La poésie et la vérité, par Mauro Fabi.

Je ne crois pas que la poésie représente une autre manière de « nommer » les choses. En pareil cas nous devrions postuler l’existence de différents niveaux de langage et de différents niveaux de compréhension, et tout prendrait un air vaguement technique, qu’on pourrait réduire à une capacité à décoder.
Je ne crois pas non plus que la poésie doive être forcément « incompréhensible ». En Italie, il semble que le caractère incompréhensible d’un texte poétique soit la garantie de sa qualité (je ne parle pas de « succès » parce que chez nous presque personne ne lit des livres de poésie et donc ces livres-là ne se vendent pas). Je fais référence par exemple à la poésie de Zanzotto, pour citer un auteur sûrement connu en France, mais aussi à Sanguineti, autre poète énormément surestimé chez nous. C’est un peu comme la musique classique contemporaine, comme écouter du Berio, ou de la musique classique japonaise.
Si un texte a besoin d’un tel apparat qu’il en devienne nécessaire de le décoder pour le comprendre, disons à grands traits, alors nous pouvons sans aucun doute affirmer que ce texte est raté. Si les vaches aiment écouter Mozart et non Berio, il doit y avoir une raison.
Donc la poésie ne nomme rien. Si on est heureux, si l’alchimie du vers réussit, nous pouvons parler de sa musicalité (dans l’acception harmonique que nous sommes habitués à donner au mot « musique »), et en pareil cas en être satisfaits. En vérité c’est seulement un aspect du problème ou des problèmes que peut soulever un texte poétique. Il faut évidemment se demander si à la musicalité d’un vers doit forcément se joindre une profondeur du signifié. Parfois oui et parfois non. Parfois ce n’est pas nécessaire : l’histoire des petites chansons d’été qui tournent toute entière autour d’un petit air central très facile à retenir et revêtu d’un texte insignifiant, montre que cette musique entre dans notre tête pendant des semaines sans aucune raison apparente, qu’elle n’a pas de valeur, qu’elle n’a pas de raison, et que pourtant elle est là.
La même chose se produit pour le vers. Il y a des poésies assez stupides, qui ne jettent aucune lumière sur rien, et pourtant elles touchent on ne sait quelles cordes de notre âme.
Naturellement, il n’y a pas de raison apparente pour qu’un ré mineur nous rende immanquablement triste, surtout s’il est précédé d’un do majeur, et pourtant le signifié profond de n’importe quelle partition musicale tient tout entier en cela. Avec la musique nous ne nous trouvons pas devant des mots, c’est à dire devant quelque chose auquel on est habitué à donner un signifié tel qu’il puisse être compris par tout le monde et tout de suite, mais devant un phénomène que je pense en grande partie inexplicable. Avec la poésie il se produit absolument la même chose. Bien sûr c’est paradoxal, parce que la poésie ne repose pas sur des choses impalpables comme les notes de musique, mais sur le langage justement, sur les mots. Remarquez bien : il y a une grosse différence entre une poésie imprimée sur une feuille et la même poésie lue à haute voix. Je veux dire que le terrain sur lequel évolue la poésie (les cordes de notre esprit qu’elle parvient à toucher) est le même que celui de la musique. Cela se produit même si une poésie n’est pas intrinsèquement dotée de musicalité, et c’est le cas où le poète est le moins heureux et où l’alchimie ne se produit pas.
Faut-il avoir reçu une éducation particulière à la compréhension de la poésie ? Pas plus qu’une vache à la musique quand elle écoute Mozart et fait monter la production de lait d’une exploitation.
Une seule condition : qu’on écrive le vrai. La fiction appartient au roman, la vérité à la seule poésie.

in Mauro Fabi, Le Domaine des morts, Évian, Alidades, 2010. Livre en vente sur notre site.

 

LA POESIA E LA VERITÀ

Io non credo che la poesia rappresenti un altro modo di “nominare” il mondo. In tal caso dovremmo postulare diversi livelli di linguaggio e a diversi livelli di comprensione, e tutto assumerebbe un’aria vagamente tecnica, riducibile a capacità di decodificazione.
Nemmeno credo che la poesia debba essere per forza “incomprensibile”. In Italia sembra che l’incomprensibilità di un testo poetico faccia da garanzia alla sua qualità (non parlo di “successo” perché da noi quasi nessuno legge libri di poesia e dunque tali libri non si vendono). Mi riferisco per esempio alla poesia di Zanzotto, per citare un autore sicuramente noto in Francia, ma anche di Sanguineti, altro poeta enormemente sopravvalutato da noi. E’ un po’ come la musica classica contemporanea, come ascoltare Berio, o la musica classica giapponese.
Se un testo ha bisogno di un apparato tale da richiedere una sua decodificazione per essere compreso, diciamo a grandi linee, allora possiamo senz’altro affermare che quel testo ha fallito.
Se alle mucche piace ascoltare Mozart e non Berio ci sarà un motivo.
Dunque la poesia non nomina alcunché. Se si è fortunati, se l’alchimia del verso riesce, possiamo parlare di una sua musicalità (nell’accezione armonica che siamo usi dare alla parola “musica”), e in tal caso esserne soddisfatti. Invero questo è solo un aspetto del problema o dei problemi che può sollevare un testo poetico. Bisogna naturalmente chiedersi se alla musicalità di un verso debba necessariamente unirsi una profondità di significato. A volte sì e a volte no. A volte ciò non è necessario: la storia delle canzonette estive che ruotano tutte intorno ad un motivetto centrale molto orecchiabile al quale fa da corredo un testo irrilevante, dimostra che quella musica ci entra in testa per settimane senza alcun apparente motivo, non ha valore, non ha senso, eppure sta lì.
Accade la stessa cosa per il verso. Ci sono poesie di per sé abbastanza stupide, che non gettano luce su alcunché, eppure toccano chissà quali corde del nostro animo.
Naturalmente non c’ alcun motivo apparente per cui un re minore debba intristirci, soprattutto se preceduto da un do maggiore, eppure il significato profondo di qualunque partitura musicale sta tutto qui. Con la musica noi ci troviamo di fronte non a parole, a qualcosa cioè a cui si è convenuto dare un significato tale da poter essere compreso da tutti e subito, ma a un fenomeno che reputo in gran parte inspiegabile. Con la poesia accade la stessa identica cosa. Certo è paradossale, perché la poesia non si regge su cose impalpabile come le note musicali, ma proprio sul linguaggio, sulle parole. Fateci caso: c’è una grossa differenza tra una poesia stampata su un foglio e la stessa poesia letta ad alta voce. Voglio dire che il terreno sul quale si muove la poesia (le corde del nostro animo che riesce a toccare) è lo stesso terreno della musica. Questo accade anche se una poesia non è intrinsecamente dotata di musicalità, e questo è il caso in cui il poeta è meno fortunato e l’alchimia non riesce.
Bisogna essere educati alla comprensione della poesia? Non più di una mucca alla musica quando ascolta Mozart e fa aumentare la produzione di latte di un’azienda.
Unica condizione: che si scriva il vero. La finzione è del romanzo, della poesia è solo la verità.

Versione originale italiana pubblicata nel libro Le domaine des morts / Il dominio dei morti, Évian, Alidades, 2010. In vendita sul sito.