Al-Shabaab 2.0: l’attaque de Nairobi n’est jamais qu’un début, par Matteo Guglielmo.

 
L’attaque terroriste de Westgate, l’un des centres commerciaux les plus sélects de Nairobi, au Kenya, revendiquée par le mouvement somalien jihadiste Harakat al-Shabaab al-Mujaahidiin, a montré le visage le plus cruel d’une crise dont Mogadiscio est depuis longtemps l’irréductible pivot.

Les dynamiques de l’assaut font penser à une action bien planifiée et menée à bien avec une lucide cruauté. Ce n’est en rien le geste d’un groupe de désespérés, ou l’action extrême d’un mouvement sur le déclin, comme le récit dominant semble désormais interpréter les replis d’al-Shabaab de différents centres urbains du sud de la Somalie.

L’attentat de Nairobi pourrait marquer le sommet – sinon le début – d’une escalade de la violence, dont les racines sont indiscutablement liées aux opérations de l’armée kényane en Somalie, à l’échec de la lutte contre al-Shabaab et à la difficulté d’en comprendre les nombreuses métamorphoses.

Carte de Laura Canali.

Comment al-Shabaab est arrivé à l’attaque de Nairobi

En août 2011 les miliciens d’al-Shabaab, qui contrôlaient une grande partie des quartiers de la capitale somalienne, se retirent de Mogadiscio. Les opérations sont menées à bien en une seule nuit. Lors du repli, les forces djihadistes ne subissent aucune perte, en hommes comme en matériel. D’autres retraites suivent celle de Mogadiscio (Afgooye, Baidoa et Chisimaio, pour n’en citer que quelques unes), qui permettront aux casques verts de l’Amisom (Mission de l’Union africaine en Somalie) d’étendre leur contrôle sur différentes aires urbaines du Sud de la Somalie.

Les raisons de la retraite d’al-Shabaab semblent multiples, mais selon la plupart des observateurs il y aurait surtout deux facteurs déterminants: la nécessité de changer de stratégie militaire, vu la difficulté objective de combattre en terrain découvert contre les forces bien équipées de l’Amisom, et la volonté de l’émir du groupe jihadiste, Sheikh Mukhtar Abu-Zubeyr dit “Godane”, de réaffirmer son contrôle sur le mouvement.

La discrète autonomie dont jouissaient quelques franges Shabaab, apparues surtout à la suite de l’absorption de Hizbul Islam (groupe mené par l’ancien chef de la choura des Cours Islamiques, Sheikh Hassan Dahir Aweys) ainsi que d’autres petites formations militantes, risquait de compromettre le leadership de Godane. En outre, l’intention de l’émir de s’ériger en unique vecteur du réseau de relations avec l’appareil d’al-Qaida aurait conduit à une série d’épurations, dont le sommet a été l’élimination et l’éloignement de groupes appartenant à ce qu’on a considéré être la première génération du jihadisme somalien.

Le tournant est accompli avec le meurtre de Fazul Abdallah Mohammed, ressortissant comorien recherché pour les attaques des ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salam de 1998. Fazul est tué dans la nuit du 7 au 8 juin 2011 dans de mystérieuses circonstances. D’après certaines reconstitutions, cet homme traqué se trouvait à bord d’un véhicule avec Musa Hussein (mieux connu sous le nom de Musa Sambayo), originaire de la province kényane de Wajir et considéré comme l’un des planificateurs des attaques terroristes de  Kampala en juillet 2010. Le véhicule de Fazul, où l’on retrouvera par la suite quelques 40 mille dollars en liquide et plusieurs téléphones satellites, se trouvait à environ 7 kilomètres de Mogadiscio, sur le corridor pour Afgooye, un lieu plutôt insolite étant donné la présence considérable de milices gouvernementales sur les lieux. Les rapports officiels font état d’une fusillade aux environs d’un checkpoint contrôlé par le gouvernement somalien, mais beaucoup pensent que Fazul serait tombé dans un piège que les hommes de Godane lui auraient tendu.

