Tactique et stratégie, par Mario Benedetti.

« ma tactique est
de m’arrêter dans ton souvenir
je ne sais comment et je ne sais
sous quel prétexte
mais de rester en toi »

Mario Benedetti

Épouvantail 1, par Oliverio Girondo.

« Je me fiche éperdûment que les femmes
aient des seins comme des magnolias ou comme des figues sèches,
une peau de pêche ou de papier de verre.
Je n’attache aucune importance
au fait qu’elles se réveillent avec une haleine aphrodisiaque
ou avec une haleine insecticide.
Je suis parfaitement capable de supporter
qu’elles aient un nez digne de remporter le premier prix
d’une exposition de carottes;
-mais il y a une chose- et sur ce point je suis intraitable- je ne leur pardonne,
sous aucun prétexte, de ne pas savoir voler. »

Oliverio Girondo

Poème à crier dans les ruines, par Louis Aragon.

« Sur l’éternité fût-elle
Ta bouche
Et sur notre amour
Fût-il
Ton amour »

Louis Aragon

La politique des deux pas, entretien avec Pierre Henry.

« Les politiques de migration sont parmi les plus difficiles à mettre en œuvre. Une politique publique c’est toujours une solution collective qui se heurte à un destin individuel. Et que voulez-vous, quand vous jouez votre peau, ou quand vous jouez vingt ou trente ans d’espérance de vie de plus en passant une frontière, la solution collective qui est mise en avant risque fort d’être très remise en cause. Mais je pense que nous avons besoin d’être gouvernés et d’avoir des politiques justes et équitables.
Nous en sommes bien loin aujourd’hui. »

Pierre Henry

Flaques de verre (introduction), par Pierre Reverdy.

« Je ne vois plus la poésie qu’entre les lignes. »

Pierre Reverdy

Pour en finir avec le relativisme historique…

Hommage à René Vautier, dont voici le premier film, Afrique 50, interdit en France pendant quarante ans.

Zone, par Guillaume Apollinaire

« Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule
Des troupeaux d’autobus mugissants près de toi roulent
L’angoisse de l’amour te serre le gosier
Comme si tu ne devais jamais plus être aimé »

Certains étaient communistes…, par Giorgio Gaber.

« Et maintenant? Maintenant aussi on se sent comme deux personnes: d’un côté l’homme intégré qui traverse avec respect la misère de sa survie quotidienne et de l’autre la mouette, qui n’a même plus l’intention de voler, parce que le rêve s’est rabougri désormais, deux misères dans un seul corps. »
Deux misères dans un seul corps. »

Giorgio Gaber

J’ai chevauché à califourchon sur une chaise (introduction), par Marco Baliani.

« Dans la réalité, dans celle que par convention nous définissons comme telle, je ne suis jamais monté sur un cheval, je ne sais pas comment on fait, je ne sais rien de cette expérience. Et pourtant pendant toutes ces années j’ai vraiment chevauché, j »ai senti entre mes jambes le corps de mon cheval, j’ai sursauté dans le galop le plus effréné et dans le trot le plus doux, j’ai perçu l’odeur de l’animal, sa sueur dense comme du lait, j’ai vécu avec Kohlhaas la joie de voir au crépuscule la vapeur diaphane monter en fumant des corps échauffés des chevaux. »

Marco Baliani

Corps d’état, l’affaire Moro (extrait), par Marco Baliani.

« Vingt-cinq ans ont passé depuis ce 9 mai 1978.
D’Aldo Moro chacun de nous a fixé dans sa mémoire l’image d’un corps renversé entrevu par le coffre ouvert d’une voiture, une Renault de couleur rouge.
De Peppino Impastato, de cet homme de ma génération, ce camarade, de celui qui était allé mener sa bataille en Sicile, parmi les siens, luttant contre la mafia, de lui qui fut tué le même jour qu’Aldo Moro, aucune image n’est restée pour notre mémoire. Après vingt ans, par la confession d’un repenti de la mafia nous avons su enfin ce que nous imaginions tous depuis longtemps, que ce sont ceux du clan Badalamenti qui ont tué Peppino Impastato, ceux-là même qu’il dénonçait tous les jours au micro de Radio Aut, dans une campagne quotidienne d’information. »

Marco Baliani