Organiser les migrations, entretien avec François Crépeau.

 

François Crépeau, rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme des migrants, exhorte l’Occident à adopter un plan humanitaire global afin de réinstaller les réfugiés et réglementer la mobilité des migrants. Lors d’un entretien depuis Montréal – où il est professeur de droit à l’Université McGill – via Skype avec Gabrielle Jackson, du Guardian Australia – il s’est exprimé sur les récents décès en mer Méditerranée, sur l’approche intransigeante de la politique australienne des demandeurs d’asile, et sur la façon d’y répondre.

Gabrielle Jackson: Nous venons de vivre l’une des plus grandes catastrophes maritimes en temps de paix en Europe. Comment doit répondre l’Union européenne?

François Crépeau: L’impératif moral est de sauver des vies, c’est donc la première chose à faire. Einstein a défini la folie comme le fait de répéter plusieurs fois la même chose et d’en espérer un résultat différent. Si nous continuons à faire la même chose – surtout en Europe – rien ne va s’améliorer. Nous sommes à peine sortis de l’hiver, et s’il y a eu plus d’un millier de morts la semaine dernière, nous allons probablement voir qu’au cours des prochaines semaines il en sera de même.

Gabrielle Jackson: Donc, que pouvons-nous faire de différent?

François Crépeau: Si la répression et la détention ne fonctionnent pas, nous devons nous demander pourquoi cette migration se produit.

Nous parlons ici de deux catégories de personnes. Il y a d’abord ceux qui sont clairement des réfugiés – les Syriens, les Érythréens, les Somaliens, les Afghans. Si nous prenons l’exemple des Syriens et des Érythréens, qui sont principalement au Moyen-Orient à l’heure actuelle – en Turquie, au Liban, en Jordanie et en Égypte pour les Érythréens – nous savons qu’ils sont coincés, et qu’il n’y a pas d’avenir pour eux là où ils sont. Ces pays ne leur permettent pas de s’installer, d’obtenir un droit de séjour permanent, un droit de citoyenneté et de devenir des citoyens actifs. Ils sont coincés dans un endroit où il n’y a d’avenir ni pour eux ni pour leurs enfants. Nous savons, en particulier, qu’un grand nombre de Syriens vont quitter ces pays et que si nous ne fournissons pas un dispositif officiel pour le faire, ils auront recours à des passeurs. L’inaction de l’Europe est ce qui, de fait, crée le marché pour les passeurs.

Nous devrions faire pour les Syriens ce que nous avons fait il y a 30 ans pour les Indochinois(1), un plan d’action intégral où tous les pays du nord – ce qui inclut l’Europe, le Canada, les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et probablement d’autres pays – offrent à un grand nombre de Syriens une alternative pour qu’ils puissent faire la queue à Istanbul, Amman et Beyrouth avec une véritable chance de s’établir, au lieu de payer des milliers d’euros pour mourir avec leurs enfants en Méditerranée.

Nous pourrions collectivement décider de réinstaller un million de Syriens au cours des cinq prochaines années. Pour un pays comme le Royaume-Uni, ce serait probablement près de 14.000 Syriens par an pendant cinq ans. Pour le Canada, cela signifierait moins de 9.000 par an pendant cinq ans – une goutte d’eau dans l’océan. Pour l’Australie, il s’agirait probablement de moins de 5.000 Syriens par an pendant cinq ans. Nous pouvons gérer cela. (Je n’ai utilisé ici que la population totale comme critère de répartition, mais des critères plus sophistiqués pourraient être utilisés, en tenant compte par exemple du PIB.)

Nous pourrions passer à un plus grand nombre pendant sept ans ou élargir le nombre de nationalités couvertes, inclure les Érythréens, par exemple, qui sont aussi en train de traverser la Méditerranée. Ce doit être un engagement à long terme que nous devrions prendre ensemble. Il s’agit d’un bien meilleur système pour tout le monde – vous réduisez le nombre de décès, vous réduisez l’opportunité pour les passeurs, et vous réduisez le coût des demandes d’asile.

Gabrielle Jackson: Il s’agit là du premier groupe de migrants. Quel est le deuxième groupe?