L’élimination de Fazul, considéré comme l’administrateur des financements du réseau d’al-Qaida destinés à quelques camps d’entraînement, s’accompagne de la marginalisation progressive de personnalités comme Sheikh Hassan Dahir Aweys et Sheikh Mukhtar Robow, l’ancien porte-parole du mouvement, qui se retrouvent mis à l’écart des positions de pouvoir. La décision est probablement prise à Afgooye en août 2011, quelques jours avant le repli de Mogadiscio. Le sommet de Afgooye marquera l’inauguration d’un front dissident, bien que relativement faible, où sera impliqué Omar Shafik Hammami, connu sous le nom d’Abu Mansur al-Amriki, ressortissant étasunien d’origine syrienne.

Le 16 mars 2012, la presse somalienne entre en possession d’un message vidéo d’Omar Hammami, où le citoyen américain affirme être sérieusement en danger à cause de quelques divergences apparues à l’intérieur des Shabaab. Les hommes de Godane lancent aussitôt une enquête interne, sans toutefois laisser aucune déclaration. Généralement identifié comme le chef des muhajirun, comme sont généralement appelés les jeunes étrangers arrivés en Somalie pour s’unir à la guérilla jihadiste, Hammami aurait joué un rôle surévalué sur bien des aspects. Très lié à Sheikh Mukhtar Robow depuis 2006, quand le citoyen étasunien arrive en Somalie pour s’unir à la guérilla contre les Éthiopiens, Hammami est tué dans une embuscade le 12 septembre dernier à Dinsoor, dans le région de Bay.

L’élimination d’Hammamia été précédée en juillet de l’arrestation d’autres « dissidents » en désaccord avec l’émir dans la petite ville somalienne de Brava, aujourd’hui encore l’une des places-fortes les plus importantes du mouvement jihadiste. La « nuit des longs couteaux » de Brava fait suite à l’énième divulgation de documents signés par le mouvement, mais attribuables à des groupes voisins à Sheikh Hassan Dahir Aweys, démentis ensuite par Godane, où était dénoncés la gestion “autoritaire” du mouvement par l’émir. Après la divulgation des documents, Godane aurait donné l’ordre à un commando de amniyaat mukhabaraat (une sorte de contre-espionnage interne) de retrouver et de poursuivre les responsables. Les opérations conduisent à l’arrestation d’une trentaine de personnalités proches de Dahir Aweys, qui dans la nuit du 22 au 23 juin a fui par la mer à Hobyo avec une poignée de gardes du corps, se repliant successivement dans les villages de Adaado et de Galgaduud. Sheikh Hassan Dahir Aweys est ainsi pris en charge par quelques milices Haber Gedir de l’administration de l’Himan & Heb. Ayant l’intention de quitter le pays, il est toutefois confié aux forces gouvernementales, peut-être avec le subterfuge d’un sauf-conduit pour le Moyen-Orient.

L’arrestation de Dahir Aweys, transporté ensuite à Mogadiscio et enfermé dans le quartier général des services secrets somaliens, clôt un chapitre important dans les désaccords à l’intérieur du mouvement jihadiste somalien. Selon plusieurs observateurs, al-Shabaab en serait sorti véritablement renforcé, n’ayant subi aucune défection de « substance », et ayant maintenu presque intacte sa force militaire. Godane en serait sorti lui aussi renforcé, étant parvenu à consolider son pouvoir et à préserver son contrôle sur les cellules amniyaat, aujourd’hui particulièrement ramifiées même à Mogadiscio et dans les principaux centres urbains du centre et du sud.

La restructuration du pouvoir intérieur d’al-Shabaab, souvent étiquetée de manière simpliste comme le résultat d’une rupture entre les muhajiriin et les al-Ansar (comme sont appelés les leaders autochtones du mouvement), est en réalité beaucoup plus complexe et stratifiée.

