Le Havre, 5 septembre 1944 : « En deux heures de temps ». Dossier.

 
« Après deux heures de bombardement ininterrompu -mille bombardiers, cinq mille tonnes de bombes explosives, deux cent mille bombes incendiaires- un vaste quadrilatère de quinze cents mètres de côté – où tiendrait à l’aise la ville entière de Caen – est ravagé, dévasté. Un coin de la ville familier à tous les Havrais, à tous les visiteurs aussi, mais où maintenant l’on se perd, n’est plus qu’un formidable bûcher éclatant, pétaradant où s’écroulent, sautent, s’effondrent, les maisons des hommes, les monuments; où sont disparus les boulevards, les rues, les ruelles, où flambent tant de bonheurs; où se consument tant de corps d’hommes, de femmes, d’enfants. Un chaos immense, invraisemblable, indescriptible parce que les mots sont trop faibles; trop simples pour le faire et qu’on ne décrit pas le néant. »

Bernard Esdras-Gosse

L’Aquila, le séisme et la crise: la tempête parfaite, par Angelo Mastrandrea.

« Bien que les chantiers et les grues fleurissent autour de la ville, L’Aquila ne cesse de se dépeupler, les jeunes ont recommencé à émigrer dans les mêmes proportions que durant l’après-guerre, et même l’université -la fierté de la ville- sinistrée comme le reste par le séisme, est désormais dans l’angoisse. Vu la faiblesse de la somme allouée par la loi de stabilité tout juste approuvée, le risque est que même la faible économie qui tourne autour du désastre du tremblement de terre -celle que la journaliste Naomi Klein a défini comme une « économie du choc »- puisse misérablement s’écrouler. »

Angelo Mastrandrea

Toni Servillo, portrait de l’acteur en homme libre, par Olivier Favier.

 
« De la vingtaine de films qu’il a interprétés, il dit n’avoir choisi que ceux dont le scénario l’avait pleinement séduit. Il tourne souvent l’été, pour continuer à être ce qu’il demeure et ce qu’il veut continuer d’être: un infatigable acteur de théâtre, celui qui, par son travail, porte face au public la responsabilité du texte qu’il a choisi d’interpréter. Au cinéma affirme-t-il, la responsabilité ultime appartient au réalisateur. À bien y réfléchir, rien n’est moins évident. De ce cinéma en renaissance, on se souviendra de Toni Servillo autant et parfois plus que des réalisateurs qui l’auront dirigé, comme on salue encore, à un demi-siècle de distance, Vittorio Gassman et Marcello Mastroianni, Nino Manfredi et Gian Maria Volonté. »

Olivier Favier

Malatesta, par Alessio Lega.

 
« Dors dors Malatesta
car l’histoire continue de tourner
comme un corbeau à la lune déclinant
dors dors dans ton lit de cette caisse en zinc
on te surveille de près dans la nuit scellée »

Alessio Lega

Omar e la meccanica del mondo, di Léonard Vincent.

 
« Ammettiamo che si chiami Omar. Sa leggere e scrivere. È nato negli anni 90 in un ospedale lurido, in qualche angolo sperduto del Corno d’Africa. Suo padre è morto, sua madre fa la fruttivendola. Diversi suoi fratelli sono morti in tenera età, di malattie e non. Lui gode di una salute relativamente buona. Gli manca solo qualche dente, mal curato. A volte rimane stravolto per vari giorni dalle sue crisi di malaria. Però lavora da quando ha 12 o 13 anni, come facchino di merci di ogni genere. Per fortuna è sfuggito più di una volta alle retate del servizio nazionale. Così, per diciotto mesi, passando da un lavoro all’altro, è riuscito a mettere soldi da parte. Un cugino in esilio gli ha inviato qualche centinaio di dollari per arrotondare. Con quei soldi ha pagato un trafficante che gli ha fatto passare clandestinamente il confine. »

Léonard Vincent

Tard dans la vie, par Pierre Reverdy.

 
« Je suis dur
Je suis tendre
Et j’ai perdu mon temps
À rêver sans dormir »

Pierre Reverdy

L’Italie derrière la mémoire, par Olivier Favier.

 
« En tant que tel pourtant, le lieu de mémoire est purement tautologique. Il ne peut être objectivé par celui qui l’invente, mais seulement par un regard extérieur sur les raisons de ce choix. Autrement dit, il nous renseigne bien davantage sur les valeurs communes de la classe dirigeante d’un pays que sur celles nécessairement multiples, contradictoires et changeantes de sa population. D’un point de vue strictement historique, il n’a de sens que s’il permet de révéler les doutes et les fractures, les permanences et les évolutions. Mais la question de ce qui fait ou non mémoire est pratiquement infinie, et se devrait pour le moins d’être posée en amont. Si l’on y introduit, ce qu’on ne fait plus guère, un peu de pensée dialectique, il dit alors l’oubli, intentionnel ou non, le refoulé et le retour du refoulé, et nous renseigne sur les usages du passé, présents et à venir. À défaut, il ne fait qu’alimenter la confusion entre histoire et mémoire, fût-ce pour en débattre ensuite entre gens du même monde, à grands renforts de moues dubitatives et de dénégations agacées. »

Olivier Favier