François Crépeau: Le deuxième groupe de personnes que nous devons prendre en considération sont les migrants économiques, principalement ceux d’Afrique subsaharienne qui vont vers l’Europe, qui font eux-aussi face à des problèmes de protection – c’est ce que le HCR [l’agence des réfugiés de l’ONU] appelle des « flux mixtes ». Vous avez aussi des personnes qui n’ont pas besoin de protection, mais qui sont désespérées et à la recherche d’un avenir meilleur en raison de l’absence de travail dans leur pays ou aux alentours. Ils traversent le désert du Sahara, où ils se font escroquer, où on leur demande des rançons: le périple vers la Libye puis la traversée vers l’Europe est d’une violence incroyable.

Ils viennent en Europe parce qu’ils savent qu’il y a du travail en Europe. Les pays d’Europe disent: «Nous ne disposons pas d’emplois suffisants pour nos propres citoyens, nous ne pouvons pas accueillir toutes ces personnes», mais ce n’est pas vrai. Il y a des emplois. Il y a des emplois dans l’agriculture très mal payés, dans la construction, dans l’hôtellerie, dans le soin des personnes âgées ou la prise en charge des jeunes. Nous le savons. Nous refusons de reconnaître notre marché du travail au noir parce que nous apprécions le prix de nos tomates en Juin; nous apprécions que notre femme de ménage soit bon marché. Ces gens savent qu’il y a des emplois.

Ceci est un facteur d’attraction important….

Les migrants ne sont pas stupides, ils n’iraient pas dans des endroits où il n’y a pas d’emplois. Tant que nous ne le reconnaîtrons pas les gens continueront à venir. Nous devons nettoyer notre propre marché du travail – nous avons à combattre les mafias qui contrôlent l’agriculture dans le sud de l’Italie. Nous devons avoir des inspections du travail qui aient les crocs, qui puissent aller aux endroits où il y a des employeurs-exploiteurs, et punir les employeurs et fermer les entreprises, ce qui en général déplaît aux députés en raison des impôts et des emplois qui se perdent. Dans le même temps, s’il s’agit là du prix pour obtenir un marché du travail plus propre, réduire l’attractivité du travail au noir et assurer la protection des migrants en situation irrégulière, ce serait déterminant.

Entre temps, vu que nous avons besoin de ces personnes pour cueillir des tomates et faire la vaisselle, nous devons créer un système qui appréhende la migration à tous les niveaux de compétences. Tous les pays désirent les migrants hautement qualifiés, mais nous avons aussi besoin de gens à un bas niveau de salaires pour toutes sortes d’activités qui ne sont pas encore mécanisées. Et nous en avons besoin maintenant. Si nous ne leur offrons pas d’alternative, les gens vont venir par leurs propres moyens, parce que les employeurs les sollicitent.

Si nous ne leur donnons pas ces deux possibilités – pour les réfugiés et les migrants à bas salaires – les gens viendront parce que la mobilité fait partie de la mondialisation.

Gabrielle Jackson: Existe-t-il un précédent à ce genre de plans?

François Crépeau: Nous l’avons fait pour les Indochinois. Comme pour les migrants économiques, cela était monnaie courante dans les années 50 et 60 en Europe. Des millions de Nord-Africains, de personnes d’Afrique subsaharienne et de Turcs sont venus en Europe entre 1950 et 1975 sans que personne ne meure et sans passeurs. Pourquoi? Parce qu’ils ont pris le ferry … pour 50 francs, et ils ont débarqué à Marseille, ils ont pris le train vers l’Allemagne ou la Belgique ou ailleurs. Tout le monde était inscrit et contrôlé, mais ils pouvaient venir. Et s’ils étaient venus avec un visa de touriste et qu’ils trouvaient un emploi, ils pouvaient facilement transformer le visa de touriste en un permis de travail. Et quand ils perdaient leur emploi, ce qui est arrivé, ils pouvaient rentrer à la maison tranquillement parce qu’ils savaient qu’ils pouvaient revenir. La mobilité était la règle du jeu.

Comme la mobilité augmente avec la mondialisation, au lieu d’y résister, nous devrions l’organiser. Cela signifie que la création de voies légales pour permettre aux gens d’être en mesure de venir chercher du travail. Si vous créez des mécanismes qui motivent les gens, vous n’aurez pas d’immigration clandestine au niveau qui est le sien actuellement.

