Le narrateur, Réflexions à propos de l’œuvre de Nicolas Leskov (deuxième partie), par Walter Benjamin.

« Le narrateur, c’est l’homme qui pourrait laisser la mèche de sa vie se consumer toute entière à la douce flamme de sa narration. De là vient ce halo incomparable qui, chez Leskov comme chez Hauff, chez Poe comme chez Stevenson, entoure le narrateur. Si l’on se tait, ce n’est pas seulement pour l’entendre, mais aussi un peu parce qu’il est là. Le narrateur est l’image en laquelle le juste se retrouve lui-même. »

Walter Benjamin

Le Narrateur. Réflexions à propos de l’œuvre de Nicolas Leskov (première partie), par Walter Benjamin.

« Il est aisé de concevoir l’une des causes de ce phénomène: le cours de l’expérience a baissé. Et il a l’air de prolonger sa chute. Nul jour qui ne nous prouve que cette baisse ait atteint un nouveau record, que non seulement l’image du monde extérieur mais celui du monde moral ait subi des changements considérés avant comme impossibles. Avec la Grande Guerre un processus devenait manifeste qui, depuis, ne devait plus s’arrêter. Ne s’est-on pas aperçu à l’armistice que les gens revenaient muets du front? non pas enrichis mais appauvris en expérience communicable. Et quoi d’étonnant à cela? Jamais expérience n’a été aussi foncièrement démentie que les expériences stratégiques par la guerre de position, matérielles par l’inflation, morales par les gouvernants. Une génération qui avait encore pris le tramway à chevaux pour aller à l’école se trouvait en plein air, dans un paysage où rien n’était demeuré inchangé sinon les nuages; et, dans le champ d’action de courants mortels et d’explosions délétères, minuscule, le frêle corps humain. »

Walter Benjamin

La mauvaise herbe ne meurt jamais: des fosses ardéatines à l’internationale noire, par Olivier Favier.

« En 1995, l’extradition de Priebke est un gage de bonne moralité offert par le président Carlos Menem, dans l’espoir de faire oublier que les responsables de la dictature, qui ont fait « disparaître » quelques trente mille personnes de 1976 à 1983, ne sont toujours pas jugés. Mieux, c’est un ancien lieutenant des services spéciaux, Jorge Olivera, devenu avocat durant les années 1980, qui est chargé de sa défense. »

Olivier Favier

Risorgimento pop (extrait), par Marco Andreoli et Daniele Timpano.

« Les mazziniens qui ont accouru, Maurizio Quadrio, Saffi, Asproni, Bertani et d’autres, ne se lassent pas de contempler la dépouille de l’Apôtre, l’image pieuse, toute de noir vêtue, de leur père préféré de la patrie, là, sur le lit, mort ; le prédicateur, créateur d’images de cette intègre République qui n’arrivera en Italie que 74 ans plus tard – en 1946 – quand ils seront déjà tous morts depuis des décennies, et qu’aucun d’entre eux ne verra, est là, sur son lit, mort. Mazzini meurt en vaincu, c’est le plus vaincu des vainqueurs possibles, père républicain d’une patrie unie… mais monarchique ! Politiquement, Mazzini est isolé ; juste un mois avant de mourir, il l’avait écrit sur une feuille : « Je ne renonce au suicide que par devoir. » »

Daniele Timpano

Tunisie, Italie, France: une révolution, deux populismes. Entretien avec Pierre Henry.

« La Tunisie est un pays de dix millions d’habitants, dans une situation de grande difficulté économique, et finalement selon les chiffres du Haut Commissariat aux Réfugiés, vingt-trois mille personnes ont atteint les rives de Lampedusa. C’est très faible compte tenu de la période que la région traverse. »

Pierre Henry

Mé 67 en Guadeloupe: une répression coloniale de plus? Entretien avec Jean-Pierre Sainton.

« Dans cette politique jouant de la carotte et du bâton pour retourner l’opinion antillaise, l’État autoritaire gaulliste à son apogée entre 1961 et 1967, ne fera pas de détails.
La répression militaire de Mai 1967, frappe préventive d’une hypothétique insurrection nationaliste s’explique ainsi, comme l’épilogue de cette histoire. »

Jean-Pierre Sainton