Mot-clé : PHOTOGRAPHIE

Les Messagers, autour du film de Laetitia Tura et Hélène Crouzillat, par Olivier Favier.

 
« En nous rapprochant d’eux, au risque de devenir l’un des leurs, ce n’est plus la masse indécise des victimes ou des « envahisseurs » qui se montre -seul choix donné par le spectacle des médias dominants- mais une somme d’individus qui, au fond, sont parmi les rares à vivre vraiment ce que notre société faussement libérale nous érige en modèle: des héros solitaires, capables de prendre leur destin en main, de risquer jusqu’à leur vie pour la rendre meilleure. Parmi eux, on trouve l’adolescent rêvant d’une méritocratie qui lui offrirait de se rendre à l’école, l’entrepreneur qui voudrait tant pouvoir monter son affaire, le père et la mère de famille qui se battent pour leurs enfants, l’intellectuel en mal d’espace pour développer ses recherches, le démocrate en souffrance de devoir taire ce qu’il pense, ce qu’il est, l’aventurier surtout, dont la télévision nous vend quotidiennement de si pauvres ersatz, candidats pathétiques à des périples absurdes, dépourvus de nécessité. »

Olivier Favier

Wanted! Ando Gilardi, par Marco Belpoliti.

 » La police fédérale américaine se constituera en peu de temps de gigantesques archives visuelles destinées à dépasser toutes les collectes de photos signalétiques du passé. Une mesure préventive contre le terrorisme, mais aussi un système pour ficher, sans qu’ils aient pour cela commis le moindre délit, un nombre très élevé de personnes.  »

Marco Belpoliti

La simplicité, par Carlo Bordini.

« Même si je ne comprends pas grand chose à la photographie, j’ai toujours pensé que Ghirri était un génie. Je le lui ai dit une fois, en fait, que je pensais qu’il était un génie. Il s’est un peu caché et il a dit: -Allons donc! mais on voyait qu’il y croyait et qu’il était content, il a fini par dire: -Mais bien des gens ne me comprennent pas. À cette époque l’idée que quelqu’un ne le comprenne pas me semblait impossible, et quoi qu’il en soit je lui ai dit vraiment ainsi: -Tu es le seul génie que je connaisse. »

Carlo Bordini, 1992.

Les panoramiques de François Folcher.

« François Folcher a découvert l’Afrique en 1994, mais ses panoramiques sont liés à deux longues traversées, cinq mois en tout, en 2003 et 2005. Ils couvrent plusieurs pays, et leur petit nombre ne suffit pas à leur donner un sens documentaire. Pour autant, ils font naître quelque chose d’immédiat. Dans chacun d’eux, il semble que la terre se soulève et vacille, comme les trompes des éléphants à l’annonce d’un danger lointain. Des hommes et des femmes sont absorbés dans des efforts impénétrables, une caravane traverse le désert, une éolienne semble posée à la seule fin de rafraîchir les maigres arbres qui l’entourent. Tous ces éléments appartiennent à des décors classés, immédiatement reconnaissables, et pourtant chaque regard qu’on leur porte nous informent sur ce qu’ils sont, qu’il nous paraît découvrir. »

Olivier Favier, 2010.