaction m’ont rassasié pour toujours dans ce lointain été de mes douze ans.

La colère atteint son comble en quelques instants, mais elle met bien du temps à s’éteindre dans l’âme, comme l’incendie d’une forêt, en survivant même, quelquefois, à ce qui l’a fait naître. Après les exécutions capitales de Nuremberg, qui conclurent “le procès des vainqueurs sur les vaincus” -comme l’appellent ceux qui ne savent pas combien ce fut difficile, presque impossible, de changer en justice la funeste colère -les derniers tisons de l’enfer disparurent et tout sembla devenir cendre. Ainsi les Juifs, par exemple, mais pas seulement eux, au lieu de se consacrer à de vaines vengeances, se réjouirent d’avoir survécu et s’évertuèrent, dans les années qui suivirent, à traîner leurs assassins devant les tribunaux de l’Europe entière.

Cet été-là, pourtant, au Doria, on projetait des pendaisons tous les vendredis, l’une après l’autre. Et sur cette place de la Concorde* changée en cinématographe, nous avions, nous, sans-culottes et tricoteuses*, un goût prononcé pour les pendaisons sommaires russes, sans capuchon, ni derniers sacrements, ni trappe. Sans les artifices humanitaires de l’hypocrite civilisation occidentale. Le condamné, avec ses seules chaussettes aux pieds, montait sur une caisse ou une petite table, le visage terreux, en parfait accord avec la corde de chanvre qu’on lui passait autour du cou en lui ébouriffant les cheveux. Puis, après avoir jeté d’un coup de pied la petite table ou la caisse, on ne laissait pas mourir le condamné pendu et étouffé, en agitant les jambes comme une marionnette, mais deux soldats s’agrippaient à chacune des jambes du misérable, en tirant, tirant, tirant encore, jusqu’à ce que le cou fît crac et qu’il prît un aspect courbé comme la croupe d’un mouton. Alors le public applaudissait(5).

Finalement ceux de la Combat Film, avec leurs caméras, avaient mis pied à terre, et on voyait ces petits messieurs dames de Weimar, dans leurs habits de fête, marcher tout élégants au milieu des tas, non de bois comme il avait semblé d’en haut, mais de corps humains ravagés par la pourriture. Bien rangés, cependant. Pareillement tondus, les cadavres de la seconde couche étaient allongés tête-bêche sur ceux de la première, dont la position était reprise par les cadavres de la troisième couche, et ainsi de suite, car ces corps humains, à la manière des livres reliés, prenaient plus de place, même amaigris, au niveau des côtes qu’à celui de jambes devenues squelettiques. Les tas devaient supporter de nombreuses couches en conservant un bel équilibre bien ordonné, avec tous les corps nus au garde-à-vous afin que les bras blancs, squelettiques, avec leurs mains énormes, ne fassent pas désordre. En ordre, comme les best-seller sur les comptoirs de Feltrinelli et de Mondadori.

Cette foule hautaine, elle, était maintenue en ordre par des soldats américains armés de mitraillettes, qui devaient se trouver là depuis un bon moment, parce qu’ils s’adossaient, un peu fatigués, aux montants des baraques, tout en regardant le tout Weimar*, avec de ces ricanements sardoniques qui témoignent que la colère dans ses diverses et lugubres configurations n’était pas la passion exclusive des Juifs, selon la vulgate actuelle, mais qu’elle touchait, cet été-là, la planète entière.
Le méprisable cortège -« Et les voici là-bas qui viennent,/ Foule confuse, hétérogène,/ Pâle, » avait prophétisé Berthold Brecht en 1938(6) – avançait en entrant et sortant des baraques. Beaucoup se couvraient les lèvres, beaucoup bouchaient un nez offensé par la puanteur de la mort, beaucoup cherchaient à regarder ailleurs, beaucoup protégeaient leurs yeux de la main, beaucoup, hommes et femmes de tous âges, regardaient autour d’eux avec un air égaré. Et cette angoisse en eux nous remplissait d’enthousiasme parce que ces misérables cherchaient à s’enfuir. “En haut par la cheminée ?”. En somme, l’Allemagne que nous haïssions était exposée par la force de la justice aux horreurs qu’elle-même avait généré et elle se comportait comme s’il s’agissait d’événements naturels sur lesquels il n’y avait rien à dire, aucun commentaire à faire. Et comme ils étaient élégants, regarde un peu, ces bourgeois de Thuringe! Quand les lumières furent rallumées, les spectateurs se gardèrent bien d’applaudir, et nous nous regardâmes les uns les autres avec des yeux voilés, mais plus par la stupeur que par les larmes.

