Le château de Villers-Cotterêts, par Alexandre Dumas.

 
Le château de Villers-Cotterêts, érigé sous François Ier et agrandi sous Henri II par Philibert Delorme, est surtout resté dans l’histoire pour l’ordonnance de 1539. Elle impose, entre autres choses, le français au détriment du latin pour la rédaction des actes officiels et notariés. Au siècle suivant Louis XIV fait cadeau du château à son frère Philippe d’Orléans et Le Nôtre en aménage les jardins.  

Château de Villers-Cotterêts depuis le parc, juillet 2012. Photo: Olivier Favier. Tous droits réservés.

Alexandre Dumas naît à Villers-Cotterêts en 1802. Il évoque le château à quelques reprises dans ses Mémoires
Dans ce premier extrait, comme souvent, il prend des libertés avec l’histoire. Dans ce cas cependant, la réalité est bien plus romanesque que ce qu’il peut nous en raconter. À la mort de son époux Henri II, Catherine de Médicis fait modifier leurs chiffres. Les C et le H y sont en effet agencés de telle sorte qu’on y lit très clairement le D de Diane de Poitiers, la maîtresse d’Henri II.
Bien que d’origine florentine, Catherine décide alors de nouer avec une corde symbolisant son veuvage le H de son défunt mari à un K germanique dépourvu d’ambiguïté. On peut voir les deux combinaisons dans le salon du pavillon Henri II, à deux pas du château.

Ce château de Villers-Cotterêts (…) était, avec Sainte-Assise, la résidence de M. le duc d’Orléans.
Ce château faisait partie des apanages de la famille depuis le mariage de Monsieur, frère du roi Louis XIV, avec Madame Henriette d’Angleterre.
Le bâtiment, presque grand à lui seul comme toute la ville, et qui, devenu un dépôt de mendicité, une maison d’asile, loge aujourd’hui sept à huit cents pauvres, ce bâtiment n’offre rien de bien remarquable comme architecture, à part un coin de l’ancienne chapelle, qui appartenait, autant qu’on en peut juger par ce qui en reste, à l’époque de la plus belle Renaissance. Commencé par François Ier, le château a été achevé par Henri II.
Le père et le fils y ont apposé chacun son cachet.
François Ier y a sculpté ses salamandres ; Henri II, son chiffre et celui de sa femme Katherine de Médicis.
Les deux chiffres, qui se composent de la lettre K et de la lettre H. sont renfermés dans les trois croissants de Diane de Poitiers.
Etrange réunion des chiffres des époux et des armes de la maîtresse, et qui est encore visible aujourd’hui à l’angle de la prison donnant sur la petite rue qui conduit à l’abreuvoir.

(Mémoires, chap. 1)

Chapelle du Château de Villers-Cotterêts, juillet 2012. Photo: Olivier Favier. Tous droits réservés.

Le parc du château n’a presque rien gardé du bel ordonnancement du jardinier Le Nôtre. Les destructions des deux guerres ont été très importantes. C’est de Villers-Cotterêts que part en juillet 1918 la contre-offensive des Alliés.

Ce parc, planté par François Ier, fut abattu par Louis-Philippe.
Beaux arbres ! à l’ombre desquels s’étaient couchés François Ier et madame d’Etampes, Henri II et Diane de Poitiers, Henri IV et Gabrielle, vous aviez le droit de croire qu’un Bourbon vous respecterait ; que vous vivriez votre longue vie de hêtres et de chênes ; que les oiseaux chanteraient sur vos branches mortes et dépouillées, comme ils chantaient sur vos branches vertes et feuillues ! Mais, outre ce prix inestimable de poésie et de souvenirs, vous aviez malheureusement un prix matériel, beaux hêtres à l’enveloppe polie et argentée, beaux chênes à l’écorce sombre et rugueuse ! Vous valiez cent mille écus ! Le roi de France, qui était trop pauvre pour vous conserver avec ses six millions de revenus particuliers, le roi de France vous a vendus ! Je n’eusse eu que vous pour toute fortune, que je vous aurais gardés, moi ; car, poète que je suis, il y a une chose que je préférerais à tout l’or de la terre, c’est le murmure du vent dans vos feuilles ; c’est l’ombre que vous faisiez trembler sous mes pieds ; ce sont les douces visions, les charmants fantômes qui, le soir, entre le jour et la nuit, à l’heure douteuse du crépuscule, glissaient entre vos troncs séculaires, comme glissent les ombres des antiques Abencérages entre les mille colonnes de la mosquée royale de Cordoue !
Il était loin de se douter de cela, cet autre poète qu’on appelait Demoustier, lorsqu’il écrivait, sur l’écorce de l’un de vous, ces vers disparus avec vous, et que moi seul sais peut-être aujourd’hui :

Ce bois fut l’asile chéri
De l’amour toutefois fidèle ;
Tout l’y rappelle encore, et le coeur attendri
Soupire en se disant : « C’est ici que Henri
Soupirait près de Gabrielle. »

Et c’est pourtant cela qui l’a renversé, cet homme, qui se croyait plus solidement enraciné au trône que vous ne l’étiez à la terre : c’est qu’il ne comprenait rien de ce qui était grand ; c’est que chaque chose, dépouillée de ce prestige que lui prête l’imagination, n’avait à ses yeux que sa valeur matérielle ; c’est qu’il se disait : « Tout homme se peut acheter, comme tout arbre se peut vendre. J’ai d’immenses forêts, je vendrai des arbres, et j’achèterai des hommes. »
Sire, vous vous trompiez. Il y a autre chose dans la vie que l’algèbre et que l’arithmétique : il y a la croyance, il y a la foi ; vous n’avez pas cru aux autres, et les autres n’ont pas cru en vous; vous avez soufflé sur le passé, et le passé a soufflé sur vous.

Mémoires (Chap. 21)

Cheminée du château de Villers-Cotterêts décorée d'une Salamandre, juillet 2012. Photo: Olivier Favier. Tous droits réservés.

En 1806, le château devient le « dépôt de mendicité » du département de la Seine et accueille à ce titre un millier de reclus parisiens. Il demeure aujourd’hui le seul établissement public en France d’hébergement pour personnes âgées dépendantes spécialisé dans l’accueil des sans-abri. Il n’accueille plus en 2012 que 72 résidents.
Le reste du château a été mis « hors d’eau et hors d’air ». On peut en visiter une partie en s’adressant à l’office du tourisme de la ville.

De ce beau château, ancienne maison de plaisance des ducs d’Orléans, la République avait fait une caserne, et l’Empire un dépôt de mendicité.
J’avais découvert, dans ce dépôt, un ancien maître d’armes ; seulement, il avait une avarie : donnant des leçons sans masque, le fleuret d’un de ses élèves avait pénétré dans la bouche, et lui avait déchiré la luette. Cet accident – qui, en le rendant presque muet, ou plutôt en lui créant un baragouin à peu près inintelligible, avait rendu chez lui la démonstration presque impossible –, cet accident, disons-nous, joint à un grand amour de la bouteille, avait conduit notre ancien Saint-Georges à la demeure royale de François Ier, devenue une succursale du dépôt de mendicité de la Seine.
Cet homme s’appelait le père Mounier, et, j’en demande bien pardon à Grisier, son continuateur, c’est lui qui, à l’âge de dix ans, me donna les premières leçons d’armes.

Mémoires (Chap. 24)

Entrée du château de Villers-Cotterêts, juillet 2012. Photo: Olivier Favier. Tous droits réservés.

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