Rubrique : Théâtre-récit

Atelier Frontières (2): Addolorata, par Simon Goy.

 
« Ce voyage c’était comme la fin du monde. »

Simon Goy

Viva l’Italia, la mort de Fausto et Iaio, entretien avec Roberto Scarpetti.

 
« Il me semble que leur mort, inutile et impunie, représente toutes les morts violentes des années 70, un peu comme si Fausto et Iaio étaient des sortes de soldats inconnus des années de plomb. »

Roberto Scarpetti

New York, 1911: Étincelles, entretien avec Laura Sicignano, Laura Curino et Juliette Gheerbrant.

« Au théâtre j’ai essayé de donner vie aux fantômes d’hommes, mais surtout de femmes qui ont fait la grande Histoire, avant d’être écrasé(e)s par elle. Comme pour rendre voix et justice aux héros et héroïnes oublié(e)s, en une époque, la mienne, où pour trouver la vraie grande tragédie tu dois regarder d’autres temps et d’autres lieux. Aujourd’hui notre monde est tellement recouvert du vernis des petites névroses, tellement minimaliste et homologué, tellement soumis au marché et désenchanté, qu’il n’est pas théâtral. Je cherche de grands mythes ailleurs. Je les ai trouvés dans la seconde guerre mondiale, chez les « sorcières » du dix-septième siècle, chez les émigrants italiens en route pour « Lamerica », chez Jeanne d’Arc et Gilles de Rais, chez les réfugiés politiques venus d’autres continents. Et dans l’incendie de l’usine TWC, auquel j’ai consacré Étincelles, un de mes textes et de mes mises en scène les plus récents. »

Laura Sicignano

New York, 1911: incendie dans une usine textile, par Olivier Favier.

« 25 mars 1911. L’usine textile Triangle Shirtwaist Company, à Manhattan, est ravagé par un incendie. 146 personnes trouvent la mort en 18 minutes, de jeunes ouvrières pour l’essentiel. Aux États-Unis comme en Italie, dont sont originaires une partie des employés, l’événement est souvent associé aujourd’hui aux commémorations de la Journée internationale des femmes, le 8 mars. »

Olivier Favier

De terre et de sang (extrait), par Massimo Barilla et Salvatore Arena.

« Tant que la loi est écrite sur le papier, les mafieux s’en fichent, ils espèrent que la loi ne s’applique pas, qu’année après année les gens se résignent et que tout reste en place. Mais s’ils nous voient unis, décidés à la prendre pour de bon cette terre qui nous revient, alors ils commencent à comprendre que la tyrannie n’est pas un droit et que si quelqu’un a le pouvoir entre ses mains il ne peut pas fabriquer les lois à sa convenance. »

Massimo Barilla et Salvatore Arena

Italbanais (extrait), par Saverio la Ruina.

« Parce qu’en 46, l’Europe ils l’ont divisée comme un stade de football : d’un côté, les supporters de l’Amérique, et de l’autre, les supporters de la Russie. L’Italie, qui était pour l’Amérique, était d’un côté et l’Albanie, qui était pour la Russie, de l’autre. Au milieu, ils ont tracé une ligne et malheur à celui qui la franchissait. Et si quelqu’un la franchissait, ils le disqualifiaient à jamais, c’est à dire qu’ils le tuaient. Puis, ils ont dit que la ligne n’était pas assez sûre et ils y ont mis un rideau en fer. Puis, ils ont dit que même le rideau en fer n’était pas assez sûr et ils y ont mis un mur en ciment. Puis, ils ont dit que même le mur en ciment n’était pas assez sûr mais les autres ont répondu « oui, mais bordel qu’est-ce qu’on met à la place du mur ? » Et ils se sont arrêtés. »

Saverio La Ruina

Cœur sombre (extrait), par Francesco Niccolini.

« Les meurtres sont accomplis par des enfants soldats en public.
Après leur premier crime, leur obéissance sera totale.
Le fonctionnement de la majeure partie des armes est aujourd’hui très simple elles peuvent être démontées, remontées et utilisées par un enfant de moins de dix ans. armes légères fabriquées en occident et payées avec leurs diamants, leur pétrole, leur terre et leur vie. »

Francesco Niccolini

Des tréteaux dont on fait les rêves, par Olivier Favier.

« Un jour à Turin, vers la fin des années 1990, j’emmenai un ami voir la Piazza della Repubblica, une vaste étendue sombre et métaphysique dont le ciel strié de câbles électriques m’évoquait immanquablement L’expérience de la nuit de Marcel Béalu. »

Olivier Favier

Le narrateur, Réflexions à propos de l’œuvre de Nicolas Leskov (deuxième partie), par Walter Benjamin.

« Le narrateur, c’est l’homme qui pourrait laisser la mèche de sa vie se consumer toute entière à la douce flamme de sa narration. De là vient ce halo incomparable qui, chez Leskov comme chez Hauff, chez Poe comme chez Stevenson, entoure le narrateur. Si l’on se tait, ce n’est pas seulement pour l’entendre, mais aussi un peu parce qu’il est là. Le narrateur est l’image en laquelle le juste se retrouve lui-même. »

Walter Benjamin

Le Narrateur. Réflexions à propos de l’œuvre de Nicolas Leskov (première partie), par Walter Benjamin.

« Il est aisé de concevoir l’une des causes de ce phénomène: le cours de l’expérience a baissé. Et il a l’air de prolonger sa chute. Nul jour qui ne nous prouve que cette baisse ait atteint un nouveau record, que non seulement l’image du monde extérieur mais celui du monde moral ait subi des changements considérés avant comme impossibles. Avec la Grande Guerre un processus devenait manifeste qui, depuis, ne devait plus s’arrêter. Ne s’est-on pas aperçu à l’armistice que les gens revenaient muets du front? non pas enrichis mais appauvris en expérience communicable. Et quoi d’étonnant à cela? Jamais expérience n’a été aussi foncièrement démentie que les expériences stratégiques par la guerre de position, matérielles par l’inflation, morales par les gouvernants. Une génération qui avait encore pris le tramway à chevaux pour aller à l’école se trouvait en plein air, dans un paysage où rien n’était demeuré inchangé sinon les nuages; et, dans le champ d’action de courants mortels et d’explosions délétères, minuscule, le frêle corps humain. »

Walter Benjamin