Mauro Fabi, par Carlo Bordini.

 
Mauro Fabi est un poète au registre très vaste. Dans son livre Le moteur de verre se fait jour toute une série de projets: de la chronique du tourment de la vie réelle et des désamours familiaux, écrite sur un ton volontairement prosaïque, à celle des expériences de l’hospitalisation (sur lesquelles il a écrit des vers inoubliables), à l’attente de la mort vécue comme dans une lumière métaphysique. Mais il y a aussi d’autres registres, comme celui de l’utopie des amours non vécus ou perdus, où le langage se fait délirant, visionnaire et quelquefois brisé. Mauro Fabi est un poète qui ne connaît pas encore ses limites. La réflexion sur le sens de la vie est toujours présente en lui, c’est le liant de sa poétique. Parfois, dans le Moteur de verre, le langage se fait beaucoup plus élevé et acquiert un souffle philosophique, métaphysique, dans une suite d’élégies où il cherche le sens de la finitude de la vie humaine. On pourrait parler de la religiosité d’un laïc, chez qui la réflexion autour du sens de la vie débouche sur celle autour du sens et de la valeur de la mort. Mauro Fabi, en plus d’être, pour l’auteur de ce texte, un des meilleurs poètes de l’Italie contemporaine, est un poète pensif, noblement pensif.

Dans les poésies qui composent ce petit livre, ce caractère réflexif s’exprime dans toute sa noblesse. Dans ces poésies, qui sont le noyau d’un livre plus vaste encore en élaboration, l’élément de la mort est privilégié et acquiert pour ainsi dire un caractère absolu. En réalité Mauro Fabi part de la mort pour raconter la vie. Les morts qui émergent de ses portraits sont des morts égarés, fragiles, ils ont froid; c’est comme s’ils étaient en réalité des vivants apeurés et souffrants, qui ne se souviennent pas. On y trouve beaucoup de pitié; on y trouve en réalité de la pitié pour nous-mêmes, pour nous autres vivants. Les morts éprouvent de la honte à être vus, ils ont honte au fond d’être morts et en réalité de n’avoir jamais été vivants (ici je crois que Mauro Fabi a touché le point sensible de l’inanité de la vie: « Les morts n’ont jamais été vivants ils n’ont / jamais nagé en pleine mer »). En réalité le vie est déjà une mort anticipée, quand la « chaleur humaine » qui « stagne » est « à peine suffisante pour embuer les fenêtres ». « ces couleurs implicites qu’ont les choses / quand elles s’achèvent » Cette douleur immobile n’est en rien celle de quelqu’un qui s’apitoie sur son sort. La poésie sur les mots est très lucide: les mots sont fragiles parce que le monde qu’ils ne décrivent pas en réalité n’existe pas. Il y a, dans la poésie de Mauro Fabi, une conscience qui, subtilement, sans bruit, donne sur le visionnaire.

Postface à Mauro Fabi, Le domaine des morts / Il dominio dei morti, Évian, Alidades, 2010. Livre en vente sur notre site.

Mauro Fabi, Charleville-Mézières, 2010. Photo: Olivier Favier.

Mauro Fabi è un poeta che ha un registro molto ampio. Nel suo libro Il motore di vetro sono presenti i semi di tutta una serie di impostazioni: dalla cronaca dello strazio della vita reale e dei disamori familiari, scritta con un tono volutamente prosastico, alla cronaca delle esperienze ospedaliere (su cui ha scritto versi indimenticabili), all’attesa della morte vissuta come in una luce metafisica. Ma vi sono anche altri registri, come quello dell’utopia degli amori non vissuti o persi, in cui il linguaggio si fa delirante, visionario e a volte spezzato. Mauro Fabi è un poeta che non conosce ancora i propri limiti. La riflessione sul senso della vita è in lui sempre presente, è l’elemento collante della sua poetica. A volte, nel Motore di vetro, il linguaggio si fa molto alto ed acquista un respiro filosofico, metafisico, in una serie di elegie in cui si cerca il senso della finitezza della vita umana. Si potrebbe parlare della religiosità di un laico, in cui la continua riflessione sul senso della vita sfocia nella riflessione sul senso e sul significato della morte. Mauro Fabi, oltre ad essere, a giudizio di chi scrive, uno dei poeti migliori dell’Italia contemporanea, è un poeta pensoso, nobilmente pensoso.

Nelle poesie che compongono questo piccolo libro questo carattere riflessivo si esprime in tutta la sua nobiltà. In queste poesie, che sono il nucleo di un libro più ampio ancora in formazione, l’elemento della morte viene privilegiato ed acquista per così dire un carattere assoluto. In realtà Mauro Fabi parte dalla morte per narrare la vita. I morti che emergono dai suoi ritratti sono morti smarriti, fragili, hanno freddo; è come se fossero in realtà dei vivi impauriti e sofferenti, che non ricordano. C’è molta pietà; c’è in realtà pietà per noi stessi, per noi vivi. I morti provano vergogna ad essere visti, in fondo si vergognano di essere morti e di non essere in realtà mai stati vivi (qui credo che Mauro Fabi abbia toccato il punto sensibile dell’inanità della vita: « I morti non sono mai stati vivi non / hanno mai nuotato nel mare aperto »). In realtà la vita è già una morte anticipata, quando il “calore umano” che “ristagna”, è “sufficiente appena ad appannare i finestrini”. “Quei colori impliciti che hanno le cose / quando si esauriscono”. Non c’è nulla di autocommiserativo in questo dolore fermo. La poesia sulle parole è lucidissima: le parole sono fragili perché il mondo che esse non descrivono in realtà non esiste. C’è, nella poesia di Mauro Fabi, una consapevolezza che sottilmente, e senza clamori, dà sul visionario.