Le Havre, 5 septembre 1944 : « En deux heures de temps ». Dossier.

 
Plus de deux mois et demi après le débarquement de Normandie, le 25 août 1944, Paris est libéré de l’occupant nazi. « Dès la fin du mois d’Août, écrit Pierre Aubery,  un journaliste et écrivain havrais, le manque de ravitaillement suffisant en essence et en munitions (commence) à ralentir l’avance alliée. Le besoin d’un port en eau profonde se (fait) vivement sentir. Il (faut) aussi se hâter parce que l’étude du temps dans la région du Havre, répartie sur plusieurs années, (a) montré qu’on ne (peut) compter sur plus de huit jours par mois favorables aux opérations. »(1)

L’offensive est lancée par Montgomery le 1er septembre. Ce même jour il est promu maréchal par Winston Churchill, une évidente consolation pour celui qui vient de perdre le commandement des troupes terrestres au profit du général américain Einsenhower. Il conserve le commandement du 21ème groupe d’armées -composé de la 2ème armée britannique et de la 1ère armée canadienne. Alors que l’offensive principale est lancée par la 3ème armée américaine -ce qu’on nommera plus tard la « première campagne de Lorraine »- le « vicomte d’El Alamein » ne peut compenser la relative modestie de son entreprise que par la rapidité de son exécution. Il n’en demeure pas moins que les Alliés ont un besoin urgent d’un port en eau profonde, bien abrité et pourvu d’une main d’œuvre suffisante, où les cargos pourront accoster par dizaines. Les ports bretons sont eux aussi convoités, Brest en premier lieu, mais ils demeurent trop éloignés de la ligne de front. Anvers est encore tenu par l’ennemi, et trop proche de la frontière allemande pour ne pas être vulnérable. Dans ce contexte, Le Havre revêt une très grande importance stratégique.

Saint-Valery est libéré le 2 septembre par des troupes écossaises. Le lendemain, des reconnaissances aux abords du Havre révèlent que la ville est bien défendue. Sa garnison est estimée à de plus de 10 000 hommes. Le bruit court que le commandant allemand est un fanatique « prêt à lutter jusqu’à la mort, dont la femme et les enfants (ont) été tués dans un bombardement à Berlin. »(2) En réalité -et les Havrais le savent- « la garnison du Havre (est) composée d’un ramassis de troupes de toutes origines et de vieux réservistes dépourvus d’ardeur combative. »(3) Quant au colonel qui la dirige, ce n’est pas un nazi convaincu.

Photo aérienne du Havre au lendemain de la Libération. A: Le centre de la ville, entièrement rasé. B: Aplemont et Granville anéantis. C: Le Nice-Havrais dévasté D: La zone industrielle E: Le port totalement détruit. F: Les quartiers de la ville basse subsistent. G:  Le plateau et Sainte-Adresse partiellement détruits (Coll. J. Tournant) In Pierre Aubery, "le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d'après des documents anglais", in Études normandes, Livraison 12 N°39 3 trimestre 1954 .

Photo aérienne du Havre au lendemain de la Libération. A: Le centre de la ville, entièrement rasé. B: Aplemont et Graville anéantis. C: Le Nice-Havrais dévasté D: La zone industrielle E: Le port totalement détruit. F: Les quartiers de la ville basse subsistent. G: Le plateau et Sainte-Adresse partiellement détruits (Coll. J. Tournant) In Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .

Un premier assaut depuis le Sud de la ville se solde par un cuisant échec. C’est dans ce contexte, alors que le plan d’évacuation de la ville par les civils est suspendu suite à un duel d’artillerie entre Britanniques et Allemands et que le blocage de la ville qui s’ensuit rend toute sortie impossible, que le 5 septembre en fin d’après-midi, le Havre connaît le plus dur bombardement de son histoire. Les flammes s’élèvent jusqu’à 300 mètres de hauteur(4) . Un Havrais qui vient de sortir de son abri y retourne aussitôt pour annoncer à ses compagnons d’infortune: « Vous ne me croirez pas! La ville n’a plus qu’un mètre de haut! »

D’autres raids suivent, le 6, le 8, le 9, le 10 et le 11 septembre. Le 10, ce sont près de 5 000 tonnes de bombes qui sont lâchées en une heure et demie sur les positions allemandes. L’assaut est donné le même jour à 17h45. Il reste 40 000 Havrais dans la ville.

Le commandant de la garnison se rend le lendemain peu avant midi. Il a encore sous ses ordres quelques 12 000 hommes.

