Mot-clé : Première guerre mondiale

Un pays invisible (extrait), par Stephan Wackwitz.

« Il paraît que dans les années soixante, pendant plusieurs mois, Ernst Jünger se levait tous les matins, s’habillait correctement et restait prostré dans un fauteuil jusqu’à l’heure du coucher. C’était sans doute la dépression muette et abyssale du vétéran de la Grande Guerre que j’avais sentie enfant en présence de mon grand-père, bien qu’à l’époque je n’eusse pas su dire pourquoi il était si triste, si froid et si insensible, si angoissant. »

Stephan Wackwitz

Le Mal, 1914 – 1917 (extraits), par René Arcos.

« Mais non, le monde ne mourrait pas pour si peu. Il continuerait à vivre, parce qu’il le faut bien et aussi parce que, malgré tout, il en a bien envie. L’époque seule est mauvaise et se trompe. Que le sang et les larmes coulent aujourd’hui, après-demain ne s’en souviendra plus et reverra l’homme éclater de rire, danser et chanter, alors même que la terre n’aura pas fini de digérer les « autres ». »

René Arcos

La folie au front. Les traumatisés de la Grande Guerre. Entretien avec Laurent Tatu.

« C’est la première fois qu’il y autant de cas cliniques neurologiques et psychiatriques, de médecins, neurologues et psychiatres, réunis au même endroit, sur un front de 800 km. Beaucoup de signes neurologiques dont on se sert encore aujourd’hui sont décrits pendant la Grande Guerre. On a fait des progrès énormes dans la topographie cranio-encéphalique. Ce que je dis vaut aussi, bien entendu, pour la médecine britannique ou allemande. Ce n’est peut-être pas aussi spectaculaire que la chrirurgie maxillo-faciale des gueules cassées, mais ce sont de vraies avancées.

Du côté neuro-psychique, les avancées sont plus tardives. À partir du printemps 1918, les autorités militaires commencent à changer de regard sur les traumatisés de guerre, surtout du côté français. Durant la deuxième guerre mondiale, il y a très peu d’excès sur les « simulateurs potentiels », les névrosés de guerre. Les blessés psychiques sont considérés comme des soldats malades, même par les médecins nazis. »

Laurent Tatu

Les vases non communicants, par Jean-Bertrand Pontalis.

« Dans le parcours de chaque écrivain novateur, on trouve une expérience subjective qui déclenche sa mutation. Si, dans le cas de Breton, c’était celle du simulacre? Breton, qui a cent fois retracé son itinéraire, était avare de confidences personnelles. Sur ses rencontres avec les poètes, les artistes, les livres, avec les lieux et les objets, comme sur l’histoire du mouvement avec lequel il veut confondre son propre destin, nous sommes bien informés. Mais il y a une rencontre plus intime et capitale, qui est moins celle d’un homme que d’une disposition proprement révolutionnaire de l’esprit – révolutionnaire en ce sens qu’elle renverse, accomplit la “révolution” de l’attitude normale. Breton s’y réfère à deux reprises dans son œuvre. »

Jean-Bertrand Pontalis

La guerre, par Anatole France.

« Aujourd’hui encore, les Blancs ne communiquent avec les Jaunes que pour les asservir ou les massacrer. Les peuples que nous méprisons pour leur barbarie ne nous connaissent encore que par nos crimes. »

Anatole France

La première victime de la guerre, par Gabriel Chevallier.

« À la terrasse d’un café du centre, un orchestre attaque La Marseillaise. Tout le monde l’entend debout et se découvre. Sauf un petit homme chétif, de mise modeste, au visage triste sous son chapeau de paille, qui se tient seul dans un coin. »

Gabriel Chevallier

L’Adieu à la patrie, par Luc Durtain.

« Il part comme le cri part de la poitrine. »

Luc Durtain

L’alerte, récit d’avant-guerre, par René Arcos.

« Spectacle pénible à la fin d’une telle journée, on voyait se traîner au loin, cahin-caha, dans le soleil et la poussière, la petite troupe des soi-disant éclopés. C’étaient surtout, pour la plupart, des mauvaises têtes renommées, toute la bande des rouspéteurs éternels, des tire-au-cul, des incrédules, des anarchistes, plaie des casernes et fléau des sociétés modernes. Mais ils étaient, grâce à Dieu, si peu nombreux qu’on pouvait faire semblant de ne pas les voir.
Ils ne méritaient que ce méprisant oubli. »

René Arcos

Masereel (Frans) fiche anthropométrique et rapport de police, par Luc Durtain.

« La fin de juillet 1914 le rencontre en Bretagne. Masereel va retrouver sa famille en Belgique. Le cataclysme, la furieuse ruée des machines sont à l’instant d’emporter avec eux l’artiste. La veille de l’entrée des troupes allemandes à Gand, il s’esquive vers Dunkerque, à pied, puis en bateau. Évasion point seulement matérielle, mais spirituelle! Point seulement fugue opportune, mais éloignement profond, mais horreur!
Un an plus tard, Masereel s’installe à Genève. Devant les forces destructrices que les camps opposés lâchent à l’envi sur le monde, il est de ceux qui se refusent à toute complicité. Au nom de l’esprit, au nom de la beauté de l’univers et de la dignité des êtres, durant les plus noirs moments de la guerre il dressera contre elle, l’un des premiers, le refus de son corps et de son âme. Malgré les haines et la misère qui s’acharnent contre l’exilé, tous les jours, dans La Feuille, il affirmera la barbarie de la destruction, la stupidité des hommes, le mensonge des mots. En 1918, il publie 25 Images de la Passion d’un Homme, sa première grande suite de gravures sur bois. L’adversité, l’injustice, frappant de plein fouet sa conscience, ont suscité la première oeuvre. De ce terrible début, le talent de Masereel gardera la fougue, l’âpreté, la générosité aussi. Dons amers du désastre et du malheur! »

Luc Durtain

Déclaration du Citoyen Brizon. Chambre des Députés (Séance du 24 juin 1916).

« Nous regrettons le mauvais emploi des milliards perdus pour le peuple et nous votons contre les crédits de guerre, pour la paix, pour la France, pour le socialisme. »

Le député Pierre Brizon, 24 juin 1916.