Par exemple, nous pourrions créer un visa à entrées multiples qui permettrait de venir chercher du travail, disons, quatre mois par an pendant cinq ans. Donc, vous venez pendant quatre mois la première fois et à la fin de vos quatre mois, vous vous dites, « OK devrais-je rester en situation irrégulière ou devrais-je rentrer à la maison et revenir l’année prochaine? » Si vous restez en situation irrégulière vous perdez quatre chances supplémentaires de revenir régulièrement. Si vous rentrez à la maison et que vous avez huit mois pour vous préparer pour la seconde opportunité, vous pourrez apprendre un peu mieux l’anglais ou peut-être réaliser une formation. Pour cela, vous devez les inciter à ce qu’ils viennent voir le garde-frontière et non le passeur. À l’heure actuelle, nous ne faisons rien de ce type.

Gabrielle Jackson: Quel est le problème? Pourquoi les politiciens sont si hésitants?

François Crépeau: Nous vivons dans des démocraties électives et nous ne pouvons pas trop critiquer les démocraties électives car c’est est le meilleur système que nous ayons inventé pour nous gouverner. Cependant, les démocraties électives ne fonctionnent que selon un principe, qui est l’incitation électorale. Dès que les femmes ont obtenu le droit de voter et d’être élues, elles ont commencé à faire pression sur les partis pour qu’ils mettent les problèmes rencontrés par les femmes dans leurs programmes, puis ont commencé à plaider pour une plus grande protection des femmes sur le marché du travail, les luttant contre les stéréotypes, combattant les préjugés contre les femmes. Il y a 50 ans, on pouvait s’amuser à dire que les femmes ne savaient pas conduire. Eh bien, les femmes ont lutté et aujourd’hui, si un politicien fait une blague sexiste en public, cela peut ruiner sa carrière …

Gabrielle Jackson: Sauf en Australie …

François Crépeau: … OK, disons que cela peut au moins compromettre une carrière politique. Les femmes ont pu accéder à la scène politique et prendre la parole contre ces choses stupides que les hommes disaient. Cela ne va pas être le cas pour les migrants parce qu’ils ne vont jamais accéder à la scène politique, ils ne parlent pas parce qu’ils ne font pas partie de l’électorat. Ils ne peuvent pas promettre leurs voix aux politiciens. Les politiciens n’ont rien à gagner à promettre quoi que ce soit aux migrants. Au contraire, compte tenu de gens comme cette dame dont j’oublie toujours le nom …

Gabrielle Jackson: Katie Hopkins [chroniqueuse au journal The Sun]

François Crépeau: … Oui, Katie Hopkins… de fait les politiciens sont en train de gagner des votes en dénigrant les migrants.

À l’heure actuelle nous avons un système qui n’incite pas les politiciens de faire quelque chose à propos de migrants, de sorte que refont surface les stéréotypes tels que « les migrants prennent des emplois », « les migrants sont des terroristes », « les migrants sont un risques pour la sécurité », « ce sont des criminels », « ils apportent des maladies « , tous ces stéréotypes que les sciences sociales ont démontré être faux, continuent naturellement à faire partie du discours public parce que personne ne s’élève contre eux, ni les migrants ni nous, les citoyens.

Gabrielle Jackson: Il me semble qu’en Australie, et peut-être qu’il en sera de même en Europe, l’une des façons dont le gouvernement a réussi à vendre son positionnement sur les demandeurs d’asile arrivant en bateau était de le présenter comme un argument moral. Le gouvernement disait: «Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour stopper cette terrible tragédie que représente la mort de ces personnes en mer. » Et les gens ont acheté l’argument car il a leur été vendu comme moral, en dépit de la dureté des politiques qui ont été mises en œuvre.

François Crépeau: Sauver des vies devrait être l’objectif. Maintenant, comment le gouvernement australien, qu’il soit de droite ou de gauche, en est-il arrivé à faire ça? C’est la « Solution du Pacifique » version un, deux ou trois. Je vais en mission officielle en Australie en octobre, donc je pourrai confirmer alors, mais nous avons eu des rapports désastreux sur ce qui se passe à Nauru et ce qui se passe en Papouasie-Nouvelle-Guinée sur l’île de Manus. Il semble que les autorités australiennes aient décidé de traiter très durement les migrants qui sont arrivés en bateau jusque dans les eaux australiennes, et ceci afin de dissuader d’autres personnes de venir. Pour moi, c’est moralement, juridiquement et politiquement inacceptable.