En sept jours, les bombardiers de la Royal Air Force ont opéré sur le Havre un peu plus de 2000 sorties et ont déversé quelques 10 000 tonnes de bombes. Durant toute la guerre, la ville a connu 1000 alertes, 152 bombardements, plus de 5 000 morts, 35 000 sinistrés totaux, 65 000 sinistrés partiels. Le taux de destruction est de 82%. Du côté des forces alliées, les pertes globales lors de la bataille du Havre s’élèvent à 400 hommes.

Le 13 septembre, le capitaine britannique Martin Lindsay note dans son journal:(5)

« Hier soir, je suis allé faire un tour au Havre où quelques tireurs isolés font encore le coup de feu sur le port. Le centre de la ville et les faubourgs paraissent n’avoir pas été trop endommagés, mais la presque totalité du port a été écrasée sous les bombes. Tous les restaurants et cafés sont fermés et je ne puis m’empêcher de constater que les Français sont plutôt frais à notre égard. Nous n’aurions jamais dû permettre le bombardement d’une partie de la ville qui eut pour conséquence de faire cesser la vie dans ce qu’il en reste… Cela nous a rendus très impopulaires. Nous n’avons pas été accueillis ici avec l’enthousiasme qui nous attendait ailleurs. Et quand Ewen (l’un de ses camarades de combat) chercha à savoir si l’on pourrait organiser un bal pour les officiers, on lui répondit que la ville entière était en deuil et qu’ils (les Français) ne voulaient pas s’en occuper. »

Le texte qui suit est le récit du bombardement du 5 septembre, par l’écrivain havrais Bernard Esdras-Gosse.

Le square Saint-Roche est provisoirement redevenu cimetière. Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .

Calme était la ville en ce début de septembre, malgré la certitude des dangers chaque jour plus proches, plus réels. Un calme étrange, à certains moments un silence suspect.

Le Havre isolé vit dans l’attente des jours difficiles, des jours graves envisagés avec sang-froid.

Pas d’énervement, d’affolement, mais pas d’indifférence, pas de fatalisme. La pluie qui tombe, le vent qui souffle, un camion tressautant sur les pavés, ont des résonances nouvelles. Une conversation sous une fenêtre, et qui vous parvient, surprend.

Tous les rares bruits de la ville qui nous semblent un accident, nous font évoquer des souvenirs de vacances d’autrefois, dans un petit village de campagne à l’heure où parviennent les dernières rumeurs des champs, les dernières paroles des paysans à l’heure du crépuscule.

La ville est calme, trop calme, confiante en son destin, courageuse, et si, le soir, à l’heure du couvre-feu, depuis longtemps déjà nul passant ne circule dans ses rues, sur ses boulevards, derrière les façades sombres des maisons se devine une vie tapie, une vie tenace, d’hommes acceptant les périls de la guerre pourvu qu’ils puissent vivre, et peut-être mourir chez eux.

Le Havre est calme, et trop confiant peut-être, en cette fin d’après-midi du mardi 5 septembre.

Dix-sept heures quarante-cinq. – Des bruits sinistres de chute de projectiles non suivis d’éclatements. Sur le quartier Saint-Vincent-de-Paul descend un faisceau de fumée blanche d’où, à sa base, s’échappent des flammes ponctuées de points lumineux. Les avions signaleurs, puis, immédiatement après, les bombardiers.

Un moment on peut croire qu’il s’attaquent aux fortifications de la plage. Mais, méthodiquement, avec l’implacabilité des machines, ils s’avancent en rangs serrés sur le centre de la ville. Et toute la population fuit vers les abris, se terre, pendant que déjà pleuvent les bombes. Une monstrueuse pluie de fer, d’acier, une herse terrible qui arrache tout sur son passage, déchire, éventre, pourfend, morcelle.

Vague après vague, secteur par secteur, les bombardiers déversent leurs bombes. Vingt, trente appareils, lâchant d’un coup leur chargement.

Vague après vague, secteur par secteur, les bombardiers déversent leurs bombes. Vingt, trente appareils, lâchant d’un coup leur chargement. Deux cents, trois cents bombes qui s’abattent, en ligne, sur les maisons, pilonnant tout. Nivellement tragique, horrible, spectacle de terreur que peu d’hommes ont vu, bien vu, ceux qui se risquaient à sortir entre deux déversements. De hautes maisons, des immeubles en pierre de taille s’abattent dans un fracas qui se confond avec le bruit des éclatements, deux cents, trois cents éclatements à la fois. Et cette poussière impalpable, ces nappes de fumée émises pour dissimuler la ville et qui, se confondant, créent une atmosphère de fin du monde. Et des cratères profonds se creusent, un instant après comblés par d’autres éventrations du sol. Pas un mètre de terrain n’est intact après le passage des bombardiers. Sous les décombres de leurs maisons des êtres sont ensevelis qu’une autre pluie de projectiles libère. Partout s’abattent les éclats de pierre, les débris de bois, de fer, tout ce qui peut être déchiqueté, broyé, lacéré et que le souffle dévastateur transforme en projectiles.

