L’essentiel, par Mauro Fabi.

 

Depuis neuf ans, tous les matins, je prends le même
autobus pour aller travailler.
Les gitanes aussi qui habitent dans les immeubles HLM
prennent cet autobus, à la même heure,
et descendent peu avant le terminus, à un carrefour
très fréquenté. Cette place est la leur.
L’autobus met presque une heure pour faire six kilomètres,
un tiers de la distance qui sépare ma maison
de mon bureau.
Pendant tout ce temps j’écris. Pas toujours,
pas tous les matins. Les poésies que j’écris pendant que l’autobus
est plongé dans la circulation je les recopie sur l’ordinateur
et je les ajuste, je les range, puis je les sépare,
je les regroupe en sections, et enfin, quand le livre est prêt,
quand livre il y a, je l’envoie à l’éditeur.
J’ai écrit deux livres assis dans cet autobus
crasseux, et un troisième est presque prêt.
Le soir, quand je rentre, et j’ai la tête un peu lourde,
je ne fais rien, j’essaie de ne pas penser, je regarde dehors.
Et qu’est-ce que je vois?
Si je me pose cette question je ne sais pas quoi me répondre.
Donc je ne vois rien, pourrait-on dire.
Mais ce crépuscule aux couleurs contre nature, ce rose-mercure
qui rebondit sur la mer, comme un incendie,
n’est-ce pas peut-être la partie la plus importante du voyage,
n’est-ce pas l’essentiel?

 

Poème extrait du recueil inédit Tous ces gens qui meurent, à paraître aux éditions Alidades en 2012.

 

L’essenziale

Da nove anni, tutte le mattine, prendo lo stesso
autobus per andare a lavorare.
Anche le zingare che abitano nei palazzi IACP
prendono quell’autobus, alla mia stessa ora,
e scendono poco prima del capolinea, ad un incrocio
molto trafficato. Quello è il loro posto.
L’autobus impiega quasi un’ora per fare sei chilometri,
un terzo della distanza che separa la mia casa
dal mio ufficio.
Durante tutto questo tempo scrivo. Non sempre,
non ogni mattina. Le poesie che scrivo mentre l’autobus
è immerso nel traffico le ricopio al computer
e le aggiusto, gli do una sistemata, poi le separo,
le raggruppo in sezioni, e infine, quando il libro è pronto,
quando il libro c’è, lo mando all’editore.
Ho scritto due libri seduto sopra questo lercioso
autobus, e un terzo è quasi pronto.
La sera, quando ritorno, e ho la testa un po’ pesante,
non faccio niente, cerco di non pensare, guardo fuori.
E cosa vedo?
Se mi pongo questa domanda non so cosa rispondermi.
Dunque non vedo nulla, si potrebbe dire.
Ma quel tramonto dai colori innaturali, quel rosa-mercurio
che rimbalza sul mare, come un incendio,
non è forse la parte più importante del viaggio,
non è l’essenziale?

 

Poesia inedita in italiano. Uscirà nel 2012 da Alidades nella raccolta Tutta questa gente che muore.