Giovanni Gentile: le chantre du fascime devenu « penseur en acte », par Olivier Favier.

 

L’institut Culturel italien de Paris l’annonce comme l’une de ses manifestations. Le samedi 2 février 2013, dans les locaux de la Sorbonne, se tiendra un colloque sur le philosophe italien Giovanni Gentile, dont les éditions Hermann publient deux ouvrages. Des universitaires français et italiens prendront part à la célébration, par ailleurs spécialistes de Bergson, Schmitt, Hegel, Nietzsche et Heidegger. Ces noms mis bout à bout vous font dresser l’oreille? Vous avez bien mauvais esprit.

 [rectificatif du 3 février 2013: j’ai assisté, avec l’écrivain metteur en scène et comédien Gerardo Maffei et quatre membres de l’ANPI, au « colloque » du 2 février -terme employé par  l’Institut culturel italien de Paris. Afin de lever toute ambiguïté, je précise que la liste ci-dessus -qui évoquait simplement une suite de philosophes impliqués dans les totalitarismes nazis et fascistes ou largement détournés par eux- a fait naître en moi une inquiétude dont les intervenants ne sauraient être tenus responsables. Les communications de Francesca Rizzo (Université de Messine, Italie), Évelyne Buissière (Lycée Champollion, Grenoble, France), Vincenzo Vitiello (Università Vita e Salute, Milan, Italie), Jean-Louis Vieillard-Baron (Université de Poitiers) et la modération de Jean-François Kervégan (Université de Paris 1 – Institut Universitaire de France), ont toutes été d’une parfaite rigueur scientifique, n’évoquant peu ou pas du reste -à mon regret en ce qui me concerne, mais ce regret ne porte que sur l’aspect strictement académique de cette demi-journée- l’aspect politique de l’œuvre de Giovanni Gentile -clairement spécifié,  et c’était l’essentiel, en introduction.

Cette œuvre, Vincenzo Vitiello a tenu à rappeler lors du débat qu’elle était « intrinsèquement fasciste », et que, « précisément pour cette raison », il convenait de « ne pas la laisser aux fascistes », de l’étudier aussi pour comprendre ce qui a rendu possible le développement de ce mouvement, comme ses fondements philosophiques. Il va sans dire que je souscris entièrement à ce projet louable et qu’il n’a jamais été dans mon intention, comme cela apparaît clairement du reste dans la suite de cet article, de limiter sur des critères idéologiques le possible des objets d’étude, par définition infinie.

Quant à Évelyne Buissière, elle m’a écrit aujourd’hui pour rapporter ces rectifications: « 1°/ Je ne suis pas universitaire, j’enseigne en classes préparatoires à Grenoble 2°/ Les noms des philosophes que vous citez ne me disent effectivement pas grand chose. »  Qu’elle veuille bien excuser mes inexactitudes.

Andrea Bellantone, organisateur du « colloque », a pris ses distances quant à l’annonce de l’évènement sur le site de l’Institut culturel italien de Paris par trois messages électroniques que vous trouverez reproduits ici. Il a par ailleurs affirmé être le rédacteur d’un communiqué tout différent envoyé au dit Institut, lequel l’aurait modifié selon les modalités que l’on sait. S’il n’a pas souhaité nous communiquer le texte qu’il avait rédigé, il ne saurait être tenu responsable en ce qui nous concerne de propos rendus publics par et sur un site qui de fait engage seul sa propre responsabilité.

Marina Valensise, directrice de l’Institut culturel italien de Paris, était présente à l’évènement en tant que partenaire. Elle a quitté la salle avant la fin des interventions. Le débat qui s’est tenu ensuite entre les représentants de l’ANPI, Gerardo Maffei, moi-même et les intervenants du colloque a donc eu lieu en son absence. De fait, si le communiqué publié sur son site a été modifié avant la tenue du colloque, nous demeurons sans  explication quant à sa rédaction première. Celle-ci , à ce jour [3 février 2013 à 16h54], n’apparaît plus, à ma connaissance, et malgré mes demandes répétées, que sur le site de l’Italie à Paris, sous la signature de Francesco Romanello. Ce dernier a refusé par écrit de publier mon commentaire, par téléphone, il a refusé aussi de modifier le communiqué selon les nouveaux termes employés par l’Institut culturel italien de Paris.]