Dans les entrailles de la terre, dans les refuges de béton, de briques ou simplement de planches, des hommes, des femmes, des enfants, sont tapis pendant que sur eux, sur leurs maisons s’abat l’implacable arrosage d’explosifs; qui fuient aussi, trébuchants, n’ayant plus que leur instinct pour guide, sous les effondrements; qui tombent pour ne plus se relever.

Maison par maison, pierre par pierre, sous les coups, les plus beaux quartiers du Havre s’effritent, tombent en poussière.

Le boulevard François Ier, l’Hôtel de Ville, le square Jean Jaurès, le quartier Saint-Vincent de Paul, tout disparaît, tout s’effondre, s’anéantit, en de monstrueux écroulements, éclatements, soufflements.

C’est une destruction systématique. Et les vagues de bombardiers se succèdent presque sans interruption. C’est l’enfer. Le rayon d’action s’agrandit; gagne les quartiers Notre-Dame, de la Bourse, Saint-Joseph, Thiers, de la rue de Paris, se maintient sur l’Hôtel de Ville et sur Saint-Vincent. Et les brasiers s’allument sous l’action des bombes incendiaires qui ajoutent à l’horreur. Et le vent s’élève, souffle en tempête. Le ciel n’a pas de pitié.

Après deux heures de bombardement ininterrompu -mille bombardiers, cinq mille tonnes de bombes explosives, deux cent mille bombes incendiaires- un vaste quadrilatère de quinze cents mètres de côté – où tiendrait à l’aise la ville entière de Caen – est ravagé, dévasté. Un coin de la ville familier à tous les Havrais, à tous les visiteurs aussi, mais où maintenant l’on se perd, n’est plus qu’un formidable bûcher éclatant, pétaradant où s’écroulent, sautent, s’effondrent, les maisons des hommes, les monuments; où sont disparus les boulevards, les rues, les ruelles, où flambent tant de bonheurs; où se consument tant de corps d’hommes, de femmes, d’enfants. Un chaos immense, invraisemblable, indescriptible parce que les mots sont trop faibles; trop simples pour le faire et qu’on ne décrit pas le néant.

Et toujours le vent, le vent tourbillonnant, qui s’acharne lui aussi, qui souffle rageur, haineux, pour parachever les destructions des hommes, pour augmenter l’horreur de la guerre.

La fumée, la poussière ont dissimulé l’approche de la nuit formant un impalpable rideau au long duquel se meuvent des ombres imprécises. Même le tressaut des flammes, qui pourtant montent haut, ne parvient pas à percer l’opacité qui pèse sur la ville.

Fumée noire, fumée blanche, grise, poussière, rougeoiements, tout cela tourbillonnant, mouvant, et les humains qui fuient.

Les équipes de la défense passive urbaine, celles des prisonniers de guerre rapatriés. Les jeunes des équipes nationales et de l’entr’aide ouvrière et étudiante, une poignée d’hommes, luttent pour arracher les victimes à la mort terrible qui les attend; liaisons impossibles; isolés, ils luttent, ils se battent contre les éléments déchaînés. Bientôt ils restent seuls au milieu de l’infernal brasier qui gagne, qui gagne; seuls avec les hommes et les femmes de la Croix Rouge, ne voulant pas renoncer, eux seuls, parmi les morts, les blessés…

Courageusement, avec des fortunes diverses, ils accomplissent leur devoir, l’initiative individuelle palliant souvent à l’absence d’ordres; dignes d’une grande page d’histoire de notre cité, avec leur esprit de sacrifice, leur fidélité aux consignes, l’efficacité de leur action, leur allant, tous, les jeunes comme les vieux.

Dans le désarroi, des malheureux qui n’ayant pas voulu quitter leur ville voient leur maison détruite, leur famille anéantie, ils donnent l’exemple contagieux du sang-froid, de l’ordre, de la confiance.

Descendant dans les cratères, escaladant les monticules, les amoncellements de décombres, passant à travers le feu, trébuchant, tombant, casque en tête, mouchoir au visage, ils vont de l’avant, toujours de l’avant, vers ceux qui sont en péril.

