De la Lâcheté, par Vittorio Alfieri.

 
Dans une tyrannie, de la peur générale naît une lâcheté presque générale. Mais les plus grands lâches sont nécessairement ceux qui approchent le plus le tyran, lui qui est la source de toute peur, active ou passive. C’est pourquoi il existe, à mon avis, une très grande différence entre la peur et la lâcheté. L’homme juste, en raison des circonstances où se trouvent son pays, peut être contraint d’avoir peur, mais en gardant une certaine dignité ; ce qui veut dire qu’il aura peur en se taisant, en fuyant délibérément jusqu’à l’image de celui qui terrorise tout le monde, tout en déplorant en son for intérieur, ou en compagnie de quelques amis qui lui ressemblent, la nécessité de craindre, et l’impossibilité d’annuler ou de corriger une crainte aussi indigne. Au contraire l’homme qui est déjà lâche par nature, faisant étalage d’une peur qu’il dissimule sous le masque infâme d’une hypocrite adulation, cherchera à s’approcher du tyran et, dans la mesure du possible, à s’identifier à lui. C’est de cette façon que cet être inique espère diminuer sa propre peur, et centupler celle des autres.

Il me semble par conséquent très évident que si dans la tyrannie tous les sujets éprouvent de la crainte, tous ne sont pas pour autant des lâches.

De la tyrannie, Allia, 1992 (traduction de Monique Bacelli). Édition originale italienne de 1777.

Le Maréchal Pétain et François Mitterrand, printemps 1943.

Au printemps 1943, parrainé par deux membres de La Cagoule (Gabriel Jeantet, membre du cabinet du maréchal Pétain, et Simon Arbelloti), François Mitterrand est décoré de l’ordre de la Francisque (n°2202). On ne saurait trop s’inquiéter de voir deux des trois principaux candidats de la « gauche » en 2012, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon, se revendiquer de la mémoire d’un tel personnage. Pour les liens avec la Cagoule, je renvoie à mon entretien avec Stella Savino sur la famille Rosselli. Pour ceux qui s’intéresseraient aux œuvres de la maturité de cet ancien collaborateur -afin de ne pas conclure trop commodément au péché de jeunesse-, je ne saurais trop conseiller le livre de Benjamin Stora et François Malye, François Mitterrand et la Guerre d’Algérie, Calmann Lévy, 2010.