[Ajout du 14 février: une pétition a été lancée à l’intiative de Bruna Lo Biundo, Maria Cristina Mastrangeli, Gerardo Maffei et moi-même en vue d’obtenir des explications concernant le texte initialement publié sur le site de l’Institut culturel italien de Paris: le texte de présentation, écrit par Maria Cristina Mastrangeli, résume les propos contenus dans cet article. Ceux qui ne lisent pas l’italien pourront donc s’y référer.]

« L’ESPRIT, ACTE PUR ».

Sur le site de l’éditeur, le livre de Giovanni Gentile est présenté ainsi:

“Ouvrage majeur de la philosophie européenne, ce livre signe la limite extrême et la plus cohérente du subjectivisme moderne. De Descartes à Kant, de Kant à Hegel, jusqu’à son propre «actualisme», Giovanni Gentile synthétise dans sa philosophie de l’esprit le parcours historique du moderne [c’est moi qui souligne]. La philosophie « actualiste » a voulu identifier toute réalité avec l’acte de la pensée qui se cherche. Réalisation sublime et en même temps inquiète de l’immanentisme, la philosophie de Gentile s’élève encore aujourd’hui comme un monument à la puissance et à la force de la pensée. Chef-d’œuvre encore peu connu en France, L’Esprit, acte pur est aujourd’hui nouvellement mis a disposition du lecteur dans la belle traduction d’Aline Lion [laquelle date de 1925, éditions Félix Alcan].”

Un tel éloge invite à en savoir plus sur un auteur dont les Français, à l’exception de quelques historiens – et sûrement pas des philosophes- n’ont jamais entendu parler. Aussi l’éditeur se donne-t-il la peine de nous le présenter:

“Giovanni Gentile (1875-1944), philosophe de l’actualisme, a représenté, avec Benedetto Croce et Antonio Gramsci, une des voix les plus profondes et fortes de la pensée italienne du XXe siècle. Parmi ses ouvrages, il faut rappeler La réforme de la dialectique hégélienne, Le système de logique comme théorie du connaître, La philosophie de l’art, Genèse et structure de la société.”

 

LE TROISIÈME HOMME.

Benedetto Croce (1866-1952) est ministre de l’Instruction publique juste après la première guerre mondiale, dans le dernier gouvernement Giolitti. Il a avec le fascisme des rapports pour le moins ambigus. Il le soutient d’abord jusqu’à l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteoti en 1924, meurtre clairement “assumé” par Mussolini l’année suivante. Passé les protestations, il vote de nouveau la confiance au régime en 1925. En 1935, il participe activement à la « Journée de la Foi » en 1935, qui invite les Italiens à faire don de leurs anneaux de mariage pour soutenir la Guerre en Éthiopie. Il fait mieux: il donne sa médaille de sénateur, elle date d’un temps où le fascisme n’existait pas encore, où Benito Mussolini était encore un socialiste révolutionnaire. En 1938, Benedetto Croce refuse pourtant de signer le Manifeste de la Race, qui instaure une ségrégation à l’égard des Juifs en métropole, et rend la vie des colonisés encore plus insupportable.

Président du Parti libéral en 1944, faisant œuvre de médiateur entre les fascistes ralliés et les antifascistes, entre les monarchistes et les républicains, il est frappé d’une attaque cérébrale en 1949 qui le laisse paralysé. Il meurt dans son fauteuil en 1952.

Benedetto Croce, dans son bureau à Naples en 1946. Photo: Federico Patellani.

Antonio Gramsci (1891-1937) est le cofondateur du Parti Communiste Italien. Marxiste hétérodoxe, il passe onze années de sa vie dans les prisons du régime. Un magistrat fasciste a estimé qu’ainsi “on empêcherait ce cerveau de penser”. C’est un mauvais calcul, car Gramsci écrit des Carnets de prison, toujours considérés comme son œuvre majeure. Il y développe des concepts qui font date, comme ceux d’“hégémonie culturelle” et d’“intellectuel organique”. Dans une lettre, il laisse aussi cette phrase -qui pourrait bien éclairer ce récit: « Je suis pessimiste avec l’intelligence, mais optimiste par la volonté. »

Quand on le libère enfin, Antonio Gramsci est épuisé et malade. Il meurt, quelques semaines plus tard, dans un lit d’hôpital.