Sous les ruines en feu du Grand-Théâtre gisent les F.F.I. qui s’y étaient cachés en attendant l’heure de l’action; gisent aussi des civils, des hommes, des femmes, des enfants, que le feu menace, que le feu torture; dans l’abri de la place Gambetta, dans les caves, partout, partout. Inlassables, les sauveteurs vont vers eux. Leurs ambulances détruites, celles de la Croix rouge ne pouvant approcher, à bras ils brancardent les blessés. À bras, à dos d’homme, ils évacuent le poste de secours Bata que l’incendie attaque. Et eux aussi ont leurs victimes, eux aussi ont leurs morts, leurs blessés, tombés anonymement à leur poste et dont peut-être jamais on évoquera la mémoire.

Et toute la nuit le feu ravage ce coin de la ville, sapant ce qui est encore debout, saccageant, s’opposant aux hommes, à la volonté des hommes qui ont décidé de tenir, de tenter de sauver le reste de la ville, malgré le vent, le manque d’eau, les murs qui croulent, les embûches, les traquenards des maisons effondrées, des projectiles non éclatés.

Jusqu’au dernier moment, dans une salle basse de l’Hôtel de Ville démantelée, en feu, resta le maire, resta le sous-préfet, restèrent aussi tous ceux de qui l’on attendait des ordres, restèrent à leur poste ceux qui avaient accepté de lutter pour leur ville, debout, couverts de plâtre, sales, près des corps gisant sur des civières, dans un éclairage de catacombes qui, vacillant au souffle du vent de la nuit, arrachait le masque d’impassibilité qu’auraient voulu garder ces hommes.

500 bombardiers – 5 000 tonnes de bombes explosives(6)

200 000 bombes au phosphore(7) – 10 000 maisons détruites

Plus de 2 000 tués(8) – 80 000 sinistrés.

En deux heures de temps.

Extrait de Bernard Esdras-Gosse. Pierre par pierre, maison par maison… Le Havre 1939-1944,  Le Havre, Association des
prisonniers de guerre du Havre (Impr. de M. Etaix), 1946. page 154-158.

Le Boulevard François Ier.  Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, "le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d'après des documents anglais", in Études normandes, Livraison 12 N°39 3 trimestre 1954 .

Le Boulevard François Ier. Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .

Bibliographie et filmographie:

  • Pierre Courant (maire de la ville), Au Havre pendant le siège, Etaix, Le Havre, 1945.
  • Bernard Esdras-Gosse. Pierre par pierre, maison par maison… Le Havre 1939-1944,  Le Havre, Association des
    prisonniers de guerre du Havre (Impr. de M. Etaix), 1946.
  • Julien Guillemard, L’enfer du Havre, Lib. Médicis, Paris 1948. Années 1939-1944.
  • Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .
  • Eddy Florentin, Quand les alliés bombardaient la France 1940-1945, Paris, Perrin, Tempus, 2008 [1997 pour l’édition originale].
  • Armand Frémont, La mémoire d’un port: Le Havre, Paris, Arléa, 2009 [1997 pour l’édition originale].
  • Table rase (1988 – 79 minutes), un documentaire de Christian Zarifian. Le film contient de précieuses images d’archives de la ville avant et après le 5 septembre 1944. Y sont interviewés de nombreux témoins ainsi que des membres d’équipage des bombardiers britanniques.
  • Andrew Knapp, Les Français sous les bombes alliées, 1940-1945, Paris, Tallandier, 2014. Un ouvrage collectif sur les bombardements du Havre paraîtra aux PURH courant 2016.
Rue de Paris. Immédiatement après le bombardement, les rescapés sauvent ce qu'ils peuvent et partent à la recherche d'un refuge. Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, "le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d'après des documents anglais", in Études normandes, Livraison 12 N°39 3 trimestre 1954 .

Rue de Paris. Immédiatement après le bombardement, les rescapés sauvent ce qu’ils peuvent et partent à la recherche d’un refuge. Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .

Pour aller plus loin:

  • Sur ce site le poème Malédiction d’Henri Guilbeaux et la rubrique « Les lieux de l’oubli ».
  • Thomas Hippler, Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens, Les Prairies ordinaires, 2014.
  • Sven Lindqvist, Une histoire du bombardement, Paris, La Découverte, 2012 (précédente édition aux éditions Le Serpent à plumes en 2002 sous le titre Et maintenant tu es mort… Le siècle des bombes.). L’auteur restitue, dans une démarche tant littéraire qu’historique, un siècle d’histoire des bombardements, et restitue notamment la part capitale des guerres coloniales.
  • Howard Zinn, La Bombe. De l’inutilité des bombardements aériens, Montréal, Lux, 2011. Excellent ouvrage autour du bombardement d’Hiroshima et sur ceux de Royan, les 14-15 avril 1945, auquel participa l’auteur. Ces bombardements dépourvus d’utilité stratégique à quelques semaines de la capitulation sont demeurés célèbres pour l’utilisation « pionnière » du napalm, déjà expérimenté sur Tokyo en février.
  • Gert Ledig, Sous les bombes, Paris, Éditions Zulma, 2006. Un roman tout entier construit autour d’un bombardement aérien allié sur une ville allemande, durant la seconde guerre mondiale. Paru en 1956 en Allemagne, ce livre extraordinaire passa inaperçu jusqu’à sa réédition en 1999.
  • Kurt Vonnegut, Abattoir 25, Paris, Seuil, 1971. Sur le bombardement de Dresde.
  • Joseph Heller, Catch 22, Paris, Grasset, 2004. Voir aussi le film homonyme de Mike Nichols (1971).
  • W.-G. Sebald, De la destruction comme élément d’histoire naturelle, Arles, Actes Sud, 2004.
  • Jörg Friedrich, L’incendie. L’Allemagne sous les bombes 1940-1945, Paris, de Fallois, 2004.
  • Günther Anders, Hiroshima est partout, Paris, Le Seuil, 2008.
  • Voir enfin cet article de Jacques Pauwels sur le blog « Jolimai »:Retour sur la destruction de Dresde.
Le bassin du Roy. Vestige de la partie la plus ancienne du Port du Havre.  Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, "le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d'après des documents anglais", in Études normandes, Livraison 12 N°39 3 trimestre 1954 .

Le bassin du Roy. Vestige de la partie la plus ancienne du Port du Havre. Photo: W. Beaufils. In Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 .

  1. Pierre Aubery, « le siège et la bataille du Havre (1er au 12 septembre 1944) d’après des documents anglais », in Études normandes, Livraison 12 N°39 3ème trimestre 1954 . page 890. []
  2. Ibid. p. 893. []
  3. Ibid. []
  4. Eddy Florentin, Quand les alliés bombardaient la France 1940-1945, Paris, Perrin, Tempus, 2008 [1997 pour l’édition originale] p. 590. []
  5. Martin Lindsay, So few got through, Collins, London, 1946, p. 86. Cité et traduit par Pierre Aubery, op. cit., p. 893. []
  6. Pour l’historien Andrew Knapp, que je remercie pour cette précision, le nombre d’appareils, surtout le 10 septembre, aurait été beaucoup plus important. []
  7. On rappellera à ce propos cet extrait de Curzio Malaparte, La Peau, Paris, Gallimard, Folio, 1973, traduction de René Novella, pages 142-143:  « (…) Les bombes au phosphore avaient mis le feu à des quartiers entiers de cette ville, faisant un grand nombre de victimes. Jusque là, rien d’extraordinaire, même les Allemands sont mortels. Mais des milliers et des milliers de malheureux, ruisselant de phosphore ardent, dans l’espoir d’éteindre le feu qui les dévorait, s’étaient jetés dans les canaux qui traversent Hambourg en tous sens, dans le port, le fleuve, les étangs, dans les bassins des jardins publics ou s’étaient faits recouvrir de terre dans les tranchées creusées ça et là sur les places et dans les rues pour servir d’abri aux passants en cas de bombardement. Agrippés à la rive et aux barques, plongés dans l’eau jusqu’à la bouche, ou ensevelis dans la terre jusqu’au cou, ils attendaient que les autorités trouvassent un remède quelconque contre ce feu perfide. Car le phosphore est tel qu’il se colle à la peau tel une lèpre gluante, et ne brûle qu’au contact de l’air. Dès que ces malheureux sortaient un bras de la terre ou de l’eau, le bras s’enflammait comme une torche. Pour échapper au fléau, ces malheureux étaient contraints de rester immergés dans l’eau ou ensevelis dans la terre comme les damnés de Dante. Des équipes d’infirmiers allaient d’un damné à l’autre, distribuant boisson et nourriture, attachant avec des cordes les plus faibles au rivage, afin qu’ils ne s’abandonnent pas vaincus par la fatigue, et se noient ; ils essayaient tantôt un onguent, tantôt un autre, mais en vain, car tandis qu’ils enduisaient un bras, une jambe ou une épaule, tirés un instant hors de l’eau ou de la terre, les flammes, semblables à des serpents de feu se réveillaient aussitôt et rien ne parvenait à arrêter la morsure de cette lèpre ardente. » Selon les archives britanniques, consultées par l’historien Andrew Knapp, la proportion des bombes explosives aurait été infiniment plus importante, presque la totalité de celles utilisées en fait, 98,2%. []
  8. Eddy Florentin évoque un minimum de 3 000, sur la base d’estimations croissantes au fil des années. []