Une nouvelle génération de jihadisme somalien est en train d’émerger, dont l’affirmation définitive s’est produite à travers la marginalisation de la vieille école de la militance islamiste, révélée par le changement progressif et radical des stratégies de guérilla, dont les dynamiques jusqu’il y a quelques années étaient presque inconnues sur un théâtre somalien pourtant compliqué. Il ne faut pas non plus sous évaluer la restructuration parallèle d’al-Shabaab contemporaine à celle du réseau international d’al-Qaida suite à la disparition d’Ousama Ben Laden, une histoire peut-être encore plus complexe et cachée, mais qui pourrait avoir eu des répercussions importantes sur les structures des groupes jihadistes présents en Afrique subsaharienne.

L’échec de la lutte contre al-Shabaab

En première ligne du combat contre le mouvement jihadiste somalien, se trouve le contingent de l’Amisom, aujourd’hui constitué de forces ougandaises, burundaises, kényanes et djiboutiennes, auxquelles se sont ajoutés depuis peu des hommes provenants de Sierra Leone. Par rapport au début de la mission, en 2007, l’Amisom a su affiner ses stratégies de combat contre la guérilla, surtout en développant un système discret d’espionnage.

Jusqu’à présent le combat a été limité à un niveau presque exclusivement militaire, dont les résultats risquent de devenir toujours plus modestes, surtout suite au changement de stratégie d’al-Shabaab, dont les actions, surtout à Mogadiscio, sont devenues toujours plus destructives et ciblées. Peu ou pas de stratégie civile a été mise en place en soutien aux opérations de l’Amisom en-dehors de la capitale et, bien que « libérées » du contrôle jihadiste, d’importantes villes comme Baidoa, Merca et Chisimaio vivent dans un constant état de siège.

Pour essayer de mettre de l’ordre dans les actes chaotiques des agences d’aide internationale pour la reconstruction et imposer une stratégie coordonnée de développement en Somalie, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à travers la résolution 2102/2013, a approuvé le déploiement de la mission Unsom (United Nations Assistance Mission in Somalia). L’Unsom a officiellement remplacé l’Unpos (United Nation Political Office in Somalia), dont le mandat avait concrètement pris fin avec la fin de la transition politique, achevée en août 2012 par la nomination d’un nouveau parlement fédéral et l’élection par ce dernier du président Hassan Sheikh Mohamud. Il est peut-être encore trop tôt pour juger le travail de la nouvelle mission de l’ONU menée par le britannique Nicholas Key. Tant que ne seront pas rétablies les conditions pour un plein retour des agences de l’ONU en Somalie, dont on peut discuter l’impact potentiel économique, social, autant que politique, les marges de manœuvre semble-t-il, seront très restreintes.

Le nouveau gouvernement fédéral somali, à plus d’un an de son installation, n’a pas semblé réserver la juste attention à la lutte contre al-Shabaab, du moins dans les faits. Le gouvernement de Mogadiscio a été longtemps engagé dans une coûteuse et usante confrontation politique sur la gestion de ses périphéries, où pointe l’éternelle querelle sur la formation du Jubaland, qui a duré presque un an. L’administration des aires les plus périphériques du pays, libérées des milices d’al-Shabaab, a fait émerger différentes compétitions territoriales, auxquelles Mogadiscio s’est contentée de prendre part par la nomination de nouveaux gouverneurs réputés plus proches du gouvernement fédéral de la capitale. Le remplacement à  Baidoa de Abdifatah Ibrahim Gessey, considéré comme trop proche des Éthiopiens, par Abdi Aden Hosow, et celle du gouverneur du Beletweyne, Abdifatah Hassan Afrah, depuis longtemps à la tête de ses milices personnelles dans la lutte contre al-Shabaab, ne sont que quelques exemples d’une restructuration problématique qui n’a pas manqué de produire des effets déstabilisants sur les régions intéressées, permettant aux forces jihadistes de se réorganiser et de frapper avec une vigueur accrue.