Rome, 1961: Pier Paolo Pasolini devant « les cendres de Gramsci » auxquelles il a consacré un poème, quatre ans plus tôt. « Il n’est pas de mai cet air impur/ que le sombre jardin étranger/ fait encore plus sombre ou l’éblouit/ d’éclaircies aveugles. »

Avec ou sans mauvais esprit, deux choses ont pu vous frapper. Selon l’éditeur Hermann, la philosophie italienne du vingtième siècle a cessé de produire des œuvres notables en 1949: des auteurs comme Gianni Vattimo, Antonio Negri, Giorgio Agamben ou Giorgio Colli -qui seront connus, de nom au moins, à un nombre appréciable de lecteurs français- sont tout simplement ignorés.

Vous remarquerez ensuite que Benedetto Croce et Antonio Gramsci ont en commun une importante carrière politique. Dans le premier cas, elle demeure bien plus marquante qu’une œuvre aujourd’hui désuète. Aux yeux des chercheurs, Benedetto Croce est au mieux un historien de la philosophie. Mais ce n’est pas un philosophe.

Qu’en est-il du troisième? Avant que de répondre à votre curiosité, il faut citer in extenso l’annonce de l’Institut Culturel Italien de Paris, que Marina Valensise dirige depuis septembre 2012:

Giovanni Gentile: une pensée en acte: “À l’occasion de la traduction en français de L’esprit, acte pur et de La Renaissance de l’idéalisme aux Editions Hermann, le spécialiste du philosophe italien, Andrea Bellantone, qui enseigne à l’Institut Catholique de Paris, organise un colloque à la Sorbonne pour présenter la pensée d’un grand de la philosophie du XXème siècle, Giovanni Gentile, le philosophe de l’idéalisme qui fut le théoricien de l’acte pur, le refondateur du lycée italien et qui finit tragiquement ses jours, victime de la guerre civile en 1944, assassiné à Florence par une bande de partisans.”

 

UNE « FIN TRAGIQUE »…

La “guerre civile”? Ce n’est qu’une part mineure de la réalité, car en Italie, comme en France après juin 1944, sont d’abord en guerre, de juillet l943 à avril 1945, l’Allemagne nazie et les Alliés. En juillet 1943, le Régime fasciste fait arrêter Mussolini et signe un armistice en septembre. Le dictateur déchu est libéré par un commando de parachutistes allemands et recompose, avec les irréductibles, une république dans le nord du pays, dans les faits à la solde zélée de l’occupant nazi. Le peuple italien, dans son écrasante majorité, attend comme en France la fin du conflit. Le sud n’a pas d’autre choix que de se plier au gouvernement provisoire et aux armées alliées. Au nord, une infime minorité choisit entre la Résistance et le Nazifascisme. Dans les rangs du second, nombreux sont aussi les enrôlés de force. C’est à cette République-là, la République Sociale Italienne, que font depuis référence les nostalgiques du fascisme, historiquement rassemblés dès l’après-guerre dans le MSI, Mouvement Social Italien. La reconstitution d’un parti “fasciste” à proprement parler est interdit par une disposition transitoire de la Constitution, confirmée par une loi de 1952.

Que peut donc motiver l’action autonome du Groupe d’Action Patriotique qui, le 15 avril 1944, dans la Toscane occupée, abat à bout portant un homme de 69 ans qui se penche à la fenêtre de sa voiture? L’action fait débat, condamnée par le peintre communiste Ottone Rosai chez qui les partisans trouvent aussitôt refuge, condamnée encore par le Parti d’Action, mais revendiquée a posteriori par la section florentine du Parti Communiste. Elle fait débat parce que l’homme a été tué non dans une action de guerre, mais lors d’un attentat. Il s’agit d’un vieil homme, et non d’un militaire. Et pourtant…

Le 30 mars 1944, Giovanni Gentile a reçu une carte postale où il est écrit: “Toi comme représentant du néofascisme tu es responsable de l’assassinat de cinq jeunes gens le matin du 22 mars 1944.”

Ces cinq-là ont été fusillés parce que réfractaires à l’enrôlement forcé. Ils avaient tous vingt-et-un ans. Ils sont restés dans l’Histoire comme les « Martyrs du champ de mars ».

Les funérailles de Giovanni Gentile, le 18 avril 1944, devant l’entrée de la Cathédrale de Florence.

 

… ET VINGT-DEUX ANNÉES AU SERVICE DU FASCISME.

