Reportage Tchernobyl (L’Apocalypse), par Roberta Biagiarelli et Simona Gonella.

 

Et j’ai vu le soleil devenir noir comme un sac de crin

et sur les balcons nos voisins qui regardent avec les jumelles et qui observent l’incendie. Mais ce n’était pas un incendie comme les autres. Plutôt une étrange luminescence. La fumée sur la centrale était bleue. D’un bel effet. On n’avait jamais vu une chose pareille, pas même au cinéma.

Et j’ai vu la lune presque toute entière couleur de sang.

Ceux qui n’avaient pas de balcon allaient dans la maison des voisins. Certains faisaient des dizaines de kilomètres, en voiture ou en bicyclette, pour admirer le spectacle.

j’ai vu les étoiles tomber sur terre
Et le ciel s’est réduit comme un livre qu’on roule

On faisait sortir les enfants et on les prenait dans les bras pour qu’ils voient mieux. Et les plus grands d’entre eux faisaient des allers-retours en bicyclette jusqu’à la centrale: ils pédalaient! Ceux qui n’avaient pas de bicyclette le regrettaient. Personne ne les grondait.

Et je vis quatre anges retenir les quatre vents de la terre
Pour que le vent ne souffle plus sur la terre
Et il tomba de la grêle et du feu
Et le tiers du soleil et de la lune fut frappé

Ingénieurs… ouvriers… enseignants en physique… c’étaient des gens qui travaillaient au réacteur qui regardaient le « spectacle nucléaire »…
Ils restaient là dans la poussière
noire… ils parlaient… respiraient… regardaient…

Et dans le ciel une grande étoile allumée comme un flambeau
Le nom de cette étoile est ABSINTHE
Et un tiers des eaux s’est changé en absnthe;
et bien des hommes sont morts de ces eaux
parce qu’elles étaient devenues amères

Nous ne savions pas que la mort pouvait être aussi belle.
Je ne pourrais dire qu’elle n’avait pas d’odeur.
Ce n’était pas celle du printemps ou de l’automne, mais une toute autre odeur.

 

Traduit par Olivier Favier.

 

L'héritage de Tchernobyl, par Paul Fusco.

 

Pour aller plus loin:

  • L’émission d’Arrêt sur images du 25 avril 1999,  « Nucléaire, un si long silence » , en libre accès en ligne.
  • Le site du Réseau sortir du nucléaire.
  • Le site de la compagnie Babelia avec la fiche du spectacle, en italien.
  • Signes de Biélorussie, exposition de Pascal Colrat au Centre Georges Pompidou en 2002.
  • Paul Fusco, L’héritage de Tchernobyl. Un reportage.
  • Tchernobyl: conséquences de la catastrophe pour l’homme et pour la nature. Le résumé d’un livre paru à Saint-Pétersbourg en 2007.
  • En réaction à la catastrophe en cours au Japon, les médias français n’évoquent le plus souvent que Three Miles Island (1979) et Tchernobyl (1986), l’un et l’autre éloignés dans l’espace et le temps. L’incident du 25 juillet 2006 à Forsmark a pourtant placé l’Europe à 7 minutes d’un danger extrêmement sérieux.
  • Un documentaire de 2008 diffusé pour la première fois sur Arte le 25 mars 2011: RAS nucléaire, rien à signaler. Extrait de la présentation: « On les appelle les « jumpers », ils sont chargés d’entrer dans le générateur de vapeur pour obturer les tuyaux qui le relient au réacteur nucléaire. Séjour maximum autorisé : de 90 à 120 secondes, sous peine de surdosage radioactif ! Ils font partie de la masse des ouvriers intérimaires et sous-payés, chargés de maintenance dans les centrales nucléaires (décontamineurs, mécaniciens, contrôleurs…). Des travailleurs de l’ombre qui, avec ce film, sortent pour la première fois du silence pour dresser un tableau inquiétant d’un des fleurons de l’industrie européenne. Depuis la libéralisation des marchés et la privatisation des groupes énergétiques, les conditions de travail semblent en effet se dégrader, au mépris de la santé des ouvriers et de la sécurité. »

 

Quelques livres:

  • Svetlana Alexeievna, La supplication Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse., JC Lattès, Paris, 1999.
  • Igor Kostine, Tchernobyl confessions d’un reporter, Les Arènes, Paris, 2006.
  • Günther Anders, La menace nucléaire: considérations radicales sur l’âge atomique, Le serpent à plumes, Paris, 2006. Günther Anders, malgré sa condition de juif allemand ayant quitté l’Allemagne nazie pour les États-Unis, considère dès 1945 que la plus grande défaite de l’homme durant la seconde guerre mondiale restera les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki. Pionnier de la militance antinucléaire, il a écrit un essai à la suite de la catastrophe de Tchernobyl qu’on trouvera reproduit dans ce volume.
  • Bella et Roger Belbéoch, Tchernobyl, une catastrophe, Paris, Allia, 1993. Épuisé mais disponible en PDF.
  • Roger Belbéoch, Tchernoblues, De la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, Paris, L’esprit frappeur, 2002. Voir aussi le site de Lady Long Solo.
  • Youri Bandazhevsky, La philosophie de ma vie, Journal de prison, Tchernobyl 20 ans après, Jean-Claude Gawsewitch, 2006.
  • Wladimir Tchertkoff, Le crime de Tchernobyl Le goulag nucléaire, Actes Sud, Arles, 2006.
  • Grigori Medvedev, La vérité sur Tchernobyl, Paris, Albin Michel, 1990.
  • Sous l’épaisseur de la nuit, Documents et témoignages sur le désastre de Tchernobyl, ACNM, Paris, 1993.
  • Annie Le Brun, Perspective dépravée, entre catastrophe réelle et catastrophe imaginaire, La lettre volée, Bruxelles, 1991. Dans cet essai conférence, Annie Le Brun montre comment le monde a glissé après 1945 du fantasme de la fin du monde à son possible humain.
  • François Flahaut, Le crépuscule de Prométhée , Mille et une nuits, Paris, 2008.
  • Emilio Gentile, L’apocalypse de la modernité , Aubier, Paris, 2011. Ce livre bien qu’évoquant l’Europe d’avant et d’après la première guerre mondiale, constitue une réflexion capitale sur les pulsions autodestructrices de l’homme, à l’instar des deux précédents. Un extrait.

Florilège de déclarations dans les jours qui ont suivi l’accident nucléaire de Fukushima:

  • Vladimir Poutine: « Le niveau de sécurité de la centrale nucléaire biélorusse sera beaucoup plus élevé que celui des centrales au Japon. »
  • François Fillon:  » (…) il est tout aussi absurde d’affirmer que le nucléaire est condamné par cet accident que d’affirmer qu’il ne nous concerne pas ».
  • Mahmoud Ahmadinejad: « Nous avons appliqué toutes les mesures de sécurité à la centrale de Bouchehr. Je pense qu’il ne se produira aucun problème sérieux. Les standards de sécurité sont des standards d’aujourd’hui. Il faut prendre en compte le fait que les centrales nucléaires japonaises ont été construites il y a 40 ans avec les standards de l’époque. »

Les deux précédents extraits de Reportage Tchernobyl:

Merci à Bérengère Desmettre pour son aide et ses indications.