La conscience et l’enfant mort, par Sylvain Petit.

 
La photo de l’enfant réfugié mort semble provoquer un réveil de certains, notamment dans les médias adeptes jusque là de la résignation la plus incompréhensible, la plus stupide, la plus intolérable face au massacre en cours.
Celles et ceux qui cherchent à nous sortir de nos indifférences le notent, sans joie, mais avec le sentiment que, peut-être, les choses vont évoluer enfin dans les opinions européennes, en France notamment. Cette France tétanisée dans la dictature de l’opinion d’extrême-droite qui se répand faute d’adversaires organisés, désintéressés et francs.
Mais je vois et je lis un discours, issu d’une certaine Gauche, qui consiste à rabaisser le sentiment d’émotion qui étreint l’opinion et ses relais. Au nom du fait que l’émotion n’est pas conscience. C’est vrai. Mais elle ouvre la porte de la conscientisation. Ce discours défaitiste est un snobisme de cette ancienne gauche résignée, revenue de tout, qui a avalé tant de couleuvres qu’elle a perdu tout espoir et pérore sa neurasthénie, sa dépression sur les réseaux sociaux.
Cette Gauche va, toute espérance dans l’Humain bue, vêtue de cette science acquise du passé que son vécu terrible lui insuffle. Cette Gauche qui a subi le tournant de la rigueur de 1984, cette Gauche a subi l’agonie du PCF et les trahisons du mitterrandisme : cette Gauche accumule les rancœurs au point de refuser de faire front uni contre l’abominable qui se profile, en vomissant les élites qu’elle abhorre mais dont elle attend toujours monts et merveilles, dans le fond.
Cette Gauche aujourd’hui nous fait la leçon, minimisant par avance la portée de cette photo.
Si j’avais mauvais esprit et que je voulais jouer à bâtir des raisonnements simplement pour la satisfaction narcissique de pouvoir contempler mon œuvre, je me demanderais si finalement cette Gauche-là ne se sentirait pas dépossédée de son combat confiné, et par conséquent noble, par l’explosion médiatique forcément vulgaire que représentent cette photo et surtout ses possibles effets.
Mais j’ai bon esprit et me méfie de mes impulsions et de raisonnements qui ne font pas confiance à l’humain.
Alors peut-être que cette Gauche a raison. Peut-être que nous sommes nombreux à caresser de vains espoirs.
Mais tant que nous serons vivants, nous continuerons à espérer dans nos frères.
Ne pas le faire, c’est être mort.

Sylvain Petit, enseignant, conseiller communal en charge du développement culturel à la Mairie d’Hellemmes.

Aylan Kurdi