Mais tu ne savais donc pas, enfant de 1945, que Weimar est la ville de Wolfgang Goethe, de Friedrich von Schiller, de Lucas Cranach, du Bauhaus ? Tu ne le savais pas que de 1919 à 1933 elle avait été la capitale de la glorieuse république… de Weimar?…

J’ai revu, en 2006, le même documentaire. Comme tous les documentaires ou presque de la Combat Film, il fut tourné en couleurs, mais dans l’immédiat après-guerre il fallait en faire des copies en toute vitesse et il fut distribué en noir et blanc. Je l’ai revu en couleurs donc. Mais les morts des tas sont blancs, les vêtements des visiteurs sont noirs, leurs visages sont terreux, ceux des soldats américains sont polychromes, parmi eux il y a même des soldats de couleur(7).

Le camp, les cadavres, les baraquements, la lumière d’un printemps éteint, les fils barbelés, les cheminées des fours crématoires, sont demeurés les mêmes.

Ce que je ne parviens plus à reconnaître en revanche ce sont les habitants de Weimar, comme si quelque artifice numérique inconnu avait transformé ce sombre cortège. Comment ont-ils fait pour faire disparaître les visages indifférents, les yeux teutoniques dénués d’expression, le dégoût pour la mort d’autrui qui ne te touche pas?

Au lieu de cela on voit des vieux messieurs, des gens qui étaient déjà adultes, ou même vieux, douze ans plus tôt, quand Hitler remporta les élections, peut-être de vieux professeurs, ou des médecins, qui ont mis pour l’occasion la vieille redingote et le faux-col de la chemise, celui avec les petits rabats qui vont si bien avec les lunettes à pince-nez, derrière lesquels on voit des regards… ébahis. Mais où ont fini les monocles sur les visages obtus, qui, je m’en souviens très bien, peuplaient ma colère à la Grosz? Où sont les voilettes qui laissaient entrevoir les traits cruels des belles dames germaniques? Il y a les vestes pour homme pied de poule*, courtes et élimées, avec la martingale haute, de l’étudiant en cours de spécialisation, il y a les manteaux ouverts et lourds de l’époque où personne encore n’avait d’automobile, mais je n’ai plus vu les cols de fourrure lourds de sens, ni les renards des dames, ni les sacs à main élégants tenus avec nonchalance* sous un bras raffiné.

La colère est un péché capital à confesser avant la communion quand on est catholique. Ce n’est pas un sentiment répandu parmi les juifs, qui en règle générale ne sont pas assoiffés de vengeance, mais de justice. Il semblerait que ce soit Dieu qui tienne le monopole de la colère juive, ceci dit sans vouloir offenser personne : le Dieu des Juifs est dans l’ensemble une grande et brave personne, mais de temps en temps il se laisse aller à quelques explosions de colère qui l’ont rendu fameux : Sodome et Gomorrhe en savent quelque chose.

Même dans le Jugement Universel de la Chapelle Sixtine, le visage de Jésus n’est pas du tout serein, il fait une vilaine grimace, et, pendant qu’il accomplit le geste furieux de séparer les bons des méchants morts, en cet instant qui est comme un coup de tonnerre, la colère l’envahit à tel point qu’il en fait du vacarme -du bruit dans une fresque?-. Donc, moi, à douze ans, j’ai eu la chance, ou le malheur, de vivre personnellement la fin du monde, et même d’en être l’acteur, d’être celui qui divise les bons et les méchants, et cette grimace là, c’est précisément celle que je faisais enfant: ma colère, la colère de Dieu.

Ils avaient quelques foulards* autour du cou, des gants rarement, aucune élégance, mais ils étaient vêtus de deuil, ils avaient mis leurs beaux vêtements restés dans l’armoire avec la naphtaline d’avant la guerre. Ainsi, sans s’être concertés peut-être, ils avaient tous obéï à ce mystérieux message de s’habiller pour aller à des funérailles. Et moi, en 1945, peint dans ma Chapelle Sixtine, je ne m’en étais pas aperçu.

Funérailles, oui, parce que les hommes tenaient leurs chapeaux dans leurs mains, certains avec les deux, d’autres avec une seule. Avec une seule main, parce que de l’autre beaucoup mouchaient leur nez.
Les femmes supportaient moins que quiconque l’horreur dont elles étaient obligées de prendre acte. J’en ai vu une, le visage sillonné de larmes, sa tête blonde appuyée sur la poitrine d’un homme qui semblait être son mari, qui de la main gauche lui soutenait les épaules, pendant que de la droite il lui caressait tendrement le visage, j’en ai vu une autre qui, n’y tenant plus, fuyait en courant vers la sortie les mains dans les cheveux, criant et pleurant.