Remontons dans le temps. En octobre 1922, le professeur Giovanni Gentile est nommé Ministre de l’Instruction publique du premier gouvernement fasciste, qui accède au pouvoir après la Marche sur Rome. Il est connu jusque là comme un tenant de la droite libérale. L’année suivante, il adhère au Parti National Fasciste et écrit une lettre à Mussolini, qui paraît sur plusieurs journaux: « Étant libéral, d’une conviction profonde et ferme, je me suis persuadé, dès que j’ai eu l’honneur, d’assister de près aux développements des principes qui sont à la base de votre politique, que le libéralisme, tel que je le conçois et qu’il a été conçu par les hommes de le Droite glorieuse qui inspira l’Italie du Risorgimento, le libéralisme de la liberté dans la loi, donc dans l’État fort et conçu en tant que réalité éthique, n’est pas représenté aujourd’hui en Italie par les libéraux qui sont plus ou moins ouvertement contre vous, mais par vous-même. »(1)

Après l’assassinat de Giacomo Matteotti, il démissionne, aidant ainsi le Duce à sortir de la crise politique qui manque de l’emporter. Quelques mois plus tard, alors que ce dernier a promulgué des lois spéciales, il écrit le « Manifeste des Intellectuels fascistes »: les opposants sont invités « avec une patience généreuse » après avoir abandonné le terrain de la lutte parlementaire, à en faire de même « avec celui de l’illégalité [l’opposition de principe au gouvernement] pour reconnaître que la partie de vie et de vérité survivant dans leurs programmes est partie intégrante du programme fasciste, mais une forme plus hardie, plus complexe, mieux conforme et à la réalité historique et aux besoins de l’esprit humain. »(2). Benedetto Croce répond alors par un Contre-manifeste. La même année, Giovanni Gentile crée « l’Institut national de culture fasciste », qu’il dirige jusqu’en 1937. Bien que condamnant à titre privé les lois raciales de 1938, il est le premier signataire du Manifeste de la race. Durant toute cette période, il s’affirme comme la caution libérale et laïque -il s’oppose au Concordat de 1929- d’un régime dont il est en même temps le principal théoricien.

Son texte politique majeur est un discours qu’il prononce lui aussi en 1925, intitulé « Qu’est-ce que le fascisme. ». On peut y lire:

« Toute force est morale, parce qu’elle est s’adresse toujours à la volonté: et quelque soit l’argument utilisé -du sermon au gourdin- son efficacité ne peut être autre que celle que sollicite pour finir intérieurement l’homme et le convainc d’admettre. Quel doit être ensuite la nature de cet argument, le sermon ou le gourdin, ce n’est pas là matière à discussion abstraite. Chaque éducateur sait bien que les moyens d’agir sur la volonté doivent varier selon les tempéraments et selon les circonstances. »(3)

Fin 1943, il se rend à Salò, capitale du régime fasciste reconstitué et décide de demeurer fidèle à Benito Mussolini. Il écrit presque aussitôt l’article « Reconstruire », où il invite à « nier la légitimité de la reddition » mais « à frapper le moins possible, à aller à la rencontre des masses pour conquérir leur confiance et les rappeler à la conscience du devoir commun ».(4) Cette clémence apparente cède le pas dès janvier à la réalité d’une « guerre civile »: « Un drapeau s’est levé, un seul. Un homme le tient en main qui a eu la confiance de tous les Italiens et est apparu comme la voix antique et toujours vivante de la Patrie. » Dès lors, il faut « frapper inexorablement l’opiniâtreté des irréductibles récalcitrants » mais aussi « s’opposer aux incertains, aux indécis, en ne leur demandant rien que ce qui est nécessaire à cette pacification des âmes et à la fusion des esprits dans un volonté concordante d’italianité ».(5).

Pris dans ses contradictions, il s’efforce comme d’autres d’éviter l’exécution ou la déportation d’amis et de connaissances, en appelle à la clémence devant certaines violences jugées « excessives ». Dans un dernier article, ils assimilent pourtant les attentistes aux « déserteurs », et les rappelle à une « collaboration disciplinée ». Intitulées le Sophisme des prudents, ces lignes sont publiées fin mars 1944, après la mort d’un auteur qui, cette fois-là, ne l’aura pas été assez.

Giovanni Gentile prononce son « Discours aux Italiens » le 24 juin 1943.

 

LES CHOIX DE MARINA VALENSISE

Entendons-nous bien. Que l’actuelle directrice de l’Institut Culturel italien soit la fille d’un ancien secrétaire-adjoint et député du MSI n’autorise en rien l’auteur de ces lignes à préjuger de ses opinions politiques, et il se garderait bien évidemment de le faire. Le Corriere della Sera fait le portrait élogieux d’une journaliste par ailleurs biographe de Nicolas Sarkozy (Une leçon française, en 2008) et disciple de François Furet (dont elle a traduit Le Passé d’une illusion en 1995). On en déduira simplement qu’elle a de solides connaissances sur l’histoire du vingtième siècle et notre passé politique récent. Ce prestigieux journal ajoute qu’elle écrit sur Il foglio qui la présente à son tour comme venant d’une famille « d’honnêtes propriétaires terriens engagés en politique ».

