Juillet 60, par Carlo Bordini.

 

En 1960 il y eut une tentative d’instaurer en Italie un gouvernement de droite, le gouvernement Tambroni. C’était un gouvernement entièrement démocrate-chrétien appuyé par les néofascistes du MSI. Ce gouvernement se voulait une réponse au renouveau ouvrier qui avait débuté en Italie l’année précédente, et qui s’exprimait par une importante reprise des grèves après les années sombres de l’après-guerre.

Le gouvernement Tambroni se caractérisa aussitôt par des mesures antilibérales (interdiction de quelques manifestations et de quelques meetings) et dans ce climat on permit aux néofascistes, qui s’étaient reconstitués en parti depuis peu, de tenir leur congrès à Gênes.

À cette époque-là, Gênes, ville médaille d’or de la résistance, était une ville vigoureusement antifasciste. Il y avait encore des partisans qui quinze ans plus tôt avaient chassé les Allemands de la ville. On fit une grande manifestation à laquelle prirent part des partisans, des dockers et la base du parti communiste. La police essaya de disperser la manifestation et le résultat fut une bataille rangée où les dockers, gens très durs, infligèrent une lourde défaite à la police. Beaucoup de policiers furent blessés et beaucoup d’entre eux se firent voler leurs armes. Cela se produisit le 30 juin. Le soir même les partisans retournèrent camper dans les montagnes, dans les collines autour de Gênes, et ils allumèrent des feux qui se voyaient depuis la ville. De cet épisode naquit l’insurrection de Juillet 60.

Il y eut des manifestations dans toute l’Italie. La police tira et tua plusieurs manifestants. À Rome la police montée chargea les partisans. L’insurrection se propagea de ville en ville, de nouvelle en nouvelle. Après quelques jours les syndicats annoncèrent une grève générale. Le gouvernement Tambroni démissionna et dès lors commença en Italie la longue série des gouvernements de centre-gauche qui bon an mal an donnèrent à l’Italie une démocratie plus ou moins normale.

Il s’agit donc d’un épisode fondamental dans l’histoire récente italienne. S’il n’y avait pas eu la réaction de Juillet 60 l’histoire aurait été très différente: l’Italie serait revenue à une forme de facisme rampant et masqué. Les nouveaux gouvernements de centre-gauche ne firent pas de miracles, mais ils nationalisèrent l’énergie électrique, firent une réforme agraire qui conduisit à la disparition du métayage et à la large diffusion de la petite propriété paysanne. Les luttes syndicales et politiques se développèrent dans un climat relativement permissif.

Juillet 60 ne fut pas organisé par le Parti Communiste. Il naquit spontanément et se répandit spontanément. La base du PCI y prit par, mais le parti ne prit jamais de position tranchée. Il ne dirigea pas les luttes. Les journaux du PCI faisaient des articles enflammés qui suscitaient colère et indignation, mais ils ne donnaient pas de consignes de lutte. Les gens se réunissaient, discutaient et participaient.

Le PCI fit beaucoup de rhétorique sur les “jeunes gens en maillot rayé” qui avaient pris part à Juillet 60 et sauvé la démocratie, mais peu à peu la chose fut oubliée. Personne n’en parla plus. Personne ne se référa plus à cette période. Personne n’en sait plus rien aujourd’hui.

Juillet 60 ne devint un point de référence pour aucune force politique. On n’en parla plus, ni pour l’exalter ni pour l’exécrer. Je crois que cela vient du fait que ce fut un mouvement qui glissa des mains de tout le monde, et qui aurait pu devenir un exemple dangereux. On s’en servit puis on le mit à l’écart: mais il vaudrait la peine aujourd’hui d’en rappeler l’existence.

Texte inédit. Traduit de l’italien par Olivier Favier.

Gênes, juin 1960. Affrontements Piazza De Ferrari.

Luglio ‘60

Nel 1960 ci fu un tentativo di instaurare in Italia un governo di destra, il governo Tambroni. Era un monocolore democristiano appoggiato dai neo fascisti dell’MSI. Questo governo voleva essere una risposta a una ripresa operaia che era cominciata in Italia nell’anno precedente, e che si esprimeva in una forte ripresa degli scioperi dopo gli anni bui del dopoguerra.