Si nous revenons à la fondation morale de l’ensemble du cadre des droits de l’homme que nous avons aujourd’hui, il s’agit d’un impératif catégorique tel que l’entend Emmanuel Kant. Kant a dit il y a plus de 200 ans « ne traite jamais l’autre simplement comme un moyen, mais toujours en même temps comme fin ». Et les droits de l’homme ce n’est que ça.

L’analogie que j’utilise pour le déterminer est la suivante: trouverions-nous acceptable que nos fils et filles soient traités de la même façon s’ils se trouvaient dans les mêmes circonstances? Si la réponse est non, nous avons la réponse à notre dilemme moral.

Gabrielle Jackson: Alors, quel est l’alternative à cette solution morale? S’il ne s’agit pas de sauver des vies en mer en les dissuadant de venir, de quoi s’agit-il?

François Crépeau: Réglementons la mobilité: voilà ce que je préconise pour l’Europe et voilà ce que je préconise partout dans le monde, y compris pour la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Il ne faut pas avoir peur de la mobilité. La mobilité est exactement ce dont nous avons besoin et c’est le positionnement du populisme nationaliste contre tous ces étrangers qui vont changer nos vies, changer notre culture, qui nous empêche de le reconnaître.

Les changements sont constants, et quand les migrants arrivent dans nos sociétés, ils font de très petits changements et la plupart d’entre eux sont positifs. Le rôle des migrants est largement positif sur le marché du travail, surtout quand ils sont mobiles, parce que lorsqu’il y a un ralentissement, souvent ils quittent le pays.

Si nous prenons le Royaume-Uni, entre le premier élargissement de l’UE en 2005 et la crise de 2009, le Royaume-Uni a accueilli 1,5 million d’immigrés d’Europe centrale et au moins les deux-tiers d’entre eux sont repartis après 2009. C’est exactement la flexibilité du marché du travail que nous recherchons.

Si nous développons, réglementons, organisons la mobilité, nous aurons, dans le long terme, de bien meilleurs résultats. Mais nous avons besoin de leadership politique pour y arriver. Nous avons besoin de gens qui soient capables de dire à cette journaliste du Sun, « Vous avez tort et vous devriez le savoir. »

Gabrielle Jackson: Certains politiciens britanniques ont dit que les sauvetages de personnes à la mer étaient un « facteur d’attraction ». Considérez-vous que la recherche et les opérations de sauvetage en mer sont un «facteur d’attraction»?

François Crépeau: C’est exactement comme de dire que le système de sécurité sociale encourage la paresse. Ceci est un argument dépassé. Pour moi, c’est un argument ridicule, c’est un argument meurtrier. J’ai publié un communiqué de presse après que Theresa May [ministre de l’Intérieur britannique] a dit cela et le titre du communiqué de presse était « laisser mourir » parce que c’est exactement ce qu’elle disait en substance. Elle a préconisé de les laisser mourir pour que cela dissuade d’autres personnes de venir, ce qui enverrait le message, « Si vous essayez de venir, vous allez mourir. »

La prochaine étape ce seraient les vedettes qu’on a citées [dans l’article de Sun Hopkins]. Des vedettes tirant sur ces bateaux. Ceci est une tendance très dangereuse. On parle d’abord de fusils, puis tout le monde pense, « Pourquoi ne pas torpiller ces bateaux? Ce serait une incitation à ne pas le faire ». Vous ne pouvez pas faire ça. C’est l’impératif catégorique de Kant – vous ne pouvez pas utiliser une personne comme un moyen pour qu’une autre personne fasse ce que vous voulez. Nous sommes tous des individus et méritons tous la dignité.

Gabrielle Jackson: Pouvez-vous mettre le problème actuel des réfugiés du monde dans une perspective historique. Est-ce un moment particulièrement mauvais pour les réfugiés?

François Crépeau: Oui et non. De manière générale, le monde est plus en paix aujourd’hui qu’il ne l’était il y a 30 ou 40 ans. Le problème est que la mobilité des personnes a augmenté et les attentes de la population ont augmenté.