Ces larmes-là, qui sillonnaient ces visages allemands, visages qui expriment, même sans le vouloir, même sans en être porteur, la dure morale luthérienne de Johann Sebastian Bach (à propos, pour les prochaines éditions du documentaire, je mettrais comme fond sonore la cantate: “Devant toi, Seigneur, égaré et confus…”), ces larmes étaient, je m’en aperçois seulement aujourd’hui, non seulement de repentir, non seulement de deuil et de douleur, mais les premières larmes de l’Allemagne sur elle-même. Mais moi, en 1945, ces grosses larmes, je ne les ai pas du tout vues.

Maintenant, loin de cette époque, le deuil qui ne finit jamais comme la force de gravité dans les lointains de l’espace, est entré dans l’une de ses innombrables phases, celle des énigmes, de la matière obscure : comment faisaient les habitants de Weimar pour ne rien savoir avant d’avoir vu ? Comment ont-ils fait pour devenir comme nous, ou même peut-être meilleurs, mais seulement après avoir vu ? Et j’ajoute que moi aussi, dans ces mystères, je fais partie d’une culture qui connaît la justice et non le pardon, le repentir et non l’oubli : pourquoi cette foule de Weimar m’inspire-t-elle seulement maintenant une telle pitié ?

Postface

“Mais ici déjà commence une nouvelle histoire, l’histoire du progressif renouvellement d’un homme, l’histoire de sa progressive régénération, de son passage progressif d’un monde à un autre, de ses progrès dans la connaissance d’une nouvelle réalité, jusqu’alors complètement inconnue. Ceci pourrait former l’argument d’un autre récit; mais notre récit d’aujourd’hui est terminé.”(8)

Fedor Dostoïevski

Traduit par Olivier Favier. Texte paru dans le recueil L’odeur du Lac, Évian, Alidades, 2009. Le livre, ainsi que le numéro du Chemin des livres consacré à Aldo Zargani, sont en vente sur le site.

Pour visionner le film évoqué par Aldo Zargani: Libération des camps de Buchenwald et Dachau (Combat film-1945). Version originale en couleurs.

Turin, via Morosini. "Une vieille photo du 17 juillet 1945 (deux mois après la fin de la guerre en Europe et trois semaines avant Hiroshima!). Je suis le huitième garçon, très serieux, en partant de la gauche. Les soldats étaient ceux de la Brigade Juive qui s’étaient battus pendant la Campagne d‘Italie et, à Turin, donnaient quelque chose à manger aux enfants qui avaient survécu. "(Légende d'Aldo Zargani)

  1. Combat film. Durant la seconde guerre mondiale les Américains constituèrent des unités d’opérateurs cinématographiques qui avaient pour mission de suivre les soldats combattants, opérant souvent en première ligne, couvrant intégralement les combats et les plus terribles réalités. (N.d.A.) []
  2. De nos jours encore, History Channel consacre une très grande proportion de ses programmes à la seconde guerre mondiale. Le documentaire sur Buchenwald dont il est question dans ce récit est disponible en DVD et il est devenu célèbre. Compte tenu du fait banal, mais en rien secondaire, de l’énorme quantité de matériel à bas prix disponible sur le marché, il est évident que, si la demande d’information n’était pas haute, l’offre de ces documents chuterait. Le même phénomène de marché se vérifie évidemment pour la Shoah, à la surprise et au grand damne des gens bien. (N.d.A.) []
  3. Les Américains pénétrèrent dans le camp de concentration de Buchenwald le 16 avril 1945. Il y trouvèrent quelques 20 000 prisonniers, qui s’étaient libérés de leurs bourreaux cinq jours auparavant, dont 4 000 Juifs. Ne pouvant croire à l’ignorance des habitants de Weimar (une ville distante de 8 km), ils contrainrent 1 000 de leurs habitants à visiter le lieu.(N.d.T.) []
  4. Rien d’important. Comme dit la musique du Dies Irae pour celui qui la chantonne de temps en temps, il s’agissait seulement de la fin du monde. Une parmi tant d’autres. (N.d.A.) []
  5. Applaudissements en réalité peu nombreux, surtout ceux de mon père et moi, et un voisin nous blâma: “Mais vous êtes inhumains.” (N.d.A.) []
  6. « La grande Parade allemande », prologue à Grand-peur et misère du IIIe Reich, in Bertolt Brecht, Théâtre complet 3, L’Arche, Paris, 1974. Écrit de 1935 à 1938, partiellement représentée à Paris, en allemand, en 1938. (N.d.A.) []
  7. Extrait d’un discours du général Patton, fait devant le premier détachement de blindés composés de soldats noirs. Je cite de mémoire: “Je m’en fous de votre couleur, je m’en contrefous. Vous avez pour mission de descendre le plus grand nombre possible de mangeurs de choucroute, ces fils de putes.” (N.d.A.) []
  8. Il s’agit des dernières lignes de Crime et châtiment (traduction d’André Markowicz). (N.d.T.) []