Rubrique : Collection

De la Lâcheté, par Vittorio Alfieri.

« L’homme qui est déjà lâche par nature, faisant étalage d’une peur qu’il dissimule sous le masque infâme d’une hypocrite adulation, cherchera à s’approcher du tyran et, dans la mesure du possible, à s’identifier à lui. C’est de cette façon que cet être inique espère diminuer sa propre peur, et centupler celle des autres. »

Vittorio Alfieri

Du terrorisme, par Guy Debord.

« La modernisation de la répression a fini par mettre au point, d’abord dans l’expérience-pilote de l’Italie sous le nom de « repentis », des accusateurs professionnels assermentés ; ce qu’à leur première apparition au XVIIe siècle, lors des troubles de la Fronde, on avait appelé des «témoins à brevet». Ce progrès spectaculaire de la Justice a peuplé les prisons italiennes de plusieurs milliers de condamnés qui expient une guerre civile qui n’a pas eu lieu, une sorte de vaste insurrection armée qui par hasard n’a jamais vu venir son heure, un putschisme tissé de l’étoffe dont sont faits les rêves. »

Guy-Ernest Debord

Italie, France et spectaculaire intégré, par Guy Debord.

« La place prédominante qu’ont tenue la Russie et l’Allemagne dans la formation du spectaculaire concentré, et les États-Unis dans celle du spectaculaire diffus, semble avoir appartenu à la France et à l’Italie au moment de la mise en place du spectaculaire intégré, par le jeu d’une série de facteurs historiques communs : rôle important des parti et syndicat staliniens dans la vie politique et intellectuelle, faible tradition démocratique, longue monopolisation du pouvoir par un seul parti de gouvernement, nécessité d’en finir avec une contestation révolutionnaire apparue par surprise. »

Guy-Ernest Debord

Sur les rêves (extrait), par Sir Thomas Browne.

« Nous passons la moitié de nos jours dans l’ombre de la terre; et le frère de la mort nous arrache le tiers de notre vie. » Sir Thomas Browne

Le problème de l’amour, par Errico Malatesta.

« Tant que les hommes auront les sentiments qu’ils sentent -et un changement politique et économique de la société ne nous semble pas suffisant pour les modifier radicalement- l’amour produira en même temps de grandes joies et de grandes douleurs. On pourra les amoindrir et les atténuer en éliminant toutes les causes qui peuvent l’être, mais leur destruction complète est impossible. »

Errico Malatesta

Paris, capitale du dix-neuvième siècle, par Walter Benjamin -avec un film et des photogrammes de Benjamin Bardou.

« L’objet de ce livre est une illusion exprimée par Schopenhauer, dans cette formule que pour saisir l’essence de l’histoire il suffit de comparer Hérodote et la presse du matin. C’est là l’expression de la sensation de vertige caractéristique pour la conception que le siècle dernier se faisait de l’histoire. »

Walter Benjamin

La tolérance répressive, par Herbert Marcuse.

« La tolérance est passée d’un état actif à un état passif, de la pratique à la non-pratique : laissez-faire les autorités constituées ! Ce sont les gens qui tolèrent le gouvernement qui, à son tour, tolère une opposition dans le cadre déterminé par les autorités constituées. La tolérance vis-à-vis de ce qui est radicalement mauvais semble bonne parce qu’elle sert la cohésion du tout qui est en route vers l’abondance ou vers plus d’abondance. »

Herbert Marcuse

Un honnête travailleur (montage).

Extraits des mémoires de Rudolf Höss, directeur du camp d’extermination d’Auschwitz de 1940 à 1943.

Un libertaire, par Michel Bounan.

« On ne peut apprécier à sa juste valeur l’art du Voyage au bout de la nuit sans savoir qu’à l’époque où, selon ses propres déclarations, Céline y travaillait depuis un an déjà, il donnait coup sur coup deux communications à la Société de médecine de Paris, dont il était membre, et destinées initialement au seul public médical. »

Michel Bounan

Chère Écusette de Noireuil, par André Breton.

« Toujours et longtemps, les deux grands mots ennemis qui s’affrontent dès qu’il est question de l’amour, n’ont jamais échangé de plus aveuglants coups d’épée qu’aujourd’hui au-dessus de moi, dans un ciel tout entier comme vos yeux dont le blanc est encore si bleu. De ces mots, celui qui porte mes couleurs, même si son étoile faiblit à cette heure, même s’il doit perdre, c’est toujours. Toujours, comme dans les serments qu’exigent les jeunes filles. Toujours, comme sur le sable blanc du temps et par la grâce de cet instrument qui sert à le compter mais seulement jusqu’ici vous fascine et vous affame, réduit à un filet de lait sans fin fusant d’un sein de verre. Envers et contre tout j’aurai maintenu que ce toujours est la grande clé. Ce que j’ai aimé, que je l’aie gardé ou non, je l’aimerai toujours. »

André Breton