Il governo Tambroni si caratterizzò subito per provvedimenti illiberali (divieto di alcune manifestazioni e di alcuni comizi) e in questo clima fu permesso ai neofascisti, che si erano ricostituiti in partito da poco, di tenere un loro congresso a Genova.

Ora, Genova, città medaglia d’oro della resistenza, era una città antifascista sul serio. C’erano ancora i partigiani che quindici anni prima avevano cacciato i tedeschi dalla città. Si fece una grande manifestazione a cui parteciparono partigiani, portuali e la base del partito comunista. La polizia cercò di disperdere la manifestazione e ne nacque una grande battaglia in cui i portuali, gente molto dura, sconfisse nettamente la polizia. Molti poliziotti furono feriti e a molti di loro furono sottratte le armi. Questo avvenne il 30 giugno. La sera di quel giorno i partigiani tornarono ad accamparsi in montagna, nelle colline intorno a Genova, e accesero fuochi che si vedevano dalla città. Da questo episodio nacque l’insurrezione del Luglio 60.

Vi furono manifestazioni in tutta Italia. La polizia sparò e uccise diversi manifestanti. A Roma i partigiani furono caricati dalla polizia a cavallo. L’insurrezione si propagò da città a città, da notizia a notizia. Dopo alcuni giorni i sindacati indissero uno sciopero generale. Il governo Tambroni si dimise e da allora cominciò in Italia la lunga serie dei governi di centrosinistra che bene o male dettero all’Italia una democrazia più o meno normale.

Si tratta dunque di un episodio fondamentale nella storia recente italiana. Se non ci fosse stato la reazione di Luglio 60 la storia sarebbe stata molto diversa: l’Italia sarebbe tornata a una forma di fascismo strisciante e mascherato. I nuovi governi di centro sinistra non fecero miracoli, ma nazionalizzarono l’energia elettrica, fecero una riforma agraria che portò alla scomparsa della mezzadria e alla formazione di una vasta piccola proprietà contadina. Le lotte sindacali e politiche si svilupparono in un clima relativamente permissivo.

Luglio 60 non fu organizzato dal Partito Comunista. Nacque spontaneamente e si diffuse spontaneamente. Vi partecipò la base del PCI, ma il partito non prese mai una posizione netta. Non diresse le lotte. I giornali del PCI facevano articoli di fuoco che suscitavano la rabbia e l’indignazione, ma non davano indicazioni di lotta. La gente si riuniva, discuteva e partecipava.

Il PCI fece molta retorica sui “giovani dalla maglietta a strisce” che avevano partecipato a Luglio ’60 e salvato la democrazia, ma pian piano la cosa venne dimenticata. Nessuno ne parlò più. Nessuno si riferì più a quel periodo. Oggi nessuno ne sa nulla.

Luglio ’60 non diventò un punto di riferimento per nessuna forza politica. Non se ne parlò più, né per esaltarlo né per esecrarlo. Credo che questo dipenda dal fatto che fu un movimento che sfuggì di mano a tutti, e che potrebbe diventare un esempio pericoloso. Fu utilizzato e messo in disparte: sarebbe invece opportuno, oggi, ricordarne l’esistenza.

 

Pour aller plus loin:

  • Les textes du poète Carlo Bordini sur ce site.
  • La rubrique L’Italie derrière la mémoire.
  • La chanson de Fausto Amadei, ici interprétée par Milva. Elle fait référence à deux autres, très connues, liées à l’histoire du PCI. La première est Bandiera rossa (Drapeau rouge), créée en 1908 et qui a fait l’objet de plusieurs modifications par la suite. La seconde est Fischia il vento (Siffle le vent), écrite en 1943 pour les partisans communistes sur l’air d’une chanson de propagande soviétique, KatyushaFischia il vento est avec Bella ciao la chanson la plus célèbre des partisans italiens. Deux références à préciser dans le texte de la chanson: Duccio Galimberti fut l’une des figures majeures de la résistance piémontaise. Fédéraliste, il fut l’un des deux rédacteurs d’un projet de Constitution européenne en 1942. Il fut fusillé par les nazis le 4 décembre 1944 dans les environs de Cuneo. Les 7 frères Cervi, tous engagés dans la Résistance, ont été fusillés ensemble par les fascistes à Reggio Emilia, le 28 décembre 1943. Leur histoire a donné lieu à un film de Gianni Puccini, I fratelli Cervi (1968), avec Gian Maria Volonté et Serge Reggiani.
Per I Morti Di Reggio Emilia
Pour les morts de Reggio Emilia (1961)

Texte et musique de Fausto Amodei

Camarade, citoyen,
frère partisan,
tenons-nous par la main
en ces tristes journées:
de nouveau à Reggio Emilia,
de nouveau là en Sicile
sont morts des camarades,
de la main des fascistes.

