Dublin 2 : le cauchemar se poursuit en exil, par Olivier Favier.

 
Il a 32 ans, elle 35. Ces fermiers de la province de Kham ont laissé leurs 3 enfants et leur vie au Tibet il y a quelques mois pour se rendre au Népal. Leur crime est le suivant: dans leur village, ils avaient fait placarder des affiches et écouter un disque du dalaï-lama. Passé l’Himalaya, un passeur leur a trouvé un avion pour la Hongrie. À Budapest, leur a-t-il expliqué, il y aurait une correspondance pour Paris, via un autre passeur. L’homme qui les attendait à l’aéroport le 11 juillet les a pris dans sa voiture, puis il les a laissés sur le bord de la route au motif d’un souci technique. Il n’est jamais revenu.

Arrêtés dans la rue par les policiers magyars, ils ont été menottés et jetés à l’arrière d’un véhicule. Comme il ne parvenait pas à porter son sac avec les mains liées, le jeune homme a été molesté. Son épouse a reçu des coups de pied dans le dos qui lui ont brisé une côte. Ces violences ont par ailleurs provoqué une fausse couche. Les mauvais traitements ont continué dans le centre d’internement où leurs empreintes ont été prélevées de force. Ils ont finalement réussi à prendre un train pour Paris où ils sont arrivés le 8 août. À Conflans, ils ont trouvé une place sur le bateau Je sers: une cabine de 8 m², sans chauffage, qui est un véritable luxe eu égard aux tentes et aux soubassements du pont voisin. C’est ici que s’entassent désormais plusieurs dizaines de leurs compatriotes.

Les radios du centre hospitalier de Versailles, le 13 août -suivies de soins minimums, puisqu’ils ne disposent pas de couverture médicale- n’ont révélé aucune lésion aux poumons ou à l’estomac chez la jeune femme. Ses douleurs n’ont pour autant pas disparu. Par pudeur, lit-on dans le rapport, elle a refusé l’examen gynécologique. Elle boite lourdement et présente quelques symptômes jugés peu inquiétants par le médecin. Il semble cependant qu’on n’ait pas pris sa température.

Le 30 octobre, en vertu du règlement de Dublin 2 qui détermine l’état responsable de l’accueil des réfugiés en fonction de leur point d’arrivée en Europe, ils se sont vus refuser une admission provisoire au titre du droit d’asile. Les autorités hongroises ont été avisées, est-il écrit sur un document qu’ils ont refusé de signer. Dans l’attente d’un nouveau rendez-vous en préfecture, leur séjour est autorisé jusqu’au 27 novembre. Au-delà, ils risquent de se voir signifier une expulsion vers un pays qui les a torturés. Parvenus en Hongrie, craignent-ils encore, on pourrait aussi décider de les renvoyer au Tibet.

Depuis leur départ, ils ont joint leur famille une seule fois.

Leurs enfants vont bien, me disent-ils.

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