Les jardins de la Villa d’Este, par Olivier Favier.

 
Le Monte Catillo est un sommet désolé et biblique, sagement parsemé d’oliviers. De l’autre côté de la vallée de l’Aniene, au cours vert et tranquille et aux rives noyées de végétation luxuriante, s’étend la ville de Tivoli, meurtrie par la furie guerrière, morne et désenchantée. Les jardins de la villa d’Este dévalent la colline, pressant la terre secrètement fertile sous l’aridité apparente, comme une immense oasis. La forêt domaniale a depuis longtemps disparu, laissant à l’ennui du musée de médiocres tableaux de chasse et de longs couteaux mortifères. Au loin, les grands immeubles et les usines entaillent un monde sans désir, dont le soleil a éteint les couleurs. Mais l’eau ruisselle obstinément des seins de granit, comme des bouches béantes et mâles qui sont leurs instruments passagers. L’eau est le royaume des femmes, comme la terre qui enfante, gardienne d’une vie en sommeil. L’aigle sans tête ne le saura jamais et son envol impossible est ce qu’il reste de la démesure des Empires, des conquêtes stériles et de l’absurde incongruité des rêves. Dans l’allée des gargouilles, un grand loup gris s’est figé sous le sortilège humain. Dans ce monde ordonné et courtois, l’amour a disparu, asocial et sauvage. Ses yeux de flamme ont refroidi dans la pierre et son corps est dissous dans la feinte éternité des hommes.

Qu’il crache encore sa semence inutile. Et que l’orage vienne dans cette anesthésie du sens, comme un orgasme originel.

Mes larmes iront jusqu’à la mer.

Août 2013

 

Tivoli, agosto 2013 © Olivier Favier.

Tivoli, agosto 2013 © Olivier Favier.

Tivoli, agosto 2013 © Olivier Favier.

Tivoli, agosto 2013 © Olivier Favier.

 

On notera que le jardinier de la villa d’Este à Tivoli, Pirro Legorio, est probablement aussi celui de Bomarzo.

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