L’opposition politique dans le Jubaland, qui a souvent débouché sur un conflit armé entre quelques milices proches du gouvernement de Mogadiscio et les hommes de Ras Kambooni, menés par Ahmed Mohamed Islam Madobe et soutenus pas les sommets de la Kdf (Kenian Defence Force), a mené tous les acteurs en présence à abandonner la lutte contre les milices Shabaab et à en favoriser la présence à plusieurs reprises. Pour l’instant les rapports entre le gouvernement somalien et la toute nouvelle administration du Jubaland semblent s’être légèrement améliorés, à la suite de l’entente obtenue à Addis Abeba, le 27 août dernier. Ce sommet a été patronné par l’Igad (Intergovernmental Authority on Development), organisation régionale dont le président somalien Hassan Sheikh Mohamud et son plus proche entourage, à commencer par les hommes forts de son administration, se sont toujours méfiés. On verra bientôt si les accords d’Addis Abeba pourront tenir sur le long terme, ou bien si l’entente trouvée en Éthiopie a voulu marquer une simple pause en vue de la conférence de Bruxelles du 16 septembre dernier, organisée par l’Union Européenne.

D’autres facteurs non moins importants ont contribué à déterminer une certaine immobilité du gouvernement somalien dans la lutte contre Shabaabhanno. Les Forces armées somaliennes sont encore trop précaires et l’archipel de milices qui en compose l’ossature est mal équipé et désarticulé. Les nombreux programmes de coopération militaire, parmi lesquels se détachent ceux de la Turquie, de l’Union Européenne et des États-Unis, manquent presque totalement de coordination et entrent souvent en concurrence. En outre, on notera l’absence presque totale de programmes sérieux de réinsertion destinés aux anciens combattants (pas seulement Shabaab), qui sont de plus en plus souvent utilisés dans le marché florissant des compagnies de sécurité privée de Mogadiscio. Il ne faut pas sous-évaluer par ailleurs la crise du National Security Service (Nss), l’organisme des services secrets, qui apparaît aujourd’hui dans une phase de lente restructuration suite à différentes défections dues aux nombreuse attaques ciblées opérées par la guérilla jihadiste.

Le président Hassan Sheikh Mohamud a totalement bouleversé les sommets de l’appareil de sécurité national, nommant à distance de quelques mois le général Bashir Mohamed Jama à la tête des services secrets, le général Abdihakim Dahir Said à la tête des forces de police, et le général Dahir Adan Elmi comme chef d’état major de l’armée. Les nouveaux sommets appartiendraient tous aux clans minoritaires et selon de nombreux observateurs auraient été choisis plus par fidélité au nouvel exécutif que pour une expérience mûrie dans leurs secteurs de compétence respectifs.

Al-Shabaab, bien que frappé par un délicat processus de réorganisation interne, dont il aurait été possible de tirer profit, est aujourd’hui passé à la contre-attaque, surtout à Mogadiscio, aussi à cause du manque de contre-programmes coordonnés et structurés. Au contraire, les bruyantes attaques contre la cour suprême et le quartier général des Nations Unies, conduites à Mogadiscio entre avril et juin dernier, dont les dynamiques rappellent beaucoup l’assaut de Westgate, sont des exemples éclatants d’une vigueur retrouvée, et d’une capacité des jihadistes à se déplacer avec une certaine désinvolture au-delà des lignes ennemies.

De la lutte armée à la « marque » régionale

Deux facteurs cruciaux dans la stratégie du mouvement jihadiste somalien méritent attention: le surprenant degré d’adaptation dans la menée des actions militaires face à un contexte en évolution constante et la capacité de se servir d’instruments de communication efficaces et sophistiqués, destinés tant à planifier les opérations sur le terrain qu’à amplifier les messages politiques, à travers un usage plutôt adroit d’internet, où il devient toujours plus difficile de distinguer les membres des simples partisans. La diffusion de films exaltant le jihad et la rébellion contre l’occupation des armées étrangères finit aussi par faire prise sur un large public, jusqu’en Occident.