Il apparaît en revanche regrettable qu’elle ait choisi de rendre payantes une grande partie des activités du seul organisme public financé par l’État italien, parmi ceux qui s’occupent de la diffusion de la langue et de la culture italiennes à Paris. Qu’elle ait accompagné ce choix d’un appel à “souscriptions” pourra laisser songeur. Mais que le dit appel soit nommé “campagna tricolore” est, veut-on croire, d’une simple maladresse qui aura pourtant prêté à sourire ceux qui, assez nombreux en fait, ont bien mauvais esprit.

Une scène du film Salò ou les 120 journées de Sodome de Pier Paolo Pasolini (1975).

Pour aller plus loin:

  • Une défense de Bruno Fanciullacci, l’exécuteur de Giovanni Gentile, par le collectif littéraire Wu Ming (en italien et en anglais). Rappelons simplement que le premier attentat de la résistance française, commis par le partisan communiste Pierre Georges, consiste dans l’exécution d’un militaire allemand choisi “au hasard”, en l’occurrence un aspirant de marine de 31 ans, Alfons Moser, à la station de métro Barbès-Rochechouart, de deux balles de 6.35mm. Alfons Moser est dans le civil le petit employé d’une institution bancaire, et père de deux enfants. Cet attentat et ceux qui s’ensuivent entraînent de lourdes représailles. À Londres, le général de Gaulle exprime son désaccord tactique mais affiche son soutien moral, partagé par Maurice Schumann. Dès 1945, le surnom de Pierre Georges est donné au métro Colonel Fabien. Héros en-deçà des Alpes, assassin au-delà?
  • [L’auteur de ces lignes tient à dire qu’à titre personnel la consigne donnée au PCF “à chacun son Allemand” lui semble dans l’exacte continuité de la logique de la Grande Guerre et qu’elle lui fait horreur. Mais que la mort d’un “intellectuel fasciste”, ayant toute sa vie défendu l’idée d’une “pensée en acte” et renouvelant, dans les jours précédant sa mort, de clairs appels à la violence, dans le cadre d’une guerre déclarée et effective sur le terrain dans lequel il évolue, ne soulève en lui aucune émotion particulière, sinon le regret de voir mourir n’importe quel être humain. Ce qui précède l’autorise à faire une claire différence entre la mort de Giovanni Gentile et celle de Robert Brasillach, qui, sans l’attrister, ne lui semble pas justifiable puisque seule expression d’une vengeance, même s’il en situe clairement l’origine.]
  • Un essai d’Adriano Tilgher, Lo spaccio del bestione trionfante. Stroncatura di Giovanni Gentile, un libro per filosofi e non-filosofi (La vente de la grosse bête triomphante. Éreintage de Giovanni Gentile), Turin, Pietro Gobetti, 1925. L’ouvrage, non traduit en français, a été plusieurs fois réédité en italien. On rappellera que son éditeur, par ailleurs auteur de la toujours lue Révolution libérale, est mort à l’âge de 25 ans en 1926 dans son exil français. Les sévices infligées par les fascistes ont eu raison de sa santé fragile.
  • L’Italie et ses crimes, un mausolée pour Graziani, par Olivier Favier.
  • La rubrique “L’Italie derrière la mémoire”.
  • Le site de l’ANPI, Associazione Nazionale Partigiani d’Italia.

 Pièces jointes:

  • Capture d’écran des éditions Hermann

(cliquer sur l’image pour l’agrandir).

 

  • capture d’écran de l’Institut culturel italien de Paris
  

(cliquer sur l’image pour l’agrandir).

  1. Voir F.E. Boffi, La riforma scolastica e l’ufficcio stampa del gabinetto Gentile, Palerme-Rome, Remo Sandron, Ed., 1925. []
  2. Cf. E.R. Papa, Storia di due manifesti, Milan, Feltrinelli, 1958. []
  3. G. Gentile, Che cosa è il fascismo. Discorsi e polemiche, Firenze, Vallecchi, 1925, p. 51. []
  4. Gabriele Turi, Giovanni Gentile, una biografia, Giunti, 1995. p. 514 []
  5. Ibid. page 516 []