Lorsque vous avez vu l’hémisphère Nord à la télévision pendant 25 ans, pendant toute votre vie, les enfants partout dans le monde se disent: « Si ici c’est l’enfer, je connais un endroit où je sais que je peux aller », ce qui n’était pas nécessairement le cas il y a 30 ou 40 ans. Le monde est plus global parce que le nord a voulu qu’il le soit pour favoriser le déplacement des marchandises, des services et des capitaux. Et nous sommes très surpris que, soudain, les gens veuillent aussi se déplacer? Nous ne devrions pas l’être.

La question des réfugiés est aujourd’hui plus importante qu’elle ne l’était il y a 10 ans parce que les gens savent qu’ils peuvent trouver une protection et que nous devrions la leur fournir. Nous devrions la leur fournir parce qu’ils en ont besoin, mais nous devrions aussi la leur fournir pour notre propre bien parce que les gens viendront de toutes façons. C’est tout. Soit nous le contrôlons soit nous laissons des intermédiaires, appelés passeurs, faire le travail.

J’étais à Djibouti il y a quelques années avec un fonctionnaire qui travaille à l’Organisation internationale pour les migrations [OIM] et nous analysions le Yémen. Le détroit entre Djibouti et le Yémen est appelé Bab-el-Mandeb et 100.000 personnes passent par là chaque année. Environ 10% meurent dans le détroit, ils se noient. Nous étions sur la plage et je lui ai dit, « Mais pourquoi l’OIM ne finance pas un service de ferries? Personne ne mourrait, l’industrie des passeurs serait détruite, vous pourriez inscrire tout le monde. Peut-être que vous pourriez demander 200 euros par personne, de toutes façons ils paient plus aux passeurs, ce qui rapporterait pour les ferries et vous seriez en mesure de les informer de la situation, vous seriez en mesure de détecter les besoins de protection, les personnes qui sont victimes de la traite, les mineurs qui ne devraient pas être là, les gens qui ont des problèmes de santé. Vous seriez capable de faire beaucoup de travail qui serait auto-financé. Quel est le problème ? Et la réponse fut un petit sourire, puis: « Je ne pense pas que les États membres de l’OIM seraient d’accord avec un tel plan « .

Gabrielle Jackson: C’est une anecdote déprimante sur laquelle terminer…

François Crépeau: Ce qui n’est pas déprimant c’est le cran, l’endurance des migrants eux-mêmes. Ils le font dans de nombreux cas par idéalisme – ils espèrent qu’il y a une place pour eux ailleurs. Et ils le font par amour parce qu’ils veulent faire ce qui est juste pour leurs enfants. La plupart des migrants qui ont réussi à arriver en Europe parviennent à s’installer. Et vous savez quoi? Ils ont fait le bon choix. Comme les gens qui sont venus de façon irrégulière fuyant l’Allemagne nazie ou l’Italie fasciste ou fuyant l’Espagne franquiste, les gens qui sont venus de façon irrégulière ont fait le bon choix pour eux-mêmes et pour leurs enfants et leurs enfants seront fiers de ce qu’ils ont fait. C’est du cran de l’endurance et du courage. À leur place, nous pourrions ne pas avoir le même courage, et c’est ce qui est très encourageant.

Entretien publié sur The Guardian, le 22 avril 2015. Traduit de l’anglais par Luciano Pollastri pour ce site.

François Crépeau,  Rapporteur spécial sur les droits de l'homme the Human Rights of Migrants, présente son rapport lors de la 23ème session du Conseil des droits de l'homme. 27 Mai 2013. Photo par Jean-Marc Ferré. Licence creative commons. Certains droits réservés.

François Crépeau, rapporteur spécial sur les droits de l’homme des Migrants, présente son rapport lors de la 23ème session du Conseil des droits de l’homme. 27 Mai 2013. Photo par Jean-Marc Ferré. Licence creative commons. Certains droits réservés.

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  1. En quatre ans, de 1979 à 1982, au plus fort de la crise humanitaire, vingt pays occidentaux, menés par les Etats-Unis, l’Australie, la France et le Canada, ont accueilli 623.800 réfugiés indochinois, des boat people pour la plupart. []