C’est le cas, par exemple, de The Real Disney, un film diffusé aux États-Unis et retrouvé par le FBI, où il est fait l’éloge des aventures de quatre jeunes Étasuniens d’origine somalienne rejoignant la Somalie pour embrasser la cause jihadiste. En outre, les images des bombardements de Jilib et Hisingoow sont particulièrement diffusées, deux villages parmi les plus touchés par l’armée kényane en 2011 et 2012, où le nombre de victimes n’a jamais été clairement établi.

Jusqu’à aujourd’hui, une grande partie du débat sur al-Shabaab (« jeunesse ») s’est concentré sur ses liens présumés avec al-Qaida, alors qu’on a peu prêté attention à sa capacité et aux stratégies de son leadership pour trouver un vaste consensus parmi les jeunes générations somaliennes (mais pas seulement) qui ont grandi dans l’un des contextes les plus cruels et les plus complexes de la planète. Une des caractéristiques constantes dans la vie du mouvement, qui naît entre 2003 et 2005 comme flanc armé de l’Union des Tribunaux Islamiques, a été de s’ériger comme avant-garde d’un ressentiment diffus contre l’ingérence continuelle dans la crise somalienne d’acteurs extérieurs, comme l’Éthiopie et le Kenya.

L’opération kényane “Linda Nchi” (protection de la nation), lancée en 2011 avec pour but de sécuriser la frontière avec la Somalie, naît comme un acte unilatéral, puisque l’intégration dans l’Amisom est arrivée seulement quelques mois plus tard. Très difficile sur le plan stratégico-militaire, surtout à ses débuts, et pour le moins hasardeuse d’un point de vue politique, la mission kényane offre à la guérilla jihadiste de nouveaux et importants arguments de mobilisation. L’assaut au centre commercial de Nairobi est de ce point de vue le sommet d’une suite d’avertissements que depuis plusieurs mois al-Shabaab adresse au Kenya.

La présence concomitante sur le territoire de contingents militaires de tous les pays limitrophes a transformé la Somalie en principal vecteur du jihadisme de la Corne de l’Afrique, donnant à  al-Shabaab un rôle inédit. Le mouvement peut de ce point de vue devenir une « marque » capable d’agglomérer et d’inspirer les opérations de nombreux groupes jihadistes présents dans la région, pas seulement au Kenya. Pour ce faire, il a grand besoin d’accomplir ou de commanditer des opérations destinées à briser les équilibres sociaux déjà précaires des pays de la Corne de l’Afrique, ou bien de créer une force transnationale et asymétrique dans une région où demeurent de nombreux cas d’exclusion du pouvoir politique et de marginalisation sociale qui touchent particulièrement les communautés musulmanes.

L’attaque du centre commercial Westgate pourrait donc être le premier, tragique signal d’une nouvelle architecture djihadiste, comme le laisseraient présager les premiers mots du porte-parole militaire d’al-Shabaab Abu Musab: “Cette attaque est celle des Mujaahidiin”.

Matteo Guglielmo est docteur de l’Université “L’Orientale” de Naples, où il s’est spécialisé sur les systèmes politiques de l’Afrique. Il est entre autres l’auteur d’une excellente synthèse sur la Corne de l’Afrique Il Corno d’Africa: Eritrea, Etiopia, Somalia, Il Mulino, 2013. Article publié le 26/09/2013 sur Limes, rivista italiana di geopolitica. Traduit de l’italien par Olivier Favier.

Pour aller plus loin:

Nairobi: Al Shabaab 2.0 e il significato delle immagini del massacro.