Et les chattes mettent bas, par Guadalupe Grande.

 

 

Ainsi tu écoutes les choses de ta vie comme le miaulement d’un chat au fond du jardin
Tu te réveilles à l’aube et tu écoutes au fond tout au fond ce miaulement lointain de chat nouveau-né

Un été un autre un autre encore jusqu’à parvenir à cette nuit

Au fond du jardin au fond

Ainsi tu écoutes les choses de ta vie ainsi tu écoutes les choses du monde dans l’obscurité de la nuit en tâtant la peur de ne pas comprendre ou de ne pas vouloir le faire

et ce chat qui n’arrête pas de miauler et c’est une petite blessure tu ne sais pas de quoi tu ne sais pas de qui mais il reste là insistant criant de faim et de nuit au bord du danger au bord de l’abîme au bord du jardin une auto un phare et puis rien

et les miaulements continueront plus aveugles que toi et tu verras l’été prochain jusqu’à la prochaine canicule le son impuissant comme une onomatopée si peu lyrique que tu ne peux l’écrire te dis-tu

quiconque pourrait jamais penser qui serait ce quiconque en lisant cette onomatopée si lyriquement écrite si ridiculement sonore si vignette d’après-guerre

mais elle résonne elle résonne chaque nuit

et toi pour frôler la blessure tu te dis que tout commença ainsi avec une onomatopée avec un son tellement innommable comme maintenant le miaulement insistant du chat nouveau né te convoquant qui sait où te demandant qui sait quoi

Ou peut-être pire peut-être que rien ne te convoque que tu te réveilles seulement au milieu de la nuit pour être le témoin précaire qui ne peut traduire une onomatopée Tu te dis cela pour frôler la blessure

Tu écoutes le chat Puis tu as vu un homme torse nu et sans bras au bord de la rue tu as frôlé la jambe perdue dans le pantalon replié sur la cuisse et tu as vu que la mort est un bouquet de roses en plastique attaché à un réverbère

et tu t’es demandée quel mot n’est pas une onomatopée indéchiffrable pour suivre l’obscurité

Un été un autre un autre encore au fond de la vie au fond du jardin au fond du son
Et les chattes continuent de mettre bas sans arrêt et elles mettent bas des onomatopées qui au fond du jardin résonnent comme les tables de la loi

 

Ce poème est paru dans l’anthologie Métier de chrysalide, Évian, éditions Alidades, 2010, traduite par Dorothée Suarez et Juliette Gheerbrant. Postface de Carlo Bordini.

 

GATAS PARIENDO

 

Así escuchas las cosas de tu vida como el maullido de un gato al fondo del jardín

Te despiertas de madrugada y oyes al fondo muy al fondo ese remoto maullido de gato recién nacido

Y un verano y otro y luego otro más hasta llegar a esta noche

Al fondo jardín al fondo

Así escuchas las cosas de tu vida así escuchas las cosas del mundo
a oscuras de noche palpando el susto de no entender o el de no querer hacerlo

y ese gato que no para de maullar y es una pequeña herida no sabes de qué no sabes de quién pero ahí está insistiendo clamando de hambre y noche al borde del peligro al borde del abismo al borde del jardín un coche un faro luego nada

y continuarán los maullidos más obcecados que tú y si no al tiempo al próximo verano hasta la próxima canícula sonido desvalido como una onomatopeya tan poco lírica que no la puedes escribir te dices

qué pensaría nadie y quien es nadie al leer esa onomatopeya tan líricamente escrita tan ridículamente sonora tan de viñeta de posguerra

pero suena suena cada noche

y tú para bordear la herida te dices que así empezó todo con una onomtopeya con un sonido tan inombrable como ahora el insistente maullido del gato recién nacido convocándote a dónde pidiéndote qué

O quizá algo peor tal vez nada te convoque y tan solo te despiertas en medio de la noche para ser el precario testigo que no puede traducir una onomatopeya Eso te dices para bordear la herida

Escuchas al gato Después has visto un hombre con el torso descubierto y sin brazos al borde de la calle has rozado la pierna perdida en el pantalón doblado sobre el muslo y has visto que la muerte es un ramo de rosas de plástico atado a un farol
y te has preguntado qué palabra no es una onomatopeya indescifrable para seguir la sombra

Un verano y otro al fondo de la vida al fondo del jardín al fondo del sonido

Y las gatas siguen pariendo sin parar y paren onomatopeyas que al fondo del jardín resuenan como las tablas de la ley