De nouveau, comme autrefois,
sur l’Italie entière,
« Siffle le vent et hurle la tempête ».

À dix-neuf ans
est mort Ovidio Franchi
pour ceux qui sont fatigués
ou sont encore incertains.
Lauro Farioli est mort
pour réparer le tort
de qui a déjà oublié
Duccio Galimberti.

Ils sont morts à vingt ans,
pour nos lendemains:
ils sont morts comme de vieux partisans.

Marino Serri est mort,
est mort Afro Tondelli,
mais les yeux de ses frères
sont restés secs.
Camarades, qu’il soit bien clair
que ce sang amer,
versé à Reggio Emilia
est notre sang à tous.

Sang de notre sang,
nerfs de nos nerfs,
comme il fut celui des frères Cervi.

Le seul véritable ami
que nous avons maintenant à notre côté
est toujours celui-là même
qui fut avec nous dans la montagne;
et l’ennemi actuel
est pareil encore et toujours
à celui que nous combattions
dans nos montagnes et en Espagne;

pareille est la chanson
que nous devons chanter:
« Chaussures usées, et pourtant il faut partir… »

Camarade Ovidio Franchi,
camarade Afro Tondelli,
et vous, Marino Serri,
Reverberi et Ferioli,
nous devrons tous
avoir, désormais,
vous autres à nos côtés
pour ne pas nous sentir seuls.

Morts de Reggio Emilia,
sortis de la tombe
dehors, pour chanter avec nous « Le Drapeau rouge »!

Traduit de l’italien par Olivier Favier.

Lauro Farioli, ouvrier, 22 ans, est l’une des cinq victimes de la police au soir du 7 juillet 1960 à Reggio Emilia. Les autres s’appelaient Ovidio Franchi, Emilio Reverberi, Marino Serri et Afro Tondelli. Tous étaient inscrits au PCI.

Per i morti di Reggio Emilia (1961)

Testo e musica di Fausto Amodei

Compagno, cittadino,
fratello partigiano,
teniamoci per mano
in questi giorni tristi:
di nuovo a Reggio Emilia,
di nuovo là in Sicilia
son morti dei compagni,
per mano dei fascisti.

Di nuovo, come un tempo,
sopra l’Italia intera
« Fischia il vento e urla la bufera ».

A diciannove anni
è morto Ovidio Franchi
per quelli che son stanchi
o sono ancora incerti.
Lauro Farioli è morto
per riparare al torto
di chi s’è già scordato
di Duccio Galimberti.

Son morti sui vent’anni,
per il nostro domani:
son morti come vecchi partigiani.

Marino Serri è morto,
è morto Afro Tondelli,
ma gli occhi dei fratelli
si sono tenuti asciutti.
Compagni, sia ben chiaro
che questo sangue amaro,
versato a Reggio Emilia
è sangue di noi tutti.

Sangue del nostro sangue,
nervi dei nostri nervi,
come fu quello dei fratelli Cervi.

Il solo vero amico
che abbiamo al fianco adesso
è sempre quello stesso
che fu con noi in montagna;
ed il nemico attuale
è sempre ancora eguale
a quel che combattemmo
sui nostri monti e in Spagna;

uguale è la canzone
che abbiamo da cantare:
« Scarpe rotte, eppur bisogna andare… »

Compagno Ovidio Franchi,
compagno Afro Tondelli,
e voi, Marino Serri,
Reverberi e Ferioli,
dovremo tutti quanti
aver, d’ora in avanti,
voi altri al nostro fianco
per non sentirci soli.

Morti di Reggio Emilia,
uscite dalla fossa
fuori, a cantar con noi « Bandiera Rossa »!