Bartolomeo Vanzetti, par Massimiliano Damaggio.

 
new york, huit heures du soir
je descendais mélancoliquement
les escaliers, je trouvai
un logement
mesquin dans une maison équivoque
je décidai de dormir
sous les arbres

je trouvai un emploi,
au restaurant Mauquin
les déchets de table dégageaient des exhalaisons toxiques
après huit mois
je partis pour ne pas attraper la tuberculose
cinq mois durant, j’arpentai
les trottoirs de
new york

une agence
mulberry st., il cherchait des hommes
pour des travaux de démolition,
je fus conduit avec un troupeau
d’autres haillons humains
dans un baraquement,
dans les bois, aux environs
de springfield, mass.
où l’on construisait un tronçon
de chemin de fer

puis je travaillai dans une
usine de fils de fer
puis en qualité
d’ouvrier agricole
puis je devins vendeur
de poissons par amour
de l’indépendance travaillant
comme un nègre, je vivotais

le 24 décembre fut le dernier
jour où je vendis du poisson

je commençai à travailler
pour m. petersani
cassant la glace, je travaillai
à l’electric house, j’acheminai
le charbon vers les chaudières, je travaillai
à la construction d’une conduite
d’eau, je recommençai
à vendre des poissons, quand
je pouvais en avoir, quand
il m’était impossible de m’en procurer
je débusquai des mollusques
mais le profit était liliputien

tu as du travail pour moi?
je demandai à un foreman(1)
non, je n’ai pas de travail
pas même pour les vieux ouvriers

je compris que les plaies qui
déchirent l’humanité sont l’ignorance
la dégénérescence des sentiments
naturels

j’éprouvai toutes
les souffrances, les désillusions, les soucis
inévitables de celui qui débarque
à vingt ans, ignorant
de la vie, un peu rêveur

je vis toutes
les laideurs, de la vie, les injustices
la corruption, le fourvoiement

s’agite l’humanité

je commençai à
étudier, j’aimais l’étude
d’une vraie passion, à l’étude, pourtant,
j’ajoutai une impitoyable, constante, inexorable observation des
hommes des
animaux des
plantes

les montagnes, les mers
les fleuves appelés
frontières naturelles
se sont formés avant
l’homme

je considérai que celui qui fait du bien ou du mal à
un homme
fait du bien ou du mal à
l’espèce, je cherchai
ma liberté dans la liberté de tous, je compris
que le but suprême de l’homme c’est le bonheur, je compris
que chaque individu a deux
moi,
l’un réel, l’autre idéal:
le ressort du progrès, je considérai
le droit de la liberté de conscience, inaliénable

seul avec la liberté, l’homme
s’élève, s’anoblit, s’achève

l’histoire humaine n’est pas encore
commencée
nous nous trouvons à la dernière période
de la préhistoire

m’étant rendu à boston, dimanche 2 mai
le lundi suivant
j’allai voir sacco
le 5 mai je fus
arrêté, tandis
qu’avec sacco on revenait de brockton,
après onze jours
de procès, je fus
déclaré coupable
le 16 août j’étais
condamné à 15 ans
de prison, pour un crime
que je n’avais pas
commis

à 33 ans on m’a
candidaté à mort, le
contraire m’aurait étonné

des âmes anémiques
contrôlent le fonctionnement
planétaire, et la mise en boîte
préventive
23 août 1927

chaise électrique, mon cœur
se
détraque, je meurs

Traduit par Olivier Favier. Voir le site de l’auteur.

Note de l’auteur: Bartolomeo Vanzetti (1888-1927) et Nicola Sacco (1891-1927), ouvriers émigrés aux USA. Dans le cadre d’une campagne antisyndicaliste et xénophobe, ces deux anarchistes furent les personnages d’une affaire judiciaire qui bouleversa l’opinion publique mondiale. Accusés de vol à main armée et de meurtre, en l’absence pourtant de toute preuve concrète, ils furent condamnés à mort (1921) et exécutés (1927). Le poème est composé de phrases tirées du livre Une vie de prolétaire, autobiographie de Bartolomeo Vanzetti.

Niccola Sacco et Bartolomeo Vanzetti.

Niccola Sacco et Bartolomeo Vanzetti.

 

Bartolomeo Vanzetti

new york, alle otto di sera
scendevo malinconicamente
le scale, trovai
un meschino
alloggio in una casa equivoca
decisi di dormire
sotto gli alberi

trovai occupazione,
al ristorante Mauquin
i rifiuti delle mense emanavano esalazioni intossicanti
dopo otto mesi
me ne andai per non contrarre la tisi
per cinque mesi, battei
i marciapiedi di
new york

un’agenzia,
mulberry st., cercava uomini
per lavori di spianamento,
venni condotto con un branco
di altri cenci umani
in un baraccamento,
fra i boschi, nelle vicinanze
di springfield, mass.
ove si costruiva un tronco
di ferrovia

poi lavorai in una
fabbrica di fili di ferro
poi in qualità
di bracciante
poi diventai pesci-
vendolo per amore
d’indipendenza lavorando
come un negro, tiravo avanti

il 24 dicembre fu l’ultimo
giorno che vendetti pesce

cominciai a lavorare
per il sig. petersani
a tagliare il ghiaccio, lavorai
alla electric house, a condurre
il carbone alle caldaie, lavorai
alla costruzione d’una conduttura
d’acqua, ricominciai
a vendere pesce, quando
potevo averne, quando
m’era impossibile procurarmene
scavavo molluschi
ma il profitto era lillipuziano

hai lavoro per me?
chiesi ad un foreman(2)
no, non ho lavoro
neppure per i vecchi operai

compresi che le piaghe che
straziano l’umanità sono l’ignoranza
la degenerazione dei sentimenti
naturali

provai tutte
le sofferenze, le disillusioni, gli affanni
inevitabili di chi sbarca
ventenne, ignaro
della vita, un po’ sognatore

vidi tutte
le brutture, della vita, le ingiustizie
la corruzione, il traviamento
in cui
s’agita l’umanità

cominciai a
studiare, amavo lo studio
con passione vera, allo studio, però,
aggiunsi una spietata, continua, inesorabile osservazione sugli
uomini sugli
animali sulle
piante

i monti, i mari
i fiumi chiamati
confini naturali
si sono formati antecedentemente
all’uomo

ritenni che chi benefica o danneggia
un uomo
benefica o danneggia
la specie, cercai
la mia libertà nella libertà di tutti, compresi
che scopo supremo dell’uomo è la felicità, compresi
che ogni individuo ha due
io,
quello reale, quello ideale:
la molla del progresso, ritenni
il diritto della libertà di coscienza, inalienabile

solo con la libertà, l’uomo
si eleva, si nobilita, si completa

la storia umana non è ancora
iniziata
ci troviamo all’ultimo periodo
della preistoria

recatomi a boston, la domenica del 2 maggio
il lunedì seguente
andai a trovare sacco
il 5 maggio fui
arrestato, mentre
insieme a sacco si ritornava da brockton,
dopo undici giorni
di processo, fui
dichiarato colpevole
il 16 agosto venivo
condannato a 15 anni
di galera, per un delitto
che non avevo
commesso

a 33 anni sono
candidato a morte, né
mi meraviglierei che così non fosse

anime anemiche
controllano il funzionamento
planetario, e l’inscatolamento
preventivo
23 agosto 1927

sedia elettrica, il mio cuore
si
guasta, muoio

Nota dell’autore: Bartolomeo Vanzetti (1888-1927) e Nicola Sacco (1891-1927), operai emigrati negli USA. Nel quadro d’una campagna antisindacalista e xenofoba, i due anarchici furono protagonisti d’una vicenda giudiziaria che coinvolse l’opinione pubblica mondiale. Accusati di delitto a scopo di rapina, senza peraltro una sola prova concreta. furono condannati a morte (1921) e uccisi (1927). La poesia è composta di frasi tratte dal libro Una vita proletaria, autobiografia di Bartolomeo Vanzetti.

  1. Chef d’atelier. []
